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Histoire

La révolution de 1979 en Iran

Le 11 février 1979 voit le triomphe de la Révolution qui ébranlait l’Iran depuis plusieurs mois. Cet article présente les origines et les évènements de la révolution de 1979 et s’accompagne d’un documentaire intitulé Le Shah et l’Ayatollah – Le duel iranien.

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Le règne de Mohammad Reza Pahlavi (1941-1979)

Mohamed Reza Shah Pahlavi monte sur le trône du Paon en 1941 avec l’ambition de redonner tout son prestige au pays. Il devient un fidèle allié des pays occidentaux après la Seconde Guerre mondiale, bénéficiant ainsi du soutien économique et politique de ces pays. Cependant, son règne s’achèvera par la révolution de 1979 qui changea l’Histoire de l’Iran.

Un développement inégalitaire

À partir des années 1960, grâce aux revenus pétroliers du pays, l’Iran connaît une forte croissance économique. Cependant, cet argent n’est pas correctement réinvesti dans l’économie et ne contribue pas à l’émergence d’un secteur industriel exportateur. Une grande partie des revenus pétroliers est utilisée pour augmenter les dépenses militaires. Mais ces revenus sont également dépensés de manière somptuaire par les proches du pouvoir. Pendant cette période de prospérité, une classe moyenne commence à émerger dans les grandes villes. Cependant, la majorité de la population iranienne, qui est en forte croissance démographique (environ 21 millions en 1960, 37 millions en 1979), continue de vivre une vie marquée par des traditions ancestrales et la culture iranienne.

Le Shah, peu conscient de cette réalité, ne semblait pas comprendre pleinement l’importance du développement du secteur secondaire. Il paraissait convaincu que son pays pouvait rattraper les économies modernes en quelques années seulement. Dans cette optique, il entreprend de profondes réformes de la société iranienne, en favorisant une certaine occidentalisation culturelle.

Une modernisation limitée

Cependant, cette modernisation reste très limitée et n’a que peu d’impact sur la population rurale. Celle-ci constitue la majorité de la population iranienne. Malgré cela, Mohamed Reza Shah met en place une ambitieuse réforme agraire au début des années 1960. L’un des objectifs de cette réforme fut également de rediriger les investissements de ces grands propriétaires terriens vers d’autres secteurs plus porteurs de croissance. Cependant, l’argent ainsi récupéré est principalement utilisé dans des opérations de spéculation immobilière plutôt que dans l’appareil productif.

Ces politiques économiques et sociales, bien que lancées avec de bonnes intentions, conduisirent à une montée des inégalités en Iran. Les bénéfices de la croissance économique et de la modernisation ne furent guère équitablement répartis. Cette situation entraîna une division entre une classe privilégiée, proche du pouvoir, et la majorité de la population iranienne, qui continue de vivre dans des conditions précaires. Combinée à l’occidentalisation forcée de la société, elle contribua au mécontentement croissant parmi les couches populaires, préparant le terrain pour les bouleversements politiques à venir lors de la révolution de 1979 en Iran.

La révolution iranienne en marche

Dans les années 1970, le Shah d’Iran semblait inébranlable, profitant de la richesse générée par les hydrocarbures au milieu du premier choc pétrolier de 1973. Cependant, son pouvoir absolu et la répression exercée par la SAVAK, sa police politique, laissèrent place à des tensions grandissantes au sein du pays. De plus en plus de prisonniers politiques ont été maltraités et torturés. Amnesty International décrira d’ailleurs l’Iran comme le pire pays en matière de droit de l’homme en 1965.

Entre répression et domination américaine

Malgré cette répression, le Shah a continué à démontrer sa puissance et sa richesse. En 1971, il organise de somptueuses cérémonies pour célébrer le 2500ème anniversaire de la fondation de l’Empire achéménide près de Persépolis. Cependant, ces dépenses extravagantes ont choqué de nombreux observateurs, alors que la pauvreté subsistait dans les campagnes du pays. De plus, les achats massifs d’armement ont suscité l’inquiétude chez les voisins de l’Iran, notamment en Irak. Parallèlement, le ralentissement économique à la fin des années 1970 souligna la dépendance croissante de l’Iran vis-à-vis de ses exportations d’hydrocarbures.

Le régime du Shah a également été soumis à des pressions de la part des États-Unis. Le nouveau président américain Jimmy Carter recommande au Shah de relâcher son emprise sur le pays. Cette pression mit en évidence l’influence américaine en Iran et démontra la faiblesse du souverain. Les Américains disposaient même d’une immunité judiciaire. Ainsi les soldats américains présents en Iran se rendirent coupables de nombreux viols qui restèrent impunis. La critique de ces capitulations, décidées en 1963 par le Shah, valut à l’ayatollah Khomeyni son exil en Irak et en France.

1978, le tournant de la contestation

En 1978, les tensions se sont intensifiées, notamment avec les milieux chiites traditionnels. Une partie de la classe moyenne iranienne, notamment les jeunes commerçants du bazar, était séduite par les idées contestataires qui se répandaient à cette époque. Des manifestations massives ont eu lieu dans tout le pays, atteignant même Téhéran. Bien que le portrait de Mossadegh, ancien Premier ministre destitué par un coup d’État orchestré par les Américains et les Britanniques en 1953, fut brandi lors de ces manifestations, c’est l’ayatollah Khomeyni, en exil à l’époque, qui devint le principal symbole de la lutte contre un régime autoritaire perçu comme trop proche de l’Occident. Le clergé chiite sut mobiliser une partie de la jeunesse iranienne. Cela en prônant une lutte révolutionnaire contre les injustices sociales et politiques, ainsi que pour la souveraineté du pays.

Le point de rupture est atteint lors du « Vendredi noir », le 8 septembre 1978. Ce jour-là, les forces de sécurité du régime tirent sur la foule, tuant plusieurs centaines de manifestants. Peu de temps après, le tremblement de terre de Tabas révéla l’incompétence des autorités face à la réactivité des organisations religieuses, qui surent rapidement mobiliser des secours pour aider les victimes.

Février 1979, la victoire de la Révolution en Iran

Le point culminant de la révolution est atteint les 10 et 11 décembre. Près d’un million de personnes défilent dans les rues de Téhéran pour célébrer le martyre de l’Imam Hossein. Les forces de sécurité se révèlent totalement impuissantes et n’interviennent pas. Le Shah, malade et affaibli, réalise alors qu’il a définitivement perdu la partie.

Le Shah semble hésiter sur la marche à suivre et sous-estime l’ampleur des événements en cours. Pendant ce temps, les manifestants sont de plus en plus nombreux à descendre dans les rues de Téhéran et d’autres grandes villes pour exprimer leur mécontentement. Le 31 décembre, le Shah nomme Shapour Bakhtiar, un opposant libéral, au poste de Premier ministre. Cependant, le Mohammad Reza Pahlavi quitte le pays le 16 janvier.

Shah exil Iran révolution 1979
Mohammad Reza Pahlavi et son épouse Farah Diba quittant l’Iran le 16 janvier 1979

Le 1er février 1979, l’ayatollah Khomeyni est accueilli en héros à son retour en Iran, après plus de quatorze ans d’exil. Ce jour-là marque la période dénommée « Décade de l’Aube ». Son retour marque le début d’une nouvelle ère pour l’Iran.

Le 11 février 1979, le gouvernement Bakhtiar tombe, confirmant ainsi le triomphe de Khomeyni et de la révolution. Le 31 mars de la même année, 98,2% des Iraniens se prononcent en faveur de l’établissement d’une République islamique, marquant une nouvelle ère politique dans le pays.

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