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Histoire

La Préhistoire en Iran

L’histoire de l’Iran débute dès la Préhistoire. Par « Préhistoire » est entendue la période précédant l’émergence de l’écriture et l’utilisation des métaux dans l’histoire de l’humanité.

peinture Préhistoire Iran
Peinture de la grotte de Dosheh, Khoramabad (Lorestan),
vers le 8ème millénaire avant Jésus-Christ

La Préhistoire en Iran, aux origines de l’humanité

En 1949, Roman Ghirshman identifia des traces d’occupation humaine dans une grotte appelée Tang-é Padban, dans les montagnes bakhtiaries du Zagros. Celles-ci remontent au VIIème millénaire, à l’aube du Néolithique. Des découvertes furent réalisées dans les grottes de Belt et de Hotu, situées à proximité de la mer Caspienne. Celles-ci nous informent de l’existence de plantes cultivées et d’animaux domestiqués. Des objets tels qu’une figurine de sanglier et la « Vénus » de Tepe Sarab (non loin de Kermanshah) suggèrent des affinités avec le Néolithique anatolien de Hacilar. La céramique peinte était largement répandue dès le Vème millénaire avant Jésus-Christ. De même que le cuivre fondu fut utilisé vers -4000 dans différents sites, notamment celui de Tal-é Iblis.

Au sud-ouest du pays, le processus d’urbanisation démarre à la fin du IVème millénaire. Une découverte plus récente révèle également l’urbanisation dans des régions longtemps inexplorées par les archéologues, notamment à Tepe Yahya et Shahr-é Sokhta. Ces dernières font écho aux centres identifiés en Susiane, où l’urbanisation semblait être liée à l’influence mésopotamienne.

La civilisation élamite qui se développa en Susiane fut longtemps considérée comme une extension des civilisations sumérienne ou akkadienne vers le sud-est. Les collines de Tepe Sialk, fouillées par Roman Ghirshman entre 1933 et 1937 près de Kashan, au sud de Téhéran, révélèrent de nombreuses informations à ce sujet.

La Préhistoire en Iran : les sites archéologiques de Sialk

La période connue sous le nom de Sialk I est contemporaine de la période Hassuna-Samarra en Mésopotamie, au Vème millénaire avant Jésus-Christ. Il s’agissait d’un village de huttes progressivement remplacé par des maisons en pisé, construites par une population d’agriculteurs et d’éleveurs. C’est à cette époque que le cuivre apparut, marquant la transition entre le Néolithique et le Chalcolithique.

Les niveaux ultérieurs de Sialk II (ceux-ci débutant vers la seconde moitié du Vème millénaire) montrent l’émergence de constructions en briques crues et d’une céramique plus évoluée, avec des décorations comprenant désormais des représentations animales schématisées.

La période nommée Sialk III se caractérise par les vestiges du tepe sud datés de -3800 à -3000. Les briques deviennent désormais cuites,  la pierre apparaît dans l’architecture et le décor de la céramique devient plus complexe.

La renaissance de Sialk IV et l’influence élamite

Sialk III disparaît lors d’un incendie général. Sialk IV, qui le suivra, témoigne des influences élamites (notamment dans les pratiques funéraires) à la fin du IVème et au début du IIIème millénaires. Le site sera à nouveau occupé durant la seconde moitié du IIème millénaire.

Sialk V date pour sa part de l’âge du bronze. Pourtant, des objets en fer sont déjà présents. Au cours des siècles suivants, les tombes de cavaliers découvertes sur le site suggèrent peut-être la présence d’une population ancêtre des Mèdes. Le site de Tepe Giyan, découvert en 1928 au sud-ouest de Nehavend, en Iran occidental, révéla au cours des fouilles entreprises par Roman Ghirshman et Georges Contenau dans les années 1930 des niveaux du Chalcolithique ancien contemporains de -4700 à -4400. Le décor animalier de la céramique montre des similitudes avec la culture des tumuli sur le site d’Anau, dans les steppes du Turkménistan. Toutefois, ce sont les influences mésopotamiennes qui prédomineront avec le temps.

Les premiers habitats préhistoriques en Iran

Les vestiges découverts à Tepe Giyan, datant de la fin du IIIème millénaire, sont similaires à ceux excavés sur le site d’Hasanlu. Les premiers niveaux remontent au milieu du IVème millénaire. Ceux-ci mettent en lumière des structures en brique crue remplacées par des briques cuites à l’époque de Hissar II. Ce site dévoile également un grand nombre de perles en lapis-lazuli, des bagues, des bracelets principalement en cuivre, mais également en or et en argent. Hissar II se termine brutalement vers -2300 à la suite d’une destruction violente.

La cité renaît deux siècles plus tard et atteint son apogée, en témoigne l’importance de ses monuments. Cependant, une dernière destruction coïncidant avec l’ère du Bronze ancien brise cette prospérité retrouvée. Les fouilles menées dans le Louristan, notamment à Tepe Guran, ont révélé deux grandes périodes d’occupation : une datant du néolithique au VIIème et VIème millénaires avant Jésus-Christ, et une autre, contemporaine de l’âge du bronze et du début de l’âge du fer, entre -1300 et -600.

Les célèbres bronzes du Louristan utilisés pour équiper les chevaux, étudiés notamment par l’archéologue belge Louis Vanden Berghe, remontent aux cinq premiers siècles de l’âge du fer. Ils sont attribuables à un peuple de cavaliers que l’on suppose être les ancêtres des Mèdes. La comparaison des scènes représentées sur ces bronzes avec les textes de l’Avesta permit de leur donner une interprétation. Près du lac d’Ourmiah, le site de Hasanlu recèle des niveaux riches en artéfacts de l’âge du bronze. Il s’agit des vestiges d’une forteresse des débuts de l’âge du fer qui sont le mieux conservés, tandis que des tombes beaucoup plus anciennes rappellent celles de Sialk et Tepe Giyan.

La civilisation de l’Élam, entre Suse et Mésopotamie

Vers l’ouest, Suse, qui deviendra une grande capitale achéménide, est habitée dès le Vème millénaire avant Jésus-Christ. Les archéologues mirent en évidence les liens entre Suse et les cultures mésopotamiennes d’Obeid et d’Uruk. Au début du IIIème millénaire, l’apparition de tablettes proto-élamiques marque le début d’une histoire qui verra la conquête de la cité par le roi d’Akkad, Naram-Sin, suivi par l’imposition de la IIIème dynastie d’Ur.

Vers -1850, une nouvelle dynastie locale prendra le relais, formant un royaume qui reçoit un tribut de Babylone et qui fait même venir de la capitale mésopotamienne le célèbre code d’Hammurabi, retrouvé à Suse comme butin. Ainsi, Darius Ier décidera de construire l’un de ses palais dans cette cité chargée d’une longue histoire. Anshan (Tal-é Malyan, au nord de Chiraz), étroitement liée à l’Élam après sa domination par les rois d’Ur, se voit occupée dès la fin du Vème millénaire. C’est pourtant aux 7ème et 6ème siècles avant Jésus-Christ, avec l’essor de la puissance néo-élamite, qu’elle atteint son apogée. Elle deviendra par la suite le point de départ de l’Empire perse lorsque Teispès, fils d’Achéménès, l’occupera.

Ce sont essentiellement des sites de l’ouest de l’Iran, découverts et explorés au cours de la première moitié du 20ème siècle, qui permirent de recueillir des informations significatives. Souvent fragmentaires et disparates, ceux-ci nous renseignent sur l’histoire des vastes régions à l’est des Zagros. Ces éléments permettent une compréhension plus complète de l’Élam.

Généralement considéré comme faisant partie du monde mésopotamien, la civilisation de l’Élam est le principal centre culturel et la première civilisation urbaine de la période pré-iranienne. Elle est antérieure à l’arrivée dans l’ouest du plateau des cavaliers indo-européens venus du nord qui jouèrent un rôle décisif dans l’ethnogenèse des Mèdes et des Perses.

De nouvelles découvertes survenues en 2003

De nouvelles découvertes en 2003 remirent en question l’interprétation traditionnelle de cette période. Les fouilles menées autour de Jiroft, dans la vallée du Halil Roud, dans la province de Kerman, au sud-est du plateau iranien, ont révélé l’existence d’une civilisation jusque-là inconnue, contemporaine de celles de la Mésopotamie et de l’Indus, datant du IIIème millénaire.

Une conception bouleversée la Préhistoire en Iran

Les découvertes des sites de Shahdad et de Tepe Yahya, complétées par celles de Jiroft, permettent de répondre à des questions restées sans réponse depuis longtemps. Ces interrogations concernent notamment la présence d’objets de prestige importés en Mésopotamie ou sur les côtes de la péninsule arabique. Par exemple des vases en chlorite ornés de pierres semi-précieuses dont l’iconographie semble avoir influencé les décors sumériens. Cette nouvelle perspective suggère que la civilisation urbaine révélée à Jiroft pourrait correspondre au royaume mythique d’Aratta mentionné dans les légendes mésopotamiennes.

En plus de la production d’objets de prestige qui alimentaient un commerce florissant, la civilisation de la vallée du Halil Roud aurait peut-être fourni le modèle de la ziggurat mésopotamienne. À cette époque, la région était une plaine alluviale fertile, là où la steppe et le désert dominent aujourd’hui. L’abondance de l’eau permettait une agriculture et un élevage caprin prospères.

L’identification de nouveaux sites préhistoriques en Iran

Découvertes en 2003 après une période de pillage étendue sur plusieurs années, les fouilles permirent d’identifier quatre-vingts sites ainsi que les vestiges d’une ville fortifiée. Les motifs trouvés sur ces sites s’avèrent particulièrement intrigants. En effet, ils représentent souvent des thèmes mythiques mésopotamiens qui ne figureront sur les rives du Tigre que six siècles plus tard. Par exemple, l’homme-scorpion, présent dans l’épopée de Gilgamesh, est abondamment représenté dans la vallée de Halil Roud où des traces d’une écriture datant du début du IIIème millénaire furent identifiées.

Ces découvertes récentes sont d’une importance capitale pour l’étude de la Préhistoire en Iran. En effet, elles remettent en question la primauté traditionnellement attribuée à la Mésopotamie dans l’émergence de la civilisation urbaine. Elles révèlent aussi l’existence, il y a cinq mille ans, de liens commerciaux intenses entre cette région désertique actuelle et les foyers de civilisation bien établis du bassin de l’Indus et du « pays d’entre les fleuves ».

Le peuplement du plateau iranien durant la Préhistoire

Le plateau iranien occupa une place prépondérante dans la naissance des grandes civilisations orientales durant la Préhistoire en Iran. Il révèle des cultures sédentaires importantes établies dans diverses régions depuis les VIème et Vème millénaires avant Jésus-Christ.

La Préhistoire en Iran et le développement de l’urbanisation

Alors que Suse et l’Élam semblent plutôt relever de l’espace culturel mésopotamien, les centres du Halil Roud, découverts récemment, illustrent l’existence de grandes civilisations urbaines contemporaines de l’Égypte de l’Ancien Empire, des villes-États sumériennes et des cités de l’Indus ayant émergé sur le territoire iranien. Cette floraison civilisationnelle eut lieu avant l’arrivée, pendant le IIème millénaire, des nomades indo-européens venus du nord. Il s’avère important de replacer la formation des peuples ayant mené à la création de l’Empire perse achéménide aux 8ème et 7ème siècles avant Jésus-Christ dans une perspective à long terme pour comprendre leur importance.

Aujourd’hui, les archéologues étudient les circonstances entourant l’émergence du Royaume perse et ses liens avec le Royaume élamite qui l’a précédé dans le sud-ouest de l’Iran actuel. Cette réflexion remet en question le scénario traditionnel de la naissance du Royaume perse. Selon ce dernier, les Perses seraient arrivés au nord-ouest de l’Iran au début du IIème millénaire, auraient ensuite migré vers le sud à travers les montagnes Zagros, s’installant d’abord près du lac d’Urmiah, puis près de Kermanshah, avant de s’établir finalement dans le Fars au 4ème siècle avant Jésus-Christ pour fonder la dynastie achéménide. Cela s’explique notamment par les découvertes faites à Anshan (Tall-é Malyan).

Le Fars, bascule de l’Iran de la Préhistoire à l’Histoire

Dans le Fars, une crise se manifesta par un processus de désurbanisation débuté au milieu du IIème millénaire. Celui-ci vit l’abandon de toutes les villes, y compris la capitale Anshan, vers -900. Ces événements conduisirent également à une quasi-disparition des établissements sédentaires. Cette évolution s’accompagne d’une forte augmentation des populations nomades pastorales. Atteignant son apogée pendant la première moitié du Ier millénaire, elle conduisit à l’isolement du Fars par rapport au Khouzistan élamite, où la majorité des populations sédentaires se concentraient désormais.

À partir de la seconde moitié du IIème millénaire, de nouvelles populations iraniennes ont occupé le Fars, qui demeura tout de même isolé jusqu’à la fin du 8ème siècle. À partir de ce moment, la brève renaissance de l’Élam permit à cette région de dominer à nouveau la contrée. Cela fut toutefois de courte durée. En effet, les Assyriens pillent Suse, la capitale élamite, en -646. La fin du 7ème siècle est le témoins de la chute du pouvoir assyrien, de l’émergence d’un brillant Royaume néo-babylonien et de la formation d’un royaume mède à partir de la région centrale du Zagros.

Vers -635, une royauté d’Anshan indépendante de l’Élam se forme dans le Fars sous la gouvernance d’une dynastie perse. L’émergence de ce nouveau royaume d’Anshan coïncide avec une importante sédentarisation issue de la fusion entre les populations autochtones longtemps sous l’influence de l’Élam et les nomades perses. Ainsi, la Perse historique semble née de la synergie entre les traditions élamites et iraniennes. L’influence élamite entama son déclin sous le règne de Darius Ier, où les éléments iraniens commencèrent à dominer de façon prédominante, un processus favorisé par la proximité du Royaume mède avec lequel les Perses entretenaient de nombreux liens.

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