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Les Juifs en Iran, au-delà des idées reçues

Les Juifs en Iran ont une longue histoire et une présence significative dans le pays depuis plus de deux mille ans. Situé au carrefour de plusieurs mondes, la culture iranienne demeure fortement méconnue et sujette à des stéréotypes et des idées reçues. Ainsi, l’actualité géopolitique des relations entre l’Iran et Israël rendent invisible l’histoire du judaïsme et des Juifs en Iran, au grand dam de ces derniers.

Iranienne juive
Une électrice juive iranienne

Les Juifs en Iran, une présence méconnue

Nombreuses sont les idées reçues sur les Juifs iraniens et la désinformation ne manque malheureusement guère à ce sujet. Le public occidental imagine souvent l’Iran comme un pays hostile aux Israélites en raison de la situation géopolitique entre l’Iran et Israël. Un tel cliché est en réalité totalement faux et mensongers.

Téhéran synagogue
Une synagogue à Téhéran

L’Iran fut de tout temps une terre de spiritualité où se côtoient encore aujourd’hui différentes religions. Les Juifs ne font pas exception et ils demeurent présents en Iran depuis plus de 2000 ans, sans que leur présence ne soit remise en question. Ils jouissent des mêmes droits que les autres minorités religieuses, notamment au parlement au sein duquel ils disposent d’un député pour les représenter. Dénommé Assemblée consultative islamique, celui-ci accueille d’ailleurs un député pour chaque minorité religieuse, à savoir les Zoroastriens, les Chrétiens assyriens, chaldéens et arméniens.

Juifs et Iraniens, une identité particulière

Juifs et Iraniens – La communauté judéo-persane depuis la Révolution en Iran et en Israël, est un livre d’Esther Parisi des plus intéressant pour comprendre l’identité juive en Iran après la Révolution de 1979.

Juifs et Iraniens Esther Parisi
Un livre à découvrir chez L’Harmattan.

La communauté juive en Iran, bien que numériquement faible, fait partie intégrante de l’identité nationale iranienne, caractérisée par la diversité ethnique, religieuse et linguistique héritée d’une histoire plurimillénaire. En Israël également, les Juifs d’origine iranienne font partie d’un mélange de migrants venus en différentes époques et pour diverses raisons. Ils sont à la fois Juifs et Iraniens. Cette identité complexe se trouve d’ailleurs mise à rude épreuve en Israël depuis 1979.

Juifs prière Iran

Cet ouvrage explore la complexité de cette identité, confrontée aux tensions géopolitiques. Mais il étudie surtout les stratégies quotidiennes adoptées par les Juifs en Iran et en Israël pour assumer leur double appartenance nationale et religieuse, tout en préservant leur culture dans des contextes très différents, qu’ils soient islamisés ou en exil.

L’Iran, une terre d’accueil et d’hospitalité pour les Juifs

Téhéran, refuge des Juifs – Étude des migrations juives en Iran de 1890 à 1979, est un livre de Marc Lobit rappelant que les Juifs purent vivre en sécurité, s’épanouir et s’intégrer en Iran.

Téhéran, refuge des Juifs Marc Lobit
Un livre à découvrir chez L’Harmattan.

Contrairement à certaines croyances répandues, l’Iran a accueilli de nombreux Juifs tout au long du 20ème siècle. Alors que leurs coreligionnaires européens subissaient la Shoah ou le régime stalinien et que ceux des pays arabes fuyaient en masse vers Israël, de nombreux Juifs venant de divers pays ont trouvé refuge à Téhéran. Plusieurs milliers d’entre eux furent même sauvés du nazisme par le consul d’Iran à Paris, Abdol-Hossein Sardari, surnommé le « Schindler iranien ».

Juif iranien synagogue

Ce livre explore entre autre un phénomène démographique souvent négligé : les migrations massives des Juifs venant des provinces vers Téhéran. Il documente une période importante durant laquelle les Juifs, malgré les bouleversements historiques, réussirent à trouver leur place au sein de la société iranienne. En s’appuyant sur une méthodologie précise centrée sur les raisons des migrations, cet ouvrage offre une opportunité de revisiter l’histoire tumultueuse de l’Iran, d’Israël et du judaïsme. Il permet également une meilleure compréhension des conflits récents en Asie du sud-ouest et des enjeux religieux et migratoires en général.

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Société

Le Guide de la Révolution Ali Khamenei gracie 2127 prisonniers

Le samedi 6 avril 2024, le Guide de la Révolution Seyed Ali Khamenei gracie 2127 prisonniers à l’occasion de la célébration de l’Aïd al-Fitr. Cette décision fait suite à la proposition du chef du pouvoir judiciaire iranien, en accord avec la clause 11 de l’article 110 de la Constitution de la République islamique d’Iran.

Cette mesure intervient à un moment symbolique, alors que les fidèles célèbrent la fin du mois de jeûne et de prière du Ramadan. Elle démontre la volonté des autorités iraniennes de favoriser la clémence et la réconciliation, dans un souci d’unité et de pardon en cette période importante pour les musulmans.

Le droit de grâce des prisonniers, une prérogative du Guide de la Révolution Ali Khamenei

Le Guide de la Révolution (rahbar-é enqelâb), aussi appelé « Gardien de la jurisprudence » (vali-yé faqih) en raison de ses compétences, est le plus haut responsable politique et religieux. Les articles 108 à 112 de la Constitution définissent son rôle et les attributs de ses fonctions.

L’article 110 définit quant à lui ses devoirs et ses pouvoirs. Celui-ci stipule entre autre qu’il peut notamment décréter un référendum et décider d’une amnistie ou d’une réduction de peine des condamnés, dans les limites des préceptes islamiques et sur proposition du Chef du pouvoir judiciaire.

Le premier Guide de la Révolution fut l’ayatollah Rouhollah Khomeyni, du 3 décembre 1979 jusqu’à son décès survenu le 3 juin 1989. L’ayatollah Ali Khamenei lui succéda le 4 juin 1989. Le Guide de la Révolution est désigné par l’Assemblée des Experts, qui détient également le pouvoir de le destituer.

Ce n’est pas la première fois que le Guide de la Révolution Ali Khamenei gracie des prisonniers. À titre d’exemple, nous pouvons citer les grâces accordées par le Guide de la Révolution Ali Khamenei en 2020 au profit des manifestants arrêtés lors des manifestations de novembre 2019 en Iran, parfois comparées avec celles des Gilets jaunes en France : plus de 2 300 personnes en février, 10 000 en mars, 3 700 en mai et 2 135 en août.

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Nature et Géographie Société

Les nomades Laki du Lorestan

Les nomades Laki de la province du Lorestan sont connus pour leur mode de vie traditionnel et leur déplacement saisonnier. Chaque année, avec l’arrivée du printemps, ils quittent les régions chaudes pour se rendre dans les régions plus fraîches, en particulier dans les zones surplombant le nord du Lorestan. Puis, à l’approche de l’automne, ils entament leur déplacement inverse vers les régions chaudes du sud du Lorestan.

nomade Laki (Lorestan, Iran)

Les Laki, également connus sous le nom de Laks, sont une tribu kurde vivant dans le sud-ouest de l’Iran. Ils parlent le laki, un dialecte du kurde. Selon l’Encyclopédie de l’Islam, les Laki sont la tribu kurde la plus méridionale d’Iran. Leur présence est notable dans les provinces du Kurdistan, Lorestan, Ilam et Khouzistan.

nomades Laki du Lorestan Iran

Les nomades Laki, l’âme du Lorestan

Le mode de vie nomade des Laki est étroitement lié à l’élevage, principalement de moutons. Ils se déplacent constamment à la recherche de pâturages verts et de sources d’eau pour leur bétail. Ce mode de vie traditionnel a permis aux Laki de préserver leur culture unique et leurs traditions séculaires.

famille de Laki nomades du Lorestan en Iran

Lors de leur migration saisonnière, les nomades Laki transportent avec eux tous leurs biens essentiels, y compris leurs tentes traditionnelles. Celles-ci sont faites de peaux de moutons et de matériaux légers, permettant aux nomades de les démonter facilement et de les transporter d’un endroit à un autre.

La vie nomade des Laki offre un aperçu fascinant de la diversité culturelle et des traditions ancestrales de l’Iran. Cependant, il est important de noter que le mode de vie nomade des Laki est confronté à des défis et à des changements.

L’évolution de la société moderne et la pression sur les ressources naturelles ont un impact sur la vie traditionnelle de ces nomades. Il est donc crucial de sensibiliser à la préservation de leur culture et de trouver un équilibre entre les besoins des nomades et la préservation de leur mode de vie unique.

nomade Laki (Lorestan, Iran)

Les nomades Laki de la province de Lorestan représentent une part importante du patrimoine culturel iranien. Leur mode de vie nomade saisonnier, étroitement lié à l’élevage, est un témoignage vivant de leur héritage ancestral. Ils forment la richesse de la diversité culturelle de l’Iran.

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Art et Littérature Nature et Géographie Société

L’eau et la musique célébrées par un festival sur l’île de Qechm

Le dimanche 25 février 2024 s’est tenu dans le petit village de Salakh, situé sur l’île de Qechm, au sud de l’Iran dans le golfe Persique, un festival célébrant les anciens rituels liés à l’eau et à la musique folklorique.

festival eau musique Salakh île de Qeshm

Le village de Salakh

Situé dans le district rural éponyme, le village de Salakh (صلخ), également appelé Şalagh, Şelagh et Selaq, se trouve dans la région de Shahab, dans le comté de Qeshm, dans la province d’Hormozgan. Ce petit village iranien compte une population de 3109 habitants, répartis en 777 familles, selon le dernier recensement de 2016.

Iraniennes Salakh île de Qechm

Au fil des années, le village de Salakh est devenu une destination de plus en plus prisée des touristes, attirés par la beauté et l’authenticité de son environnement naturel et de ses habitants. Les voyageurs en visite à Salakh pourront découvrir une culture rurale traditionnelle et des modes de vie préservés, propres à cette région de l’Iran.

festival eau île de Qechm

En plus de son environnement rural pittoresque, Salakh et les alentours regorgent de sites naturels magnifiques. Nous pouvons notamment citer le parc naturel protégé de l’île de Qeshm, qui offre une biodiversité unique ainsi qu’une variété de formations géologiques impressionnantes.

Ce festival permet de préserver et de transmettre la riche histoire culturelle de la région, et plus précisément celle de l’île de Qechm.

L’île de Qechm

Située au large de la côte sud de l’Iran, près du détroit d’Ormuz, Qeshm se distingue par sa forme de flèche et s’étend sur environ 1 500 km², faisant d’elle la plus grande île du golfe Persique. Elle offre à la fois des paysages tour à tour escarpés et paradisiaques, une faune riche et une culture unique, qui sont autant de raisons de l’intégrer dans un itinéraire de voyage en Iran.

festival musique tradition Salakh Qeshm

Cette île se distingue également par une culture différente de celle du reste de l’Iran. Les habitants, appelés Bandari, ont préservé leur mode de vie traditionnel qui se reflète dans leur habillement coloré et les maisons rafraîchies par des tours à vent. La gastronomie de l’île est un délice pour les papilles avec ses célèbres plats de poisson et de crevettes, samoussas, riz, ragoûts et pain local appelé tomoshi, accompagnés de sauces spéciales.

Les paysages naturels de l’île sont tout autant fascinants, notamment les formations géologiques extraordinaires et la forêt de Hara, une frange de mangrove unique au monde, qui abrite une riche faune marine. La vallée des étoiles, située sur la côte sud de l’île, offre quant à elle un paysage surréaliste de rochers sculptés au fil des ans.

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Histoire Société

Sepandarmazgan, la fête des femmes en Iran

Sepandarmazgan (سپندارمذگان) est un événement méconnu de la culture iranienne : il s’agit de la fête des femmes en Iran. Cette célébration met à l’honneur les femmes iraniennes. Morgan Lotz y consacre d’ailleurs un chapitre dans son livre Les Iraniennes.

Sepandarmazgan célébration femmes Iran

Les origines de la fête de Sepandarmazgan, la célébration des femmes en Iran

Cette fête est issue des calendriers mazdéens et zoroastriens. Ceux-ci comptaient douze mois de trente jours, chacun représentant une divinité ou une vertu. Le cinquième jour de chaque mois est dédié à Sepandarmazd, une divinité féminine symbolisant la Terre. Celle-ci est également associée à l’humilité, la sainteté, la passion et la fécondité. Ce cinquième jour du dernier mois de l’année correspond au 24 février dans notre calendrier grégorien.

La fête de Sepandârmazd est une célébration qui n’est liée à aucune tribu ou ethnie spécifique. En effet, celle-ci s’avère profondément ancrée dans la culture iranienne. Dans les croyances anciennes, la femme est associée à la Terre et à la végétation, tandis que l’homme est associé au ciel et à la pluie.

Zoroastre, le fondateur du zoroastrisme, mentionne cette célébration dans ses écrits. Zoroastre honore les femmes à plusieurs reprises dans ses écrits, notamment dans le Farvardin Yasht et le Yasna 38.

Le 24 février, la journée des femmes iraniennes

Lors de la fête de Sepandârmazd, les hommes offrent des cadeaux aux femmes. Cela vaut à cette célébration une autre appellation : mardgiran, ce qui signifie le fait de recevoir un cadeau d’un homme. Dans certaines régions d’Iran, des coutumes locales perdurent, comme la préparation d’un potage traditionnel appelé ash-é esfandi par les femmes lors de cette fête.

Sepandârmazgân est donc une fête qui célèbre l’épouse, la femme aimée, symbole de la fécondité et du renouvellement de la vie, ainsi que l’amour au sein du couple, sans considération de la sexualité. Cette fête célébrée chaque 24 février demeure l’une des plus populaires et des plus essentielles en Iran. C’est avant tout une occasion de rendre hommage aux femmes, mais aussi de célébrer la culture iranienne et de préserver les traditions de l’Iran.

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Société

Début de la campagne pour les élections législatives 2024 en Iran

La campagne pour les élections législatives en Iran a débuté ce 22 février 2024, attirant un nombre record de candidats depuis la révolution de 1979. Quinze mille deux cents candidats sont approuvés pour concourir aux 290 sièges du corps législatif. Ce chiffre témoigne de l’engouement politique et de l’intérêt des Iraniens pour le processus démocratique.

Les élections législatives auront lieu le 1er mars 2024 en Iran

Le vote aura lieu le 1er mars, date à laquelle les électeurs éliront les nouveaux membres du Parlement ainsi que de l’Assemblée des experts. Les nouveaux élus se réuniront à la fin du mois de mai pour entamer leurs fonctions parlementaires.

Iran élections législative 2024 Madjlis

Le ministre de l’Intérieur Ahmed Vahidi souligne que les conditions sont réunies pour une véritable compétition entre différents groupes politiques ayant des orientations diverses. La majorité des candidats, en particulier dans les petites circonscriptions, sont des professionnels tels que des médecins, des ingénieurs, des fonctionnaires et des enseignants. Beaucoup d’entre eux ne sont affiliés à aucun groupe politique spécifique.

Le Conseil des gardiens a récemment transmis les noms des candidats qualifiés au ministère de l’Intérieur, qui organise les élections. Parmi les candidats, on compte 1 713 femmes, ce qui représente plus du double des 819 candidates en 2020. Dans la circonscription de Téhéran, 3 545 candidats se disputent les sièges disponibles.

Mohammad Bagher Qalibaf, actuel président du Parlement, se présentera pour les élections dans sa ville natale, une circonscription isolée du nord-est, après avoir occupé un siège à Téhéran il y a quatre ans. De son côté, Ebrahim Raïssi, président sortant de l’Assemblée des Experts, cherchera à être réélu dans une circonscription de la province du Khorasan du Sud.

L’Assemblé consultative islamique

L’Assemblée consultative islamique (le Madjlis) est l’organe législatif de la République islamique d’Iran. Les articles 62 à 99 de la Constitution définissent son rôle. Composée de 290 membres, un vote direct de la population élit ses membres pour un mandat de quatre ans. En outre, elle accueille un représentant de chaque communauté religieuse pour 200 000 citoyens. Une exception est faite pour les Juifs qui, bien qu’en nombre moindre, disposent également d’un siège au Parlement. Ainsi, les Zoroastriens, les Juifs, les Chrétiens assyriens, chaldéens et arméniens sont représentés au sein de cette assemblée.

Les attributions de l’Assemblée lui permettent d’adopter des lois. Elle peut également approuver ou destituer les ministres et le Président de la République.

L’Assemblée des Experts

Parallèlement aux élections législatives, 144 religieux seront en lice pour les 88 sièges de l’Assemblée des experts. Selon la Constitution iranienne, l’Assemblée supervise les fonctions du Guide de la Révolution. Elle participe également à la désignation de son successeur. Le mandat est fixé à huit ans.

Les précédentes élections législatives eurent lieu en 2020, année marquée par la colère du public consécutive à l’assassinat de Qassem Soleimani, icône antiterroriste, par les États-Unis. À cet égard, l’Ayatollah Khamenei, Guide de la Révolution islamique, a appelé tous les citoyens à participer à ces élections. Il a souligné qu’il est important de choisir les bonnes personnes, mais que la participation de tous est une priorité.

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Histoire Société

La Décade de l’Aube, les 10 jours qui firent la Révolution

La « Décade de l’Aube » (دهه فجر) correspond à la célébration des dix jours qui virent revenir l’ayatollah Khomeyni et triompher la Révolution de 1979. Chaque année, des célébrations annuelles ont lieu du 1er au 11 février, ce dernier jour correspondant à la fête nationale.

Les origines de ce nom

Lors des célébrations du premier et du deuxième anniversaire de la victoire de la Révolution, les organisateurs utilisèrent le terme « Anniversaire de la Révolution » pour décrire cette célébration qui dura alors sept jours.

révolution islamique 1979 Téhéran

Cependant, en 1981, le ministre de la Culture et de l’Orientation islamique Abdolmadjid Ma’adikhah suggère au Conseil de coordination de la propagande islamique de se référer aux premiers versets de la 89ème sourate du Coran, celle-ci se dénommant Fadjr. C’est ainsi que la durée des célébrations passa à dix jours, calculée dès lors depuis le jour de l’arrivée de l’ayatollah Khomeyni en Iran le 1er février 1979.

Le calendrier de la Décade de l’Aube et l’anniversaire de la Révolution

Le 1er février (12 bahman)

L’ayatollah Khomeyni revient en Iran, son pays natal, sous l’acclamation de millions de compatriotes répartis sur 33 kilomètres. Cette arrivée triomphale survient deux semaines après le départ précipité du shah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi.

Iran retour Khomeyni 1er février 1979

Son avion, un Boeing 747 de la compagnie Air France, atterrit à 9h27. Il se compose d’un équipage de volontaires : le commandant de bord Jean Mouy, le second pilote Bathylle, une hôtesses et trois stewards, dont l’un accompagnera Khomeyni lors de sa descente de l’avion. Parmi les 200 passagers sont également présents le garde du corps de l’ayatollah Khomeyni, Gérard Jean Fabian-Bataouche, et la journaliste canadienne Carole Jérôme, compagne de Sadeq Qotbzadeh.

Après un court discours de remerciement à sa descente d’avion à l’aéroport international Mehrabad de Téhéran, il se rend ensuite au cimetière Behecht-é Zahra (« Paradis de Zahra »), dans le sud de Téhéran, où il prononce à 13 heures son discours historique : « Je formerai le gouvernement, je le formerai avec le soutien du peuple ! ».

Le 2 février (13 bahman)

L’ayatollah Khomeyni s’adresse à une foule de religieux et déclare : « Tout le peuple doit décider de son propre sort. » Le Premier ministre Shapour Bakhtiar lui répond en attaquant la révolution : « Les slogans des partisans de l’ayatollah Khomeyni sont bruyants mais ils n’aboutiraient à rien. ».

Décade de l'Aube 2 février 1979

Alors que des affrontements populaires avec l’armée impériale font plusieurs morts, les révolutionnaires assassinent le colonel Moutamadi, un officier de la SAVAK, la police politique du Shah. Les contrats avec des fournisseurs étrangers dans les domaines de l’armement, du nucléaire et des usines sont remis en cause. Aux États-Unis, des étudiants iraniens manifestent devant la Maison Blanche contre l’ingérence américaine dans les affaires intérieures de l’Iran.

Le 3 février (14 bahman)

L’ayatollah Khomeyni annonce la nomination d’un conseil temporaire pour diriger la révolution et confirme l’illégalité du gouvernement Bakhtiar. Il ordonne de choisir un gouvernement intérimaire pour préparer un référendum général sur la constitution.

Décade de l'Aube 3 février 1979

Le Front national demande la démission de Bakhtiar et prête allégeance à Khomeyni, tandis que 40 députés de l’Assemblée nationale présentent leur démission.

Le 4 février (15 bahman)

L’ayatollah Khomeyni rencontre des délégations populaires, devant lesquelles il appelle à poursuivre les manifestations, mais aussi les grèves. Les pilotes de l’armée de l’air déclarent leur soutien à Khomeyni. Le maire Téhéran, Djavâd Shahrestâni, remet sa démission à Khomeyni, qui renouvelle sa nomination.

Décade de l'Aube 4 février 1979

Au cours de sa visite au Japon, le secrétaire d’État des Affaires étrangères et du Commonwealth David Owen rencontre son homologue américain pour discuter de la situation en Iran. Parallèlement, une délégation envoyée par Bagdad se rend en Arabie saoudite afin d’enquêter sur la situation en Iran et dans la région. Le général Huyser, envoyé spécial des États-Unis en Iran, accomplit une délicate mission de négociation avec les responsables iraniens. Cependant, compte tenu du sentiment anti-américain croissant en Iran, il se voit contraint de quitter le pays. De nombreuses tentatives furent faites pour amener les troupes iraniennes à soutenir Bakhtiar dans leurs négociations. À cet égard, un porte-parole du département d’État américain annonce le départ de Huyser pour les États-Unis.

Le 5 février (16 bahman)

L’ayatollah Khomeyni demande la création de l’Assemblée des experts pour ratifier la Constitution et nomme Mehdi Bazargan au poste de Premier ministre du gouvernement intérimaire. Il sera notamment chargé de tenir un référendum général.

Décade de l'Aube 5 février 1979

À la fin de la journée, une conférence de presse internationale est organisée dans l’amphithéâtre de l’école alaouite, durant laquelle Bazargan présente un calendrier et explique les devoirs du gouvernement intérimaire. Il souligne les missions du nouveau gouvernement : conduire un référendum sur les nouvelles institutions et préparer des élections législatives pour l’Assemblée constituante. 22 autres députés démissionnent également de l’Assemblée nationale. Des dizaines de citoyens tombent en martyre lors des manifestations monstres à Aghajari.

Le 6 février (17 bahman)

Des marches de soutien au gouvernement intérimaire ont lieu dans diverses villes d’Iran. À Zahedan, des miliciens du Shah attaquent des manifestants civils, faisant des dizaines de martyrs. Le Front national appelle le peuple iranien à se tenir aux côtés du gouvernement Bazargan.

Décade de l'Aube 6 février 1979

L’Assemblée nationale approuve pour sa part des règlements pour juger des anciens ministres et dissoudre le SAVAK. Elle décide également d’exempter les officiers diplômés du Collège militaire de prêter allégeance au Shah.

Le 7 février (18 bahman)

L’ayatollah Khomeyni prononce un discours devant des religieux d’Ahvaz au cours duquel il déclare que le Shah doit être jugé. Le département d’État américain déclare toujours reconnaître le gouvernement Bakhtiar comme le gouvernement officiel de l’Iran.

Décade de l'Aube 7 février 1979

Tandis que 13 autres députés démissionnent, plusieurs centaines d’officiers et de commandants de l’armée déclarent leur soutien à Khomeyni. Le gouverneur militaire de Téhéran réduit les couvre-feux devant leur absence d’efficacité, ces derniers n’étant d’ailleurs plus respectés. L’Assemblée général de l’ONU fait part de sa préoccupation concernant la situation en Iran.

Le 8 février (19 bahman)

Des officiers de l’armée de l’air rendent visite à l’ayatollah Khomeyni et lui prêtent allégeance. Khomeyni déclare que servir le gouvernement Bakhtiar est un service au tyran.

Décade de l'Aube 8 février 1979

Alors que la plus importante marche de la Révolution a lieu, des affrontements éclatent entre les partisans de la révolution et des miliciens du Shah dans la capitale et à Djardjan, ville située dans le nord de l’Iran.

Le 9 février (20 bahman)

La Garde royale lance une violente attaque contre le QG de l’armée de l’air à Téhéran. Des masses populaires se rassemblent alors pour défendre l’armée de l’air.

Décade de l'Aube 9 février 1979

Des miliciens de Bakhtiar lancent ensuite des attaques armées pour disperser la foule. 152 membres de l’armée de l’air sont arrêtés et transférés au quartier général du gouvernement militaire.

Le 10 février (21 bahman)

La force aérienne arme le peuple pour affronter les miliciens du Shah. De violents affrontements ont lieu entre des membres de la Garde royale et des manifestants à Téhéran. Plusieurs morts et blessés sont à dénombrer. Après ces affrontements, le poste de la police de Téhéran tombe entre les mains des protestataires, puis les autres postes tombent progressivement.

Iran chute Pahlavi10 février 1979

L’administration militaire de Téhéran émet la déclaration n°40, imposant un couvre-feu de 16h30 à 5 heures du matin. Une autre annonce étend ensuite le couvre-feu jusqu’à minuit. Cependant, la population défie cette mesure et empêche le déplacement des troupes pendant la nuit en dressant des barrages et allumant des incendies pour bloquer la circulation.

L’ayatollah Khomeyni abolit le gouvernement militaire déclaré par le gouverneur militaire de Téhéran. De leur côté, les Américains évacuent des dispositifs d’espionnage en les transférant à Chypre.

La Décade de l’Aube s’achève par la victoire de la Révolution

Le 11 février (22 bahman) marque la victoire de la Révolution. Le palais du Shah, les sièges du gouvernement, du Parlement, de la police et de la SAVAK tombent dans les mains du peuple. Les révolitionnaires capturent le lieutenant-général Rahimi, commandant les forces de police. Successivement, le collège et le lycée militaires, la prison de Jamshidieh, les garnisons de Bagh Shah d’Eshratabad et d’Abbasabad se rendent. Le Premier ministre Shapour Bakhtiar démissionne et fuit aussitôt le pays.

révolution islamique Iran 11 février 1979

À 10h30, le Conseil des commandants des forces armées se réunit en Comité des chefs d’état-major interarmées, sous la présidence d’Abbas Qarebaghi, chef du Conseil suprême de l’armée. Une déclaration de neutralité de l’armée y est préparée et signée. À 13h15, la radio interrompt sa programmation habituelle pour lire la proclamation. La télévision d’État passe sous le contrôle des révolutionnaires, qui annoncent la déclaration n° 1 de la victoire de la révolution.

Alors que les drapeaux de la République islamique sont hissés pour la première fois, les forces armées déclarent leur soutien à l’ayatollah Khomeyni, qui demande au peuple de rétablir l’ordre et le calme dans le pays.

La célébration de la Décade de l’Aube et l’anniversaire de la Révolution

Chaque année pendant la Décade de l’Aube, la population iranienne célèbre l’anniversaire de la Révolution de 1979 en décorant les rues avec des objets décoratifs, des fleurs, des drapeaux et des images de l’ayatollah Khomeyni et de son successeur l’ayatollah Ali Khamenei, mais également du général Qassem Soleimani depuis son assassinat survenu en 2020.

Chant révolutionnaire Khomeyni, ey Emâm !

De nombreux événements ont lieu dans tout le pays. Notamment le festival Fadjr qui est le plus grand festival de cinéma, de théâtre et de musique en Iran. De plus, diverses organisations et centres gouvernementaux organisent des événements spéciaux. Les écoles commencent leurs activités à 9h27 le 1er février pour marquer l’arrivée de Khomeyni en Iran. Le 11 février, des rassemblements sont organisés dans chaque ville pour célébrer ce jour devenu la fête nationale iranienne.

Chant révolutionnaire Iran, Iran

En 2011, l’armée de l’air a même recréé la scène de l’arrivée de l’ayatollah Khomeyni à l’aéroport de Mehrabad en utilisant une réplique en carton.

La Décade de l’Aube est un moment important pour les Iraniens. Ils se remémorent l’histoire de leur pays et célèbrent la victoire de la Révolution de 1979. C’est une période de commémoration, de réflexion et de célébration de l’indépendance et de la fierté nationale de l’Iran.

À découvrir : IRNA Français – 45e anniversaire de la victoire de la Révolution islamique d’Iran : en image les feux d’artifice et illuminations

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Jour de deuil national après l’attentat de Kerman

L’Iran décrète ce jeudi 4 janvier 2024 un jour de deuil national après le double attentat terroriste survenu la veille à Kerman pendant la commémoration du martyre du général Qassem Soleimani.

Un double attentat visant la population iranienne à Kerman

Deux explosions se sont produites à Kerman, mercredi 3 janvier, entraînant la mort de 89 personnes et plus de 200 blessés, selon l’Organisation des urgences iraniennes.

Source : Attentat terroriste à Kerman, on déplore des dizaines de morts (presstv.ir)

La première explosion s’est produite à 14h50 heure locale, suivie de la seconde quinze minutes plus tard. Certaines personnes furent blessées dans la panique qui suivit la première explosion. D’après l’IRNA, la première explosion a eu lieu à environ 700 mètres de la tombe du général Soleimani. Une seconde explosion s’ensuivit à un kilomètre de là.

Le mode opératoire correspond à celui de Daech, l’organisation terroriste takfiriste que l’Iran et le général Soleimani ont vaincu. Mais une assistance israélienne ou américaine n’est toutefois pas impossible à exclure. Le lieu et la date n’ont guère été choisis au hasard. Ils révèlent la volonté d’attaquer le cœur même de la population iranienne.

Un jour de deuil national décrété et des condamnations unanimes

Un jour de deuil national a été décrété ce jeudi 4 janvier en mémoire des martyrs. Le Guide de la Révolution, l’ayatollah Ali Khamenei, a réagit officiellement le soir-même en adressant un message de condoléance aux familles des victimes. Le président iranien Ebrahim Raissi a annulé sa visite officielle en Turquie prévue ce jour.

femme secouriste intervenant après l'attentat survenu à Kerman le 3 janvier 2024

Lors d’un entretien téléphonique jeudi matin avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Joseph Borrell, représentant de la politique étrangère de l’Union européenne, a condamné le double attentat terroriste. Il a exprimé ses condoléances aux familles des victimes, ainsi qu’au gouvernement et au peuple iraniens.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, a souligné quant à lui l’importance que la communauté internationale lutte contre toutes les formes de terrorisme et a remercié Joseph Borrell pour sa compassion.

La Russie, l’Irak, l’Azerbaïdjan, le Liban, le Pakistan, la Jordanie et le sultanat d’Oman ont condamné l’attentat. Mais également le Qatar, l’Allemagne, la France, les Pays-Bas, l’Irlande et la Norvège. De même que le Hezbollah et l’ayatollah irakien Ali al-Sistani qui déclare pour sa part :

« Nous présentons nos condoléances aux familles endeuillées et au noble peuple iranien pour cette tragédie amère. Et nous demandons à Dieu Tout-Puissant le pardon et la grâce divine pour les chefs martyrs et pour les blessés, un prompt rétablissement. »

Le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a fermement condamné les attentats, exprimant ses condoléances aux familles des victimes et au gouvernement iranien et souhaitant un prompt rétablissement aux blessés.

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La nuit de Yalda, une célébration aussi ancienne que l’Iran

Depuis des millénaires en Iran, les Iraniens célèbrent la nuit de Yalda. Il s’agit de la dernière nuit de l’automne, la plus longue de l’année solaire. Cette fête ancestrale est un symbole important de la culture et de la civilisation iraniennes. Les rituels et les coutumes de la nuit de Yalda représentent la richesse de l’identité culturelle des Iraniens.

La nuit de Yalda en Iran

La nuit Yalda est célébrée de différentes manières dans différentes villes et par différentes ethnies en Iran. Les rituels communs comprennent l’allumage d’un feu, la narration d’anecdotes, la consommation de noix, de pastèque ou de grenade, et la récitation de poèmes de Hafez. La lecture du Shahnameh, le Livre des rois de Ferdowsi, est également l’un des moments forts de la nuit Yalda.

La nuit Yalda a également eu une grande influence dans la littérature persane et l’art iranien. Notamment avec des poètes tels que Molana Rumi, Rudaki, Hafez, Saadi, Attar et Nasser Khosro qui célébrèrent Yalda dans leurs œuvres.

La fête de Yalda reflète la vision culturelle des Iraniens sur un événement scientifique et astral. Elle souligne également leur relation étroite avec la nature et l’environnement. Cette nuit est une occasion de préserver l’unité et la coexistence de toutes les ethnies en Iran.

Yalda, un symbole de la culture iranienne

Il est intéressant de noter que d’autres civilisations du monde ont également célébré la dernière nuit d’automne pour marquer l’anniversaire du soleil. Les rituels de ces célébrations non-iraniennes présentent de nombreuses similitudes avec la cérémonie de Yalda. Cela témoigne de l’influence de l’ancienne culture perse au-delà des frontières de l’Iran. Par exemple, en Égypte ancienne, la renaissance du soleil était célébrée pendant la nuit Yalda.

De nos jours, la célébration de Yalda a également gagné en popularité dans d’autres pays tels que le Tadjikistan, la Turquie, le Pakistan, l’Afghanistan, le Japon, la Chine, la Corée du Sud, l’Écosse, la Russie, la Bolivie, le Pérou, l’Équateur, l’Afrique et d’autres régions.

Cette célébration internationale et universelle de la nuit Yalda a été officiellement reconnue par l’UNESCO qui l’a classée comme un patrimoine culturel de l’humanité en 2022. Ainsi, en plus d’être une festivité iranienne, la nuit de Yalda est devenue un moyen important de renforcer la cohésion nationale en Iran et promouvoir l’amitié et la paix régionales.

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Ce qu’il faut savoir sur le Hezbollah au Liban

Le Hezbollah au Liban, mouvement de résistance et d’émancipation libanais chiite fondé le 16 février 1985, est souvent l’objet d’accusations mensongères. Ces accusations proviennent généralement de sources non vérifiées ayant pour but de discréditer et ternir sa réputation.

Cet article revient sur des aspects méconnus, voire ignorés, du Hezbollah au Liban.

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La chanson est interprétée par la chanteuse libanaise chrétienne Julia Boutros.

Le livre Comprendre les Gardiens de la Révolution islamique propose une étude approfondie sur le Hezbollah. À travers une recherche minutieuse et des sources variées, l’auteur offre ainsi une perspective claire et éclairante sur le fonctionnement et l’interaction de ce mouvement au Moyen-Orient, permettant aux lecteurs de mieux comprendre son rôle dans la région.

Mouvement de résistance qui lutta contre Daech, organisation venant au secours des défavorisés du Liban, découvrez ce qu’il faut savoir sur le Hezbollah.

Le Hezbollah face aux accusations de terrorisme

L’une des accusations les plus fréquentes est celle de terrorisme. En tant qu’acteur politique et militaire, le Hezbollah joue un rôle important dans la résistance contre Israël. Il est considéré comme un groupe de résistance par de nombreux peuples de la région.

Il est souvent affirmé à tort qu’il fut fondé secrètement en 1982. En réalité, cette date a été inventée par les Américains et les Français afin de lui rejeter la responsabilité de l’attaque du Drakkar survenue le 23 octobre 1983. Par la suite, d’autres actions ont également été faussement attribuées au Hezbollah, telles que les prises d’otage de Jean-Paul Kauffmann et Michel Seurat en 1985, de quatre diplomates soviétiques la même année, ainsi que l’enlèvement et l’exécution du colonel américain William R. Higgins en février 1988. Ces allégations ont été systématiquement démenties par Hassan Nasrallah, le secrétaire général du mouvement.

Le Hezbollah au Liban

Il est important de souligner que le Hezbollah n’est pas une organisation terroriste qui attaque injustement tout le monde, comme cela est souvent présenté dans les médias occidentaux. Il est en réalité une organisation complexe, avec une branche militaire qui n’hésite pas à riposter de manière conventionnelle lorsque cela s’avère nécessaire.

Les accusations de terrorisme portées à l’encontre du Hezbollah sont honteuses. En effet, le mouvement chiite et l’Iran luttent contre le terrorisme. Il convient de rappeler qu’il a déployé environ 8000 combattants sur le terrain pour lutter contre Daech. Cette intervention a entraîné des pertes importantes pour le Hezbollah, avec environ 2000 morts et 4000 blessés.

Le Hezbollah, protecteur du Liban

Les actions menées contre le Hezbollah et le Liban sont souvent ignorées. Par exemple, le 8 mars 1985, la CIA a organisé un attentat dans les quartiers chiites de Beyrouth en faisant exploser une voiture, entraînant la mort de près de 300 personnes, majoritairement des civils. Dans son livre intitulé CIA : Guerres secrètes 1981-1987, le journaliste américain Bob Woodward mentionne que cet attentat fut ordonné par William Casey, alors directeur de la CIA. Il fut de plus financé par les services secrets saoudiens pour un montant de trois millions de dollars et organisé sur le terrain par un ancien membre du commando britannique des SAS.[1]

Autre exemple, le 7 novembre 1983, lorsqu’un véhicule militaire français contenant cinq quintaux d’explosif est retrouvé devant l’ambassade d’Iran à Beyrouth en réponse à l’attentat dit « du Drakkar ». Cette opération, appelée Santé, était classée « homo » pour homicide. Cela démontre bien la volonté de la France de prendre des vies, qui plus est par le biais d’opérations terroristes qu’elle prétend pourtant combattre…

Antoine Buzat note à ce sujet :

« L’opération Santé consiste à organiser un attentat à la voiture piégée au moyen d’un véhicule militaire léger, maquillé en un véhicule sanitaire avec l’emblème de la Croix Rouge, devant l’ambassade d’Iran à Beyrouth, dans la nuit du 6 au 7 novembre 1983. […] La police libanaise mène l’enquête et conclut que ce véhicule a été volé à un détachement militaire français à Beyrouth mais le plus surprenant est que les militaires français n’aient déclaré qu’aucun vol n’avait été commis. »

Antoine Buzat, Les implications de la France pendant la guerre Iran-Irak, L’Harmattan, 2021, p. 143.

Pierre Razoux complète :

« L’attentat est attribué au mouvement Djihad islamique et à la milice chiite Hezbollah dont la CIA et la DGSE savent qu’ils sont inféodés à Téhéran. Il ne fait aucun doute pour ces deux agences de renseignement que cet attentat a été commandité par l’Iran. […] Quelques jours plus tard, une Jeep militaire française bourrée de 500 kilogrammes d’explosif est découverte garée devant le mur d’enceinte de l’ambassade d’Iran, à Beyrouth. Elle est désamorcée avant d’avoir pu exploser. Cette opération d’intimidation, validée par François Mitterrand, a échoué par manque de professionnalisme de l’expert chargé de faire exploser la charge. Sous l’effet du stress, celui-ci a tout simplement oublier de vérifier qu’il avait bien enclenché le retardateur ! »

Pierre Razoux, La guerre Iran-Irak 1980-1988, Tempus, 2017, p. 418.

Le contexte de la guerre Iran-Irak

Pendant ce conflit, les puissances occidentales ont été alliées de l’Irak, qui était l’agresseur, et lui ont fourni des armes. Il est important de rappeler que certaines de ces puissances ont également fourni des armes à l’Iran. Les États-Unis sont notamment impliqués dans l’affaire Iran-Contra et la France dans l’affaire Luchaire. Ces livraisons d’armes à l’Irak incluaient des armes interdites, telles que les gaz de combat, que Saddam Hussein n’a pas hésité à utiliser contre les militaires et les civils iraniens en toute impunité.

Il est également nécessaire de mentionner une affaire qui est passée sous silence en France : celle du sang contaminé. Les stocks de sang, rendus inutilisables en France en raison des révélations de cette affaire, ont été exportés dans une dizaine de pays par le Premier ministre français Laurent Fabius via l’Institut Mérieux. Notamment l’Iran, l’Irak, l’Arabie saoudite, la Grèce, l’Argentine, l’Italie et l’Allemagne.

Sur les 976 patients iraniens atteints d’hémophilie qui ont reçu une transfusion sanguine, 193 ont contracté le VIH. C’est ainsi qu’est apparu le sida en Iran. Jusqu’à présent, aucune victime iranienne n’a été indemnisée, contrairement à celles d’autres pays.[2] Pour une histoire détaillée de cette affaire, le lecteur pourra lire l’article de Mark Hunter intitulé Blood Money  (« Le prix du sang ») paru dans le magazine Discover le 1er août 1993.

Le Hezbollah est un acteur politique légitime au Liban

Enfin, il est fréquemment affirmé que le Hezbollah est une simple marionnette de l’Iran et qu’il exécute aveuglément ses ordres. Cette accusation vise à discréditer l’indépendance et l’autonomie stratégique du Hezbollah. Bien qu’il entretienne des liens étroits avec l’Iran et reçoive un soutien de ce pays, il est profondément enraciné dans la société libanaise. Il prend ses propres décisions politiques et militaires sans influence iranienne.

À partir de 1992, le Hezbollah a connu des changements importants en passant d’une organisation révolutionnaire à un parti politique ancré dans la vie politique et institutionnelle du Liban. Sous les encouragements du Guide de la Révolution Ali Khamenei, le mouvement libanais a décidé de participer aux élections législatives en 1992, remportant ainsi douze sièges. Cette période marque le début de la « libanisation » du Hezbollah et de son ouverture au dialogue avec les autres communautés religieuses, notamment les chrétiens.

Les Bataillons de résistance libanaises (Sorâyâ al-mouqâvama al-Lebanâniya) ont d’ailleurs été créés en novembre 1997. Cette formation est multiconfessionnelle et regroupe des sunnites, des chrétiens, ainsi que des druzes qui souhaitent lutter contre Israël. Ces bataillons sont formés et commandés par le Hezbollah et certaines unités se déploient en Syrie à partir de 2012.

Joost Hiltermann et April Longley Alley décrivent les raisons de son succès :

« Il s’est nourri de la myriade de ressentiments de la population chiite libanaise : leur sous-représentation dans le système politique libanais, la présence de militants palestiniens (qui ont utilisé le Sud-Liban comme rampe de lancement pour des attaques sur le sol israélien) et la réponse aveugle d’Israël, dont ils ont été parmi les principales victimes. »

Joost Hiltermann et April Longley Alley, The Houthis Are Not Hezbollah (« Les Houthis ne sont pas le Hezbollah »), Foreign Policy, 27 février 2017 (https://foreignpolicy.com/2017/02/27/the-houthis-are-not-hezbollah/).

Un acteur social et humanitaire méconnu

Cependant, l’une des missions méconnues du Hezbollah en Occident est son engagement dans des initiatives sociales et humanitaires, en particulier dans le sud du Liban. En effet, il se veut un mouvement venant en aide aux défavorisés, notamment la communauté chiite, traditionnellement l’une des plus marginalisées au Liban.

Cette volonté de charité fut instaurée par les fondateurs du mouvement, Mousa Sadr, Sheykh Ragheb Harb et Mohammad Hussein Fazlallah. Il s’agissait de répondre aux besoins croissants des réfugiés du sud du pays qui faisaient face à une invasion israélienne.

The New Humanitarian[3] note à propos du Hezbollâh :

« Le groupe gère actuellement au moins quatre hôpitaux, 12 cliniques, 12 écoles et deux centres agricoles qui fournissent aux agriculteurs une assistance technique et une formation. Il dispose également d’un département de l’environnement et d’un vaste programme d’assistance sociale. Les soins médicaux sont également moins chers que dans la plupart des hôpitaux privés du pays et gratuits pour les membres du Hezbollah. »

The many hands and faces of Hezbollah (« Les nombreuses mains et visages du Hezbollâh »), The New Humanitarian, 29 mars 2006 (https://www.thenewhumanitarian.org/report/26242/lebanon-many-hands-and-faces-hezbollah)

En septembre et octobre 2021, le Hezbollah facilite l’importation de pétrole à travers plusieurs pétroliers iraniens et en assure la distribution à la population libanaise, sans distinction de religion. Cette initiative visait à répondre à la grave pénurie de carburant qui plongeait le Liban dans une crise économique et politique.


[1] Bob Woodward (trad. de l’anglais par Jérôme Verdier), CIA : Guerres secrètes 1981-1987 (Veil: the secret wars of the CIA 1981-1987), Stock, 1987, p. 464-466.

[2] شاکیان پرونده بیماران هموفیلی همچنان در انتظار عدالت (« Les plaignants de l’affaire des patients atteints d’hémophilie attendent toujours que justice soit rendue »), BBC Fârsi, 15 août 2011 (https://www.bbc.com/persian/iran/2011/08/110816_l21_blood_health).

[3] L’IRIN (Integrated Regional Information Netwoks), renommé en mars 2019 The New Humanitarian est « une organisation de presse indépendante à but non lucratif fondée par les Nations Unies en 1995 » souhaitant couvrir de manière neutre les zones de crises et de catastrophes « alors que la désinformation numérique se mondialise et que les médias grand public se retirent de nombreuses zones de crise internationales […] ». (https://www.thenewhumanitarian.org/content/about-us).