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Arrestation arbitraire d’un journaliste iranien en France

La police française a procédé mercredi 5 juin 2024 à Metz, dans le nord-est de la France, à l’arrestation de Monsieur Bashir Biazar, un journaliste iranien. Cette actualité n’a pas manqué de faire réagir en Iran, tandis qu’elle n’est aucunement relayée dans les médias officiels français.

Bashir Biazar journaliste iranien arrêté en France
Portrait de Bashir Biazar, journaliste iranien arrêté en France

Après un interrogatoire de plusieurs heures, le journaliste serait actuellement dans un centre de rétention dans l’attente de son procès. Les autorités françaises n’ont à ce jour toujours pas fourni de justification à cette arrestation. Il semble toutefois que celle-ci fasse suite à sa couverture du conflit israélo-palestinien.

Bashir Biazar écrivait dans l’une de ses dernières publications :

« La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de parler lors d’une réunion aux Nations unies sur les sanctions contre l’Iran, les crimes israéliens et les dysfonctionnements des Nations unies ! Ce qui était intéressant, c’est que plus on parlait contre Israël, plus on était acclamé par le public ! Les sionistes n’ont jamais été aussi isolés, détestés et humiliés. »

Rapporté par Ghorban-Ali Khodabandeh, Les dessous de l’arrestation d’un ressortissant iranien en France, PressTV, 7 juin 2024 (https://french.presstv.ir/Detail/2024/06/07/726989/Les-dessous-de-l%E2%80%99arrestation-d%E2%80%99un-ressortissant-iranien-en-France).

Cette arrestation d’un journaliste iranien en France intervient dans un contexte où d’importantes manifestations dénoncent les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par l’armée israélienne dans la bande de Gaza.

L’Iran réagit à l’arrestation d’un journaliste iranien en France

Cette violation du droit de la presse et de la liberté d’information commise par le régime français n’a pas manqué de susciter des réactions des autorités iraniennes. Ali Bagheri-Kani, ministre iranien des Affaires étrangères par intérim, s’est notamment entretenu par téléphone avec l’ambassadeur d’Iran en France. Il déclare notamment :

« Le ministère des Affaires étrangères ne ménagera aucun effort consulaire, juridique et politique pour soutenir les ressortissants iraniens partout dans le monde. »

Téhéran poursuit l’affaire du ressortissant iranien arrêté en France (presstv.ir)

Déclaration de Nasser Kanaani, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères :

« Dans le cadre de ses responsabilités et de ses efforts sérieux pour protéger la sécurité des ressortissants iraniens, le ministère des Affaires étrangères a mis à l’ordre du jour, à Paris et à Téhéran, la défense des droits de son citoyen arrêté et sa libération dans les plus brefs délais. Les mesures adéquates sont mises à l’œuvre jusqu’à ce que nous ayons gain de cause. »

Le ministère iranien des AE réagit à l’arrestation d’un ressortissant iranien en France (presstv.ir)

Déclaration de Kazem Gharibabadi, secrétaire du Haut Conseil iranien des droits de l’homme :

« L’arrestation d’un ressortissant iranien par la police française en raison de son soutien au peuple opprimé de Palestine est une nouvelle honte pour la France en matière des droits de l’homme. Hier, j’ai parlé avec son épouse et les responsables du ministère des Affaires étrangères ; nous sommes déterminés à défendre nos compatriotes. Ce ressortissant iranien doit être libéré au plus vite. »

Un haut responsable iranien des droits de l’homme appelle à la libération d’un détenu en France (presstv.ir)

Il est à noter que Monsieur Biazar est entré légalement sur le territoire français et s’avère être un journaliste accrédité. Les autorités françaises jouent dans cette affaire le jeu dangereux de la prise d’otage d’État et ne semblent guère se rendre compte de leur double discours concernant les libertés et les procédures judiciaires. Nul doute que cette affaire ne va pas contribuer à l’établissement de relations diplomatiques normales et intelligentes par la France avec l’Iran.

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Art et LittératureFrance-Iran

Mathilde Irani célèbre l’Iran en poésie

Dans la lignée de Guillaume Apollinaire, Mathilde Irani célèbre l’Iran dans sa poésie. Son recueil Ipséité, paru en février 2023, témoigne de la fascination des poètes français pour l’Iran.

Mathilde Irani Ipséité

Plusieurs poèmes de Mathilde Irani rendent hommage à l’Iran : Les trésors dissimulés rendent hommage à Ispahan et ses habitants, Téhéran, présenté ici, Sépulcre et enfin sa série Nuits azéries.

Mathilde Irani puise dans l’Iran l’inspiration de sa poésie

Dans son poème intitulé Téhéran, Irani nous plonge dans un tourbillon de liberté. Chaque mot résonne avec une musicalité particulière, transportant le lecteur à travers le flot enivrant des mots. Irani parvient à capturer l’essence vibrante de la ville dans chaque vers, créant ainsi une expérience poétique immersive et captivante. À travers son poème, Téhéran prend vie sous nos yeux, évoquant des émotions et des images qui continuent de résonner longtemps après avoir refermé le livre.

Téhéran

Là où je demeure

– l’exil de ce désert interminable

Lassé de ces vieilles vérités incantatoires nées dans le premiers âge du monde

J’y suis arrivé un soir d’hiver informe

– la Mort et sa miséricorde

Les noirs tchadors recouvrent les Beautés qui ne doivent être révélées jusqu’à l’avènement du dernier homme

Sous le soleil ployé de ses courbures rayonnantes d’extases

Je dresse le gonfalon de mes incertitudes vouées à l’absurde existence

Quel ne fut point un jour de chaleur iranienne

– Honteuse devant ces lèvres rubis qui me demandèrent « pourquoi ? »

Le poignard dans le cœur

– j’espère désormais l’entremet

Je songe à cette chevelure dissimulée au sein du secret et du mystère

Une ombre déambule dans la pénombre percluse de solitudes et de secrètes satisfactions

Alors une ampoule d’alcool pour réveiller Téhéran inanimé

Mathilde Irani, Téhéran, in Ipséité, Edilivre, p. 82.

La poésie, éternités iraniennes et françaises

Mathilde Irani est un poète français de ce siècle, inspiré par l’esprit de Paul Valéry et la vision de Saint-John Perse. Son travail transporte le lecteur dans un monde où la tentation de l’éternité aboli le temps. Le tragique évolue vers l’absolu, avec la Mort prenant l’apparence d’une nymphe. L’œuvre aborde avant tout un domaine de l’existentiel qui obsède, marquée par la projection de l’Être à travers l’Univers et l’espace-temps.

« Mathilde Irani donne une dimension spirituelle profonde à son écriture, mêlant les influences mystiques à une réflexion sur l’identité et la quête spirituelle de l’Homme occidental égaré dans une civilisation qui ne sait plus inventer ses tombeaux et ses mythes. »1

Dans une atmosphère intime et sombre, l’inspiration du poète provient de la réflexion intérieure profonde. Les mots utilisés sont poussés à leurs limites extrêmes jusqu’au néant, devenant ainsi les maîtres d’une Réalité révélée et sublimée. Pour Mathilde Irani, il s’agit avant tout d’une lutte contre la corruption du temps et l’instinct de mort qui façonne le destin de l’Homme.

Ipséité, de Mathilde Irani : à retrouver chez Edilivre, en librairie ou bien encore sur Amazon.

  1. Valentine Saint-Jame, Mathilde Irani, la Poésie et l’Absolu, Réseau international, 4 février 2024 (https://reseauinternational.net/mathilde-irani-la-poesie-et-labsolu/). ↩︎
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Une investigation archéologique sur le culte de Mithra au Mont-Dol

Laurent Garreau et Jean-Claude Voisin présente dans leur ouvrage Le culte de Mithra du Mont-Dol au Mont-Saint-Michel, une enquête historique et archéologique des plus passionnantes sur l’influence de cette divinité iranienne dans les régions normande et bretonne.

La rivalité historique entre le Mont-Dol et le Mont-Saint-Michel transcende les domaines spirituel et politique. Grâce à une enquête archéologique minutieuse et une analyse critique des sources anciennes, les auteurs remettent en question une idée développée au XVIIIème siècle : la présence d’un mithraeumau sommet du Mont-Dol.

Une enquête passionnante sur le culte de Mithra du Mont-Dol au Mont-Saint-Michel

Il est indéniable que le Mont-Dol fut un haut lieu de spiritualité, avant sa récupération par les promoteurs du sanctuaire du Mont-Saint-Michel. Ceux-ci furent notamment les Pippinides et les Carolingiens, dont les motivations étaient à la fois spirituelles et politiques.

Malgré l’absence de preuves tangibles, l’analogie entre le Mont-Dol et le dieu perse Mithra continue d’être explorée. Les auteurs abordent également la récupération de ce culte par le christianisme. Particulièrement avec l’introduction de l’archange Michel, dieu des armées et des frontières, en particulier chez les Carolingiens.

Le Mont-Dol a donc joué un rôle majeur dans le contexte spirituel et politique de l’époque. Il fut un lieu de dévotion pour de nombreux croyants avant sa relégation à l’ombre du Mont-Saint-Michel. Les motivations des Carolingiens pour s’approprier le Mont-Dol étaient multiples. D’une part, ils cherchaient à renforcer leur pouvoir politique en établissant leur autorité sur des sites sacrés. D’autre part, ils souhaitaient convertir les croyances païennes en les intégrant dans le christianisme naissant. Ainsi, l’archange Michel, figure militante et protectrice, fut associé au Mont-Dol.

Cependant, les dimensions spirituelles et symboliques du Mont-Dol ne s’effacèrent jamais totalement. Les traces de l’ancienne religiosité persistent encore aujourd’hui. Les auteurs soulignent l’importance de ne pas négliger cet aspect lors de l’étude de l’histoire de ces sites. Le Mont-Dol, bien que moins connu que le Mont-Saint-Michel, mérite d’être exploré et compris en tant que lieu de culte et carrefour des croyances.

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Bibliotheca iranicaFrance-IranReligion et Spiritualité

Le philosophe Christian Jambet élu à l’Académie française

Le philosophe spécialiste du Chiisme Christian Jambet est élu le 8 février 2024 à l’Académie française. Il occupe désormais le 6ème fauteuil, succédant à Marc Fumaroli.

Cette reconnaissance ultime de ses pairs témoigne de son influence et de sa contribution remarquable à la philosophie et aux études islamiques. Christian Jambet continuera ainsi à partager son savoir et son expertise au sein de cette prestigieuse institution, tout en favorisant le dialogue interculturel et en enrichissant les échanges intellectuels entre la France et le monde iranien.

Christian Jambet, du Chiisme à l’Académie française

Né le 23 avril 1949 à Alger, Christian Jambet est un philosophe français reconnu pour ses travaux sur la philosophie islamique, et particulièrement chiite.

Agrégé de philosophie en 1974, il décide ensuite de se former aux sciences religieuses à l’École Pratique des Hautes Études, sous la tutelle de figures éminentes telles que Henry Corbin, Guy Monnot et René Roques. Un séjour en Iran, aux côtés de son maître Henry Corbin, marque un tournant décisif dans sa carrière. Il se consacre alors à l’étude des littératures et des philosophies de langue arabe et persane.

Christian Jambet élu à l'Académie française le 8 février 2024

En 2008, il reçoit le prestigieux World Prize décerné par l’Académie iranienne de philosophie, une reconnaissance notable de son travail et de son engagement. En 2011, il est élu directeur d’études dans la section des sciences religieuses, occupant la chaire de Philosophie en islam. Son expertise est également mise à contribution en tant que membre du Laboratoire d’études des monothéismes du CNRS.

En tant qu’éditeur, il a fondé la collection Islam spirituel aux éditions Verdier, contribuant ainsi à la diffusion d’ouvrages majeurs dans le domaine des études islamiques.

Christian Jambet fut également récipiendaire du Grand Prix de philosophie de l’Académie française en 2017, une distinction honorifique pour l’ensemble de son œuvre. Son travail est salué pour sa profondeur intellectuelle et sa contribution à la compréhension des traditions philosophiques et religieuses de l’Islam.

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France-IranHistoire

L’ayatollah Khomeyni à Neauphle-le-Château

Situé dans le département français des Yvelines, Neauphle-le-Château est un village qui demeure dans l’Histoire. Situé sur une colline, il abrite deux présences, pourtant absentes : Marguerite Duras et Rouhollah Khomeyni.

Cette vidéo fut censurée deux fois par YouTube.

Ce documentaire captivant réalisé par Clémence Allezard et François Teste explore les archives de l’INA et permet de plonger dans cette période marquante de l’histoire de Neauphle-le-Château. Il éveille d’abord les souvenirs et les mystères entourant la présence de l’ayatollah Khomeyni dans ce paisible village yvelinois, rappelant ensuite que l’Histoire se cache parfois là où l’on s’y attend le moins.

Les fantômes de Neauphle-le-Château : l’ayatollah sous le pommier

Ce deuxième épisode de la série Les fantômes de Neauphle-le-Château, intitulé L’ayatollah sous le pommier, fut diffusé le dimanche 25 mars 2018. Une atmosphère étrange règne dans un verger abandonné à la sortie du village. En octobre 1978, à plus de cinq mille kilomètres de Téhéran, c’est ici que la révolution islamique d’Iran se fomenta. Pendant 112 jours, Neauphle-le-Château devient le lieu d’accueil de l’ayatollah Khomeyni. Au 23, route de Chevreuse, se trouvait une tente et une maison où il priait. Elles ont depuis disparu, détruites par des explosifs.

L'ayatollah Khomeyni à Neauphle-le-château le 10 octobre 1978
L’ayatollah Khomeyni assis sous le pommier du verger de Neauphle-le-Château. Photographie prise par Joël Robine pour l’AFP le 10 octobre 1978.

Seule une plaque commémorative installée en 2017 demeurait en souvenir de cet événement, jusqu’à sa destruction par des terroristes le 25 janvier 2023.1

« Le nom de Neauphle-le-Château est enregistré à jamais dans l’histoire des relations franco-iraniennes. Le peuple iranien se rappellera toujours de l’hospitalité du peuple français et de l’accueil qui a été réservé à l’Imam Khomeyni, guide suprême de la Révolution islamique et fondateur de la République islamique d’Iran. Au cours de son séjour de 4 mois, l’Imam Khomeyni en poursuivant sa lutte par le biais de discours, d’interviews et d’enregistrements sonores, a guidé la Révolution islamique en Iran et le 11 février 1979, dix jours après son retour triomphal à Téhéran, le monde entier fut témoin de la victoire de la Révolution islamique en Iran. »

Texte inscrit sur la plaque commémorative dans le verger de Neauphle-le-Château.

De l’autre côté, dans le village voisin de Jouars-Pontchartrain, une maison dans laquelle séjournent l’ayatollah Khomeyni et sa famille. Chaque jour, il traversait lentement la rue. Aujourd’hui, des souvenirs parfois amusés, des rumeurs gênées et quelques mystères enveloppent cet épisode de l’histoire de Neauphle-le-Château. Un mystère entoure notamment une certaine « Colette », résidente du village, qui aurait permis à l’ayatollah Khomeyni de s’installer ici. Son nom de famille reste inconnu. Il est seulement connu qu’elle était « une Française convertie à l’islam chiite » et peut-être enseignante. Depuis, nulle trace ne demeure d’elle.

Ce documentaire nous offre les témoignages d’Abolhassan Bani Sadr, premier président de la République islamique d’Iran, de Corinne Brillié, native de Neauphle-le-Château et habitante de Jouars-Pontchartrain, de Serge Brillié, son mari, de Michel Nawfel, grand reporter libanais, de Jean Golvan, ancien adjoint au maire de Neauphle-le-Château, de Rufus, comédien et mime, ancien voisin, d’Ingrid Therme, ancienne voisine et de Duras, ainsi que de Françoise Cargemel, ancienne bénévole du syndicat d’initiative de Neauphle-le-Château.

  1. La mairie, cédant à la lâcheté et au révisionnisme, interdit tout nouvel affichage depuis. Le lieu est pourtant un terrain privé. (Sources : A Neauphle-le-Château, le souvenir de Khomeyni dérange (lemonde.fr)) ↩︎
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Le Shah d’Iran aux obsèques du général de Gaulle

Le Shah d’Iran Mohammad Reza Pahlavi rendait hommage au général Charles de Gaulle lors de ses obsèques célébrées le 12 novembre 1970.

Mohammad Reza Pahlavi Shah Iran tombe général de Gaulle novembre 1970
Mohammad Reza Pahlavi devant la tombe du général de Gaulle

Le 9 novembre 1970 disparut le général Charles de Gaulle. Figure emblématique de la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale et fondateur de la Vème République, il laisse derrière lui un héritage politique et un engagement en faveur de la grandeur de la France.

L’annonce de la mort du général de Gaulle a plongé le monde dans une profonde tristesse. Durant les dix années de sa présidence, de 1959 à 1969, de Gaulle a marqué la politique française. Par ses prises de position audacieuses autant que par son indépendance d’esprit. Il a su redonner à la France sa place sur la scène internationale et instaurer un régime présidentiel solide.

Le Shah d’Iran rend hommage au général de Gaulle lors de ses obsèques

Le 12 novembre 1970, le monde pleure la disparition du général de Gaulle lors de ses obsèques solennelles. Cet événement historique rassemble des milliers de personnes, venues rendre un dernier hommage à l’homme du 18 juin.

Le Shah d’Iran dépose des fleurs sur la tombe du général de Gaulle

La mort du général de Gaulle a également suscité une grande émotion à travers le monde. De nombreux chefs d’État et dignitaires étrangers ont exprimé leur respect et leur admiration pour cet homme d’État exceptionnel. Et notamment Mohammad Reza Pahlavi, qui l’avait accueilli au cours d’une visite officielle en Iran durant le mois d’octobre 1963.

Le général de Gaulle, défenseur des opprimés

Le général de Gaulle était considéré comme un homme hors du commun et respecté partout dans le monde. Sa volonté de rétablir l’autorité de l’État et de moderniser la France fut réalisée grâce à la mise en œuvre de réformes économiques et sociales. Il a également permis à la France de se doter d’une force de dissuasion nucléaire indépendante, lui conférant ainsi un rôle majeur sur la scène internationale.

Sa politique étrangère, basée sur le principe de souveraineté nationale, le conduit à se retirer de l’OTAN et à chercher un équilibre entre les superpuissances de l’époque. Son célèbre discours de Phnom Penh en 1966, dans lequel il condamne l’intervention américaine au Vietnam, montre sa volonté de préserver la paix et l’indépendance des peuples.

Les Etats-Unis le haïront pour sa volonté d’indépendance et son refus de se soumettre à eux. Ils n’hésiteront guère d’ailleurs à fomenter des tentatives d’assassinats contre sa personne et la première révolution de couleur en mai 1968.

Sa voix forte dans les affaires internationales a marqué les esprits et lui a valu une place importante dans l’histoire mondiale. Sa détermination et son engagement pour la grandeur de la France restent des valeurs essentielles pour de nombreux Français.

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Octobre 1963 : visite officielle du général de Gaulle en Iran

Du 16 au 20 octobre 1963, le général de Gaulle entreprend une visite officielle historique et remarquée en Iran. Cette visite d’État fut le tout premier et unique voyage officiel d’un président français dans ce pays.

général de Gaulle voyage officiel Iran octobre 1963 carrosse Mohammad Reza Pahlavi

L’Iran est à l’époque dirigée par Mohammed-Reza Shah Pahlavi depuis 1941, avec une politique internationale tournée vers l’Occident. Aude Vassallo souligne d’ailleurs à propos de la monarchie iranienne :

« des oppositions nombreuses et parfois violentes ainsi que le faible niveau de vie de la population fragilisent un régime instable qui, malgré les apparences, se révèle être autoritaire. »

Charles de gaulle – paroles publiques – Voyage à Téhéran (2ème jour) (ina.fr)

En effectuant une visite d’État en Iran, le général de Gaulle cherche avant tout à mettre en pratique sa politique de coopération volontariste avec un important pays du Tiers-Monde dans le cadre de la politique de grandeur visant à positionner la France sur la scène internationale.

Journal télévisé français diffusé le 18 octobre 1963

Cette visite témoigne de l’importance accordée par de Gaulle au renforcement des liens diplomatiques et à la coopération entre la France et l’Iran, dans le contexte de sa vision ambitieuse de la politique étrangère française.

Le programme de la visite officielle du général de Gaulle en Iran en 1963

Le 16 octobre 1963, le général de Gaulle arrive à l’aéroport de Mehrabad en Iran, où l’accueillent l’empereur et l’impératrice. À Téhéran, il est accueilli par le maire qui lui remet les clés de la ville.

Le 17 octobre, le Général visite le musée archéologique du Sénat, prononce un discours au Parlement, explore les bijoux de la Couronne à la Banque centrale, se rend à l’Institut franco-iranien et rencontre le cercle des amitiés françaises.

Le 18, il se rend à Chiraz où il visite une usine pétrochimique, puis se rend à Persépolis. Ensuite, il voyage à Ispahan où il visite l’école des sœurs.

Le 19, le général de Gaulle visite les mosquées d’Ispahan puis retourne à Téhéran. Il tient une réunion avec le Shah, visite l’Institut Pasteur et reçoit la colonie française ainsi que le corps diplomatique.

Journal télévisé français diffusé le 20 octobre 1963

Le reportage diffusé lors du journal télévisé évoque la dernière matinée du voyage, le 20 octobre, au cours de laquelle le Général, après avoir posé la première pierre du lycée franco-iranien Razi à Téhéran, visite l’Académie militaire. C’est là qu’il exprime ses sincères hommages au Shah Pahlavi et à l’armée iranienne.

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Quand Guillaume Apollinaire célébrait Ispahan

Guillaume Apollinaire célébrant Ispahan, la « moitié du monde », démontre ce lien charnel et intrinsèque de la poésie française pour la beauté du Monde.

Et quoi de plus normal pour un poète que de célébrer l’Iran et son ipséité commune avec la France pour la Poésie ? Apollinaire témoigne ainsi de l’amitié franco-iranienne et de notre admiration mutuelle entre nos deux merveilleux pays d’art, de culture et d’histoire.

Quand Guillaume Apollinaire célébrait Ispahan en un poème

Ce poème parut dans le recueil Il y a…, publié à titre posthume en 1925 par Albert Messein, l’un des plus importants éditeurs de poésie du XXème siècle.

La poésie française subit au début de ce siècle une transformation profonde, une révolution dans les règles établies. Guillaume Apollinaire est justement l’un des poètes à l’origine de ce bouleversement artistique. Précurseur du surréalisme, il renouvelle les formes et les techniques poétiques de son époque, marquant ainsi la naissance de la poésie française moderne.

Dans le poème Ispahan, Apollinaire nous offre un exemple frappant de ce renouveau artistique. Dépourvu de ponctuation, le texte se déploie avec fluidité et liberté, permettant une lecture fluide et sans interruption. Le poème exprime une musicalité particulière et transporte par le flot des mots.

Ispahanest une ode à la ville éponyme située en Asie du sud-ouest, mais aussi une invocation des sentiments qu’elle éveille. La ville, personnifiée, devient un être vivant à part entière. Elle est capable d’évoquer des émotions profondes chez ceux qui la contemplent. Les strophes, d’une longueur et d’une versification variées, traduisent l’étendue et la diversité de ces sensations.

Guillaume Apollinaire, à travers Ispahan, parvient à créer une atmosphère poétique envoûtante en faisant appel aux sens et aux émotions de ses lecteurs. Le poème nous transporte dans les rues de la ville, nous faisant ressentir l’atmosphère, entendre le murmure des fontaines et voir les jeux de lumière sur les palais majestueux.

Pour tes roses

J’aurais fait

Un voyage plus long encore

Ton soleil n’est pas celui

Qui luit

Partout ailleurs

Et tes musiques qui s’accordent avec l’aube

Sont désormais pour moi

La mesure de l’art

D’après leur souvenir

Je jugerai

Mes vers les arts

Plastiques et toi-même

Visage adoré

Ispahan aux musiques du matin

Réveille l’odeur des roses de ses jardins

J’ai parfumé mon âme

A la rose

Pour ma vie entière

Ispahan grise et aux faïences bleues

Comme si l’on t’avait

Faite avec

Des morceaux de ciel et de terre

En laissant au milieu

Un grand trou de lumière

Cette

Place carrée Meïdan

Schah trop

Grande pour le trop petit nombre

De petits ânes trottinant

Et qui savent si joliment

Braire en regardant

La barbe rougie au henné

Du Soleil qui ressemble

A ces jeunes marchands barbus

Abrités sous leur ombrelle blanche

Je suis ici le frère des peupliers

Reconnaissez beaux peupliers aux fils d’Europe

Ô mes frères tremblants qui priez en Asie

Un passant arqué comme une corne d’antilope

Phonographe

Patarafes

La petite échoppe

Guillaume Apollinaire, Poèmes à Louprécédé deIl y a, préface de Michel Décaudin, Gallimard, coll. Poésie, 1969, pp. 55-56.

Apollinaire, un poète emblématique

Guillaume Apollinaire est né à Rome en 1885 d’une mère polonaise et d’un père italien qu’il ne connaîtra pas. Il publie au fil du temps dans différentes revues, notamment le Mercure de France de 1909 à 1916. Son premier recueil est publié en 1913 sous le titre Alcools, dans lequel il explore de nouvelles voies esthétiques sans aucune ponctuation.

En 1918, son recueil Calligrammes rassemble des poèmes visuels. Les mots disposés graphiquement sur la page représentent alors une rupture avec la tradition poétique classique. Ils illustrent la liberté de la forme et l’importance accordée à l’aspect visuel dans la poésie moderne.

Guillaume Apollinaire poète français Ispahan Iran

Pendant les dernières années de sa vie, Apollinaire a trouvé une nouvelle source d’inspiration : la guerre. Convaincu par l’idée de défendre son pays, il est désormais devenu un soldat engagé, arborant fièrement son uniforme et ses décorations. En 1916, année de sa naturalisation, il est blessé à la tempe par un éclat d’obus et dut subir une trépanation. La guerre influencera profondément ses réflexions sur la poésie et l’art en général.

En mai 1918, Apollinaire épouse Jacqueline Kolb, surnommée « la jolie rousse » de ses calligrammes. Cependant, affaibli par sa blessure, il ne put résister à l’épidémie de grippe espagnole et décéda le 9 novembre suivant. Son œuvre et sa contribution à la poésie moderne restent aujourd’hui une référence incontournable dans le domaine de la littérature.

Après sa mort, ses poèmes inédits furent rassemblés dans des recueils tels que Il y a… (1925), Ombre de mon amour (1947), Poèmes secrets à Madeleine (1949) ou bien encore Le Guetteur mélancolique (1952).