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La sagesse de Jésus-Christ dans la tradition chiite

S’il existe un domaine complètement ignoré en Occident, c’est bien la sagesse de Jésus-Christ rapportée par la tradition chiite. Le livre intitulé Sagesses de Jésus fils de Marie est un recueil de hadiths chiites rapportés par les Quatorze Immaculés. Il offre une perspective unique sur les enseignements et les conseils de Jésus, souvent associés au christianisme mais également présents dans l’Islam chiite.

L’ayatollah Ray Shahri a entrepris un travail de recherche approfondi pour rassembler ces hadiths. Ceux-ci sont des paroles et des actes rapportés par le prophète Mohammad et les Imams chiites. Ces récits permettent de découvrir un aspect moins connu de la figure de Jésus-Christ et de se plonger dans sa sagesse et sa spiritualité.

Sagesse de Jésus-Christ tradition chiite ayatollah Ray Shahri

Les conseils de Jésus, présentés dans ce livre, ont été catégorisés en différentes thématiques. On y retrouve notamment l’unicité (tawhid) l’éthique, la morale, l’adoration et les convictions. Ces catégories permettent aux lecteurs de mieux appréhender et comprendre ses enseignements sur différents aspects de la vie spirituelle.

La tradition chiite rapporte une part méconnue de la sagesse de Jésus-Christ

L’éthique et la morale occupent une place centrale dans les enseignements de Jésus. Ses conseils nous rappellent l’importance de la compassion, de la générosité et de la justice. Il invite à aimer son prochain, à cultiver la bienveillance et à prendre soin des plus vulnérables de la société. Cette sagesse de Jésus-Christ et ses principes éthiques sont universels. Ils trouvent un écho tant dans les enseignements chrétiens que dans la tradition chiite.

Ce livre aborde également l’adoration, un thème essentiel de la foi. Jésus encourage avant tout les croyants à établir une relation intime avec Dieu en se tournant vers Lui avec dévotion et sincérité. Il souligne l’importance de la prière, de la méditation et de la recherche de la proximité divine. Ces conseils rappellent enfin l’importance de la spiritualité dans la vie quotidienne. Ainsi que son impact bénéfique sur notre relation avec le divin.

Le livre Sagesses de Jésus fils de Marie nous offre une plongée fascinante dans les enseignements de Jésus, tels qu’ils sont rapportés par les Imams chiites. Il nous permet de découvrir une facette moins connue du Christ et d’en tirer des leçons intemporelles sur l’éthique, la spiritualité et la foi.

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L’Iran, la Syrie et le Liban – L’Axe de l’Espoir, par André Chamy

Dans ce livre paru en février 2012 aux éditions du Panthéon, André Chamy livre une analyse sur l’« axe de l’espoir » qui se révèle prophétique une décennie plus tard. Son étude n’a rien perdu avec le temps et se révèle plus que jamais essentielle pour comprendre l’actualité et l’avenir.

L’Asie du sud-ouest est le théâtre de vives tensions et de conflits liés à la maîtrise des sources d’énergie et leur acheminement. De la Corée du Nord à l’Afghanistan en passant par l’Iran, la région est devenue le territoire le plus convoité et disputé au monde. Dans ce climat tendu, il est toutefois possible d’entrevoir un espoir de paix. Cela notamment avec l’émergence d’un nouvel axe entre l’Iran, la Syrie et le Liban.

L'Iran, la Syrie et le Liban - L'Axe de l'Espoir André Chamy

C’est dans ce contexte que l’ouvrage d’André Chamy, avocat et sociologue, offre une analyse inédite des événements récents au Moyen-Orient. Il analyse les relations entre l’Iran, la Syrie et le Liban. Ces trois pays, souvent pointés du doigt sur la scène internationale, peuvent jouer un rôle clé dans la recherche d’une paix réelle et durable dans la région.

André Chamy analyse l’« axe de l’espoir »

L’énergie est un enjeu majeur au Moyen-Orient. En effet, les pays de la région sont d’importants producteurs de pétrole et de gaz. Leur stabilité politique est essentielle pour assurer un approvisionnement continu. Cependant, ces ressources précieuses sont également au cœur des rivalités et des conflits géopolitiques.

Les menaces qui pèsent sur l’Asie du sud-ouest (en terme étatsunien le « Moyen-Orient ») ont profondément bouleversé l’équilibre géopolitique de la région. Cependant, elles ont également créé de nouvelles opportunités. Notamment avec la mise en place un rapport de forces différent de celui qui a prévalu pendant des décennies. Pour la première fois en soixante ans, les peuples de la région pourraient envisager un avenir de paix et de stabilité économique et politique.

La naissance de cet axe entre l’Iran, la Syrie et le Liban est perçue comme un facteur d’espoir. Il offre la possibilité d’une coopération régionale renforcée, de la résolution des conflits par le dialogue et la diplomatie, ainsi que de la promotion d’une stabilité globale. Ces pays pourraient ainsi travailler ensemble pour garantir une offre énergétique stable et durable, tout en établissant des bases solides pour l’avenir de la région.

André Chamy, avec son expertise en sociologie politique libanaise, apporte un regard original sur les événements récents au Moyen-Orient. Son livre précédent, Saddam Hussein, le crime et la potence, lui a permis d’approfondir sa compréhension des enjeux régionaux. Dans cet ouvrage, il propose une perspective novatrice, basée sur l’émergence d’un espoir de paix dans une région marquée par les conflits.

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L’Archange empourpré de Sohravardi, par Henry Corbin

L’Archange empourpré est l’un des quinze traités et récits mystiques de Sohravardi qui compose la merveilleuse somme traduite par Henry Corbin.

Pendant longtemps, l’Occident a simplifié la perception de l’Iran en le divisant entre l’Iran antique préislamique et l’Iran post-islamique. L’œuvre de Sohravardî témoigne du fait que l’univers spirituel iranien est cohérent et que l’Islam ne bouleversa aucunement l’imaginal iranien. La Perse islamique ne doit pas être considérée comme une simple province de l’expansion arabe. Cela aussi bien sur le plan ethnique qu’intellectuel et spirituel.

Henry Corbin Sohravardi L'Archange empourpré

Dans cet ouvrage, Henry Corbin explore la signification et l’importance de l’Archange empourpré dans la philosophie de Sohravardi. Cela tout d’abord pour comprendre la vision de ce mystique persan du XIIème siècle. Ensuite, son travail restitue une part inconnue du patrimoine spirituel de l’humanité. Et notamment pour un public occidental encore trop ignorant de ce que put être la spiritualité et la philosophie islamique.

L’Archange empourpré incarne à la fois une figure angélique, un guide spirituel et le symbole d’une quête intérieure. Sohravardi cherche à transmettre à travers ses enseignements et ses écrits les profondeurs de la spiritualité et de la métamorphose intérieure conduisant à l’illumination de l’âme.

Sohravardî, le « shaykh de l’illumination »

Sohravardî, qui mourut en martyr en 1191, est l’un des plus grands mystiques de l’Islam. Les textes présentés ici mettent en avant sa volonté délibérée de faire revivre la philosophie de la lumière proposée par les sages de l’ancienne Perse. Il se veut un philosophe dont l’âme embrasse toutes les puissances nécessaires pour transmettre sa vision du monde.

Sa doctrine considère comme indissociables la recherche philosophique de la Connaissance et son application pratique pour la transformation intérieure de l’Homme. La Connaissance dont il est question n’est pas théorique, mais salvatrice par essence. Elle rejoint conséquemment la signification originelle du terme de gnose.

Sohravardî révèle l’unité de l’univers spirituel iranien et redonne à la Perse islamique sa pleine légitimité dans le paysage spirituel et philosophique.

Henry Corbin présente l’Archange empourpré de Sohravardi

L’Archange empourpré représente l’ange, le guide surnaturel et l’initiateur personnel du pèlerin. On le retrouve à la fois dans les traités doctrinaux et les récits mystiques qui composent ce corpus. Ils s’entrelacent de manière complémentaire, ainsi que le démontre la lecture approfondie d’Henry Corbin qui les accompagne.

La voie spirituelle tracée par Sohravardî continue d’avoir un impact en Iran. Henry Corbin, en tant qu’interprète de cette philosophie, est convaincu que son sens et son importance dépassent son contexte d’origine. En effet, l’œuvre sohravardienne représente une forme d’aventure spirituelle qui mérite une réflexion particulière de nos jours.

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Découvrir la cuisine iranienne avec Easy Iran de Golan Nasséri

L’autrice Golan Nasséri nous plonge avec son livre de cuisine intitulé Easy Iran dans le délicieux monde de la gastronomie iranienne.

Easy Iran livre de recettes de cuisine Golan Nasséri éditions Mango
Golan Nasséri, Easy Iran, éditions Mango, 2023.

Golan Nasseri nous emmène à la découverte de la culture culinaire de son pays natal et partage ses meilleures recettes. Ce livre est une invitation à voyager à travers les arômes et les parfums authentiques de la cuisine iranienne.

La cuisine iranienne, aussi riche que diverse, plonge ses racines dans une histoire millénaire. Chaque région du pays possède ses propres plats et traditions culinaires, offrant une palette de saveurs et de techniques de cuisson uniques.

Découvrez la cuisine iranienne avec le livre Easy Iran écrit par Golan Nasséri

Cet ouvrage d’une superbe qualité offre une variété de recettes alléchantes qui raviront les papilles les plus exigeantes. Des recettes de riz parfaitement cuisiné (loubia polo, baghali polo ou zereshk polo) et des pains comme lavash, le taftoun, le barbari ou bien encore le sangak. Ensuite, des marinades savoureuses appelées torshi, des salades(sabzi) fraîches et parfumées comme la salade shirazi typiquement iranienne. Mais également des soupes, des galettes de légumes (koukou) savoureuses ou bien encore des ragoûts (khoresht) parfumés. Et bien entendu les fameuses recettes de viandes comme le fesendjân alliant le poulet et la grenade ou bien le célèbre tchélowkébab pour les amateurs de brochettes et de grillades.

Ce livre de cuisine ne se limite pas seulement aux entrées et plats principaux. Il propose également des recettes de sirops et autres boissons ainsi que des desserts typiques de la gastronomie iranienne comme le ferni, le halva ou bien encore le sholeh zard. De plus, Golan Nasséri partage des astuces et des conseils pratiques pour que chaque plat soit une réussite.

Les photographies de Sandra Mahut permettent de reproduire avec précision les techniques et les présentations authentiques des plats iraniens.

La cuisine iranienne, qui peut sembler complexe au premier abord, se révèle être facilement accessible grâce à cet ouvrage. Ce livre est un véritable compagnon de cuisine pour ceux qui souhaitent explorer et maîtriser l’art culinaire de l’Iran.

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Histoire de la philosophie islamique, par Henry Corbin

Histoire de la philosophie islamique est certainement l’un des livres les plus essentiels de l’œuvre d’Henry Corbin.

La philosophie en terre d’Islam est souvent associée à la simple transmission de l’héritage des Grecs. Cependant, son rôle dans l’histoire ne se limite pas à cela. De nombreuses figures importantes ont contribué à l’émergence d’une riche métaphysique au sein de cette tradition. Celle-ci perdure encore aujourd’hui. C’est ce que démontre notamment l’ouvrage Histoire de la philosophie islamique d’Henry Corbin, qui va bien au-delà de la simple chronologie des moments marquants de cette longue histoire.

Henry Corbin Histoire de la philosophie islamique

En effet, Corbin suit un fil conducteur bien précis : celui de l’herméneutique. Il explore comment, depuis les Ismaéliens jusqu’aux grands noms de la philosophie en terre d’Islam tels qu’Avicenne, Sohravardî ou encore Ibn Arabî, s’est développée une exégèse du Livre saint qui a permis l’émergence d’une véritable philosophie prophétique. Ce faisant, il montre que la pensée en terre d’Islam ne se réduit pas à une simple reproduction de la philosophie grecque. Mais que cette dernière s’est fondée sur un travail de réinterprétation et d’adaptation du message divin aux contextes et aux préoccupations de chaque époque.

La philosophie islamique, son histoire et ses facettes

Cette réflexion est particulièrement importante aujourd’hui, alors que les à priori entre les cultures occidentale et islamique sont souvent exacerbées. En effet, la mise en lumière de cette tradition philosophique permet de souligner les nombreuses convergences entre ces deux cultures. Elles ont toutes deux développé des pensées spirituelles riches et complexes en réponse aux grandes questions de l’existence.

Cette philosophie en terre d’Islam offre ainsi une alternative intéressante aux conceptions philosophiques occidentales. Ces dernières eurent tendance à s’imposer comme un modèle universellement valable. Il convient donc, comme le souligne Corbin, que ces pensées ne restent pas inconnues du public occidental.

En effet, elles méritent d’être reconnues pour leur valeur intrinsèque. Mais également pour leur capacité à élargir notre horizon philosophique. La philosophie islamique nous invite à repenser nos questionnements à la lumière de sa tradition riche et complexe. La philosophie en terre d’Islam représente ainsi un exemple éloquent de la richesse et de la diversité de la pensée humaine.

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Les Paradoxes de l’Iran, par Fariba Adelkhah

Fariba Adelkhah présente dans son livre Les Paradoxes de l’Iran – Idées reçues sur la République islamique une clef essentielle pour comprendre ce pays et sa population. L’Iran, pays marqué par son histoire complexe et ses traditions séculaires, est souvent réduit à des idées préconçues qui ne reflètent pas sa réalité.

Fariba Adelkhah Les Paradoxes de l'Iran Idées reçues sur la République islamique

Ce pays est considéré comme la terre des poètes, des roses et des contes des Mille et Une Nuits, mais également comme le berceau de Farah Diba, Khomeyni et de la « République des mollahs ». Ces stéréotypes réducteurs ne permettent pas de saisir toute la complexité de ce pays.

Pour comprendre l’Iran, il est essentiel de le considérer comme un pays ordinaire. Son destin est façonné par une histoire longue et diversifiée au fil des époques. Il s’agit donc de dépasser ces idées reçues et de se pencher sur les pratiques sociales concrètes. Et ainsi sur les conséquences parfois inattendues qu’elles peuvent avoir sur l’avenir du pays.

Fariba Adelkhah nous explique l’Iran et ses paradoxes

Fariba Adelkhah est une anthropologue qui a étudié en profondeur la société iranienne. Elle nous invite à regarder au-delà des clichés pour mieux comprendre les réalités complexes de cette nation.

L’Iran, bien plus qu’un pays figé dans sa tradition, est en constante évolution. Il fait face à des défis socio-politiques et économiques tout en cherchant à se projeter vers l’avenir. L’anthropologie est un outil précieux pour appréhender ces changements et discerner les dynamiques qui façonnent la société iranienne.

Parmi les sujets les plus délicats à aborder figure la condition féminine. Souvent décriée, elle est en réalité plus nuancée et complexe que ne le laissent présager les clichés. Les femmes iraniennes sont souvent actrices de changements sociaux et politiques.

L’Iran est donc bien plus qu’un lieu figé dans le temps, il est en constante transformation. Il est essentiel de déconstruire les préjugés et d’adopter une approche nuancée, basée sur l’étude des pratiques sociales et des acteurs de la société iranienne. Les travaux de chercheurs comme Fariba Adelkhah nous permettent de mieux appréhender la réalité complexe de ce pays et d’aller au-delà des idées reçues pour véritablement comprendre l’Iran d’aujourd’hui.

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L’Âme poétique persane de Daryush Shayegan

L’Âme poétique persane, écrit par Daryush Shayegan, est un livre incontournable pour comprendre l’amour et la vénération des Iraniens envers leurs poètes. Chaque aspect de leur vie quotidienne rencontre un écho dans les vers éternels de poèmes persans.

Daryush Shayegan, philosophe iranien renommé, nous offre un éclairage précieux sur cette relation intime entre les Iraniens et leurs poètes, à travers son livre captivant L’âme poétique persane, publié chez Albin Michel.

L’âme poétique des Iraniens

Pour comprendre cette fascination presque amoureuse qui unit les Iraniens à leurs poètes, il est essentiel de plonger dans l’histoire et les traditions de ce pays riche en littérature et en poésie.

La renommée des grands poètes iraniens tels que Rumi, Hafez et Ferdowsi dépasse les frontières de l’Iran et inspirent encore aujourd’hui les gens de lettres du monde entier. Mais pour les Iraniens eux-mêmes, ces poètes ne sont pas seulement des figures historiques. Ils sont des guides spirituels et des sources inépuisables de sagesse.

Daryush Shayegan L'Âme poétique persane

La raison de cet attachement profond à la poésie réside selon Daryush Shayegan dans son expression unique des émotions, des aspirations et des vérités universelles d’une manière subtile et métaphorique. Les poètes iraniens sont capables de capter la complexité de l’âme humaine. Mais également de dépeindre la beauté du monde avec une grâce sans égale. Leurs vers résonnent dans le cœur des Iraniens parce qu’ils éclairent leurs questionnements existentiels.

L’influence des poètes se fait ressentir dans tous les aspects de la vie en Iran. Leurs poèmes sont souvent récités lors de rassemblements familiaux, de mariages, de funérailles et d’autres célébrations. Ils embellissent les murs des maisons, des mosquées et des jardins, insufflant une atmosphère de beauté et de sérénité. La poésie iranienne est avant tout mystique.

Daryush Shayegan, Iranien à l’âme poétique

Daryush Shayegan (1935-2018) fut un philosophe et indianiste iranien. Il obtint un doctorat en philosophie à la Sorbonne sous la tutelle d’Henry Corbin. Après avoir obtenu son diplôme, Shayegan enseigna le sanskrit, les études indiennes et la philosophie comparée à l’université de Téhéran. Par la suite, il a également occupé le poste de directeur du Centre iranien pour l’étude des civilisations.

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Anthologie de la poésie persane, de Zabihollah Safâ

Anthologie de la poésie persane (XIème – XXème siècle), de Zabihollah Safâ, est certainement le livre qui nous révèle le mieux ce qu’est véritablement la poésie persane : le Génie et la Beauté.

Anthologie de la poésie persane (XIème – XXème siècle) Z. Safâ

L’Iran, après son invasion par les Arabes au VIIème siècle, trouve refuge dans l’expression poétique qui est devenue le moyen d’expression le plus approprié à son génie. Originaire du Khorassan, province orientale de l’Iran, la poésie iranienne a prospéré sans interruption depuis plus de mille ans. Dès le XIème siècle, elle transcende les frontières du plateau iranien, influençant les Indes et atteignant même les confins de la Chine, ainsi que l’Asie Mineure. Fusionnant les traditions littéraires préislamiques avec la culture musulmane, elle est devenue l’art le plus accompli de l’Iran islamique.

Cette poésie, d’une diversité épique, lyrique, didactique et narrative, se manifeste à travers de multiples formes. Qu’elle soit légère ou grave, qu’elle narre de grandes histoires ou révèle des confidences intimes, elle révèle, avec une remarquable constance, une certaine manière de percevoir le monde, qui est l’esprit d’un peuple. Présente dans tous les aspects de la vie, elle est également le véhicule de la méditation philosophique. C’est par le langage poétique que les Iraniens ont exprimé leurs idées les plus intérieures.

Anthologie de la poésie persane de Zabihollah Safâ, un ouvrage indispensable

Pendant des siècles, cette poésie a enchanté les cours des princes tout en enflammant les foules mystiques. Chaque Iranien, s’il n’est pas poète lui-même, sait apprécier les vers. Un paradoxe saisissant réside dans le fait que les poètes iraniens les plus raffinés sont également les plus populaires. De nombreux extraits traduits présents dans cet ouvrage sont sur toutes les lèvres et touchent les cœurs. Cette anthologie, classée par ordre chronologique, s’étend sur plus d’un millénaire et présente les poètes iraniens les plus renommés.

La poésie persane demeure donc un trésor inestimable, nourrissant l’âme iranienne depuis des siècles. Elle témoigne de l’essence même du peuple et transcende les barrières temporelles et géographiques.

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Henry Corbin, pèlerin philosophe en terre d’Iran

par Morgan Lotz

Tous droits réservés

Henry Corbin (1903-1978) figure parmi les plus éminents penseurs occidentaux du 20ème siècle. Il fut à la fois philosophe, traducteur, orientaliste et historien spécialisé sur le Shî’isme et l’Iran.

Son apport fut double : d’une part, ses traductions inédites des plus importants penseurs iraniens tels Sohravardî, Mollâ Sadrâ Shîrâzî ou bien encore Rûzbehân, et, d’autre part, ses analyses détaillées du Shî’isme et de la spiritualité iranienne, comprenant des études sur la spiritualité des grands mystiques du Shî’isme et la philosophie islamique de l’Orient musulman.

Figurant parmi les rares orientalistes à étudier la gnose shî’ite, ses travaux portent également sur l’œuvre du soufi Ibn ‘Arabî et de son disciple shî’ite Haydar Amolî. Concordant avec une mondialisation de la philosophie, ses études ouvrent ainsi la voie à de nouvelles découvertes en cette matière pour l’Occident qui les ignorait jusque là. Ses multiples traductions apportent une vision nouvelle de la philosophie islamique en présentant les spiritualités du Shî’isme et de l’Iran, bien souvent entremêlées.

Menant l’existence d’un chercheur infatigable guidé par l’intuition d’un découvreur hors-pair, Henry Corbin deviendra l’un des derniers grands érudits français.

Henry Corbin, une vie, une œuvre

Une rencontre et la naissance d’une vocation

Henry Corbin naquit le 14 avril 1903 à Paris. Il se dirige vers des études d’orientalisme et sera l’élève d’éminents professeurs comme Etienne Gilson et Jean Baruzi. Mais c’est Louis Massignon, qu’il considèrera comme son maître, qui lui fera découvrir Sohravardî et la « théosophie orientale ». De là va naître une véritable vocation pour la philosophie orientale, qui s’orientera au fil de ses découvertes vers la philosophie iranienne.

Henry Corbin jeune

Il épouse en 1933 Stella Leenhardt (1910-2003). Corbin dira de son épouse qu’elle devint « la compagne et collaboratrice de toute son œuvre. »

Henry Corbin et son épouse Stella Leenhardt
Henry Corbin et son épouse Stella Leenhardt

Il débutera sa carrière comme bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, poste qu’il occupera jusqu’en 1939. Il réalise plusieurs séjours en Allemagne et, fort de ses connaissances acquises dans la langue de Goethe, traduira en 1937 l’ouvrage Qu’est-ce que la métaphysique ? de Martin Heidegger, attiré par sa rupture avec le rationalisme strict présent dans les universités européennes.

Henry Corbin, probablement durant les années 1920 ou 1930
Henry Corbin, probablement durant les années 1920 ou 1930

Rattaché de 1939 à 1945 par Julien Cain à l’Institut français d’Istanbul, il est missionné pour créer un département d’iranologie à l’Institut de Téhéran, qu’il dirigera de 1946 à 1970. Découvrant les ouvrages classiques de la philosophie iranienne et shî’ite qu’il cherchera toute sa vie dans les bibliothèques turques et iraniennes, il fonde la « Bibliothèque iranienne » pour les présenter aux lecteurs français. C’est un domaine où la présentation et la traduction des textes demeuraient encore totalement inédites.

Le porteur d’un enseignement inconnu

Dès lors, Henry Corbin partage sa vie entre Paris et l’Institut d’iranologie présent aux universités de Téhéran et Mashhad. Il occupera durant plus de trente ans le poste de professeur à l’Université de Téhéran.

Louis Massignon (1883-1962), considéré comme le plus grand orientaliste français

Il obtient en 1954 le poste de directeur d’étude dans la matière « Islamisme et religions de l’Arabie » à l’Ecole pratiques des hautes études, succédant ainsi à son ami Louis Massignon.

L’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn ‘Arabî, paru en 1958

Il fonda en 1974 l’Université Saint-Jean de Jérusalem, consistant en un centre international de recherche spirituelle comparée où se rencontrent de nombreux érudits et chercheurs dans divers domaines touchant aux religions et à la spiritualité.

Henry Corbin, Marie-Madeleine Davy et Stella Corbin au Cercle Eranos en 1965
Henry Corbin, Marie-Madeleine Davy et Stella Corbin au Cercle Eranos en 1965

Henry Corbin présentera également vingt-quatre conférences lors des rencontres annuelles du cercle d’Eranos, entre 1949 et 1977. Il puisera à travers ses rencontres les éléments fondateurs de sa philosophie et se liera d’amitié avec le célèbre psychiatre suisse Carl Gustav Jung et l’historien des religions roumain Mircea Eliade.

Carl Gustav Jung et Henry Corbin

Il enseigne également de 1970 à 1973 à l’Istituto ticinese di alti studi de Lugano, en Suisse.

Christian Jambet
Christian Jambet (né en 1949), élève et successeur de Henry Corbin à l’Ecole pratique des hautes études

Christian Jambet prolongera le travail de Henry Corbin dont il fut l’élève. Il étudiera la théologie dogmatique shî’ite, permettant ainsi de comprendre ce qui s’avère être un kalâm shî’ite, intrinsèque selon lui à la Révolution islamique de 1979.

Henry Corbin refuse toute idéologie et philosophie de l’histoire : la foi intérieure est orientée par la fin des temps, qu’il ne traduit pourtant pas comme une catastrophe définitive, mais en un « événement de l’âme ». Cette quête, marquée par la spiritualité et l’eschatologie, le renforcera dans sa foi chrétienne.

Henry Corbin dans sa bibliothèque en 1973
Henry Corbin dans sa bibliothèque en 1973

Il porta aussi ses activités dans la franc-maçonnerie en tant qu’initié au Rite écossais rectifié. Il sera reçu le 5 mai 1962 dans la loge dénommée « Les Compagnons du Sept » (située à Saint-Germain en Laye), appartenant à la Grande Loge nationale française. Après être devenu maître en 1964, il sera « maître écossais de Saint André » en 1972 puis « écuyer novice » en janvier 1973. Il sera également membre du Grand Prieuré des Gaules et d’un Chapitre de la Sainte Arche royale de Jérusalem. La Grande Loge du Royal Order of Scotland le recevra à Edimbourg le 7 juillet 1978.

Citons encore quelque uns de ses ouvrages : Le Paradoxe du monothéisme, Temps cyclique et gnose ismaélienne, Face de Dieu, face de l’homme, Temple et Contemplation, L’Homme de Lumière dans le soufisme iranien ou bien encore L’Homme et son ange. Initiation et chevalerie spirituelle.

Daryush Shayegan
Daryush Shayegan (1935-2018)

Henry Corbin décède à Paris le 7 octobre 1978. Une rue lui rend hommage dans Téhéran ; elle est située perpendiculairement à la rue Neauphle-le-Château dans laquelle se trouvent de nombreuses ambassades, dont l’ambassade de France. L’écrivain iranien Daryush Shayegan, qui fut aussi son élève, lui rendra hommage en publiant en 2011 un ouvrage intitulé Henry Corbin, penseur de l’islam spirituel.

Henry Corbin, penseur de l’islam spirituel, par Daryush Shayegan, paru en 2011

Henry Corbin, transmetteur d’un savoir ignoré

L’exploration d’une Connaissance révélée

Henry Corbin se fait connaître en 1937 avec la traduction de Qu’est-ce que la Métaphysique de Martin Heidegger. Il y puisera sa conception de l’« herméneutique » qui lui permettra de comprendre l’exégèse dont l’ésotérisme islamique se pare. C’est à travers elle que Corbin aborde les thèmes de la « Connaissance » et du « récit visionnaire, du monde imaginal et de l’imagination créatrice en tant que faculté théophanique, du corps spirituel ou de la terre céleste, de l’imâmologie, de l’angélologie et du drame dans le ciel », etc., qui inspireront autant de livres et de conférences. Ces créations sont pour lui le départ d’une « philosophie prophétique qui sera la base d’une herméneutique spirituelle concernant le Livre Saint ». Selon lui, c’est en cette théosophie que doivent se réconcilier les facultés de vision et de rationalité présentes en l’Homme.

Premier tome de En Islam iranien, aspect spirituels et philosophiques, traitant Le shî’isme duodécimain, paru en 1971

Contrairement aux premières idées des orientalistes du début du 20ème siècle, la Pensée islamique ne se contente pas de l’apport philosophique grec, ni même du kalâm (science religieuse travaillant avec l’argumentation rationnelle et la dialectique) sunnite ou du soufisme. De même, l’histoire de la philosophie islamique ne s’arrête pas lorsqu’Averroès, philosophe arabe de Cordoue, apporte ses commentaires d’Aristote et ses analyses critiques des philosophes Al-Ghazâlî et Avicenne.

Deuxième tome de En Islam iranien, aspect spirituels et philosophiques, traitant Sohravardî et les platoniciens de Perse, paru en 1971

Henry Corbin décrit la disparition d’Averroès comme la fin du péripatétisme arabe et le terme du dialogue improductif entre kalâm (science religieuse travaillant avec l’argumentation rationnelle et la dialectique) et falâsifa (philosophie hellénisante). Le nouvel essor de la philosophie islamique naît avec son passage dans le monde iranien au 12ème siècle : c’est l’œuvre fondatrice de Sohravardî. Elle y puise une vitalité qui lui permet de réaliser indubitablement certaines potentialités n’exigeant aucunement le reniement des apports de la pensée grecque. Henry Corbin la décrira comme capable « d’interpréter les archétypes platoniciens en termes d’angélologie zoroastrienne. » Il précise aussi dans ses travaux l’influence que put exercer le zoroastrisme et le mazdéisme sur le shî’isme : il existe en effet un lien entre le cycle du monde tel que le révèle le zoroastrisme et le cycle du monde révélé par la prophétie. De la sorte, alors que le Mahdi, douzième Imâm shî’ite, réapparaîtra de son occultation sur le minaret du mausolée de Masshad, le sauveur du monde Saoshyant qu’annonçait Zoroastre poindra d’un lac d’Iran lorsque sonnera l’heure de la fin.

Troisième tome de En Islam iranien, aspect spirituels et philosophiques, traitant Les fidèles d’amour et Shî’isme et soufisme, paru en 1973

Henry Corbin décèle de nombreuses concordances entre les gnoses shî’ite et chrétienne. Haydar Amolî identifiera le Paraclet annoncé par Jésus-Christ dans l’Évangile de Jean[1] comme étant l’Imâm caché, de même qu’il rapprochera le règne du Saint-Esprit annoncé en Occident par Joachim de Flore avec le règne de la walâyat éternelle, à la fois vérité et esprit pour le Shî’sme duodécimain.

Quatrième et dernier tome de En Islam iranien, aspect spirituels et philosophiques, traitant L’école d’Ispahan, L’école shaykhie et Le douzième Imâm, paru en 1973

Il rejoint le philosophe allemand Friedrich von Schelling en expliquant le fondement du monothéisme par l’existence antérieure du polythéisme en raison de la distinction de Dieu et des différentes théophanies. Nous ne pouvons comprendre les évènements du monde imaginal parce qu’ils n’appartiennent en aucun cas à l’une de nos catégories historiques quelconque : manifestations divines, seule une poignée d’hommes pourront en témoigner. Ainsi Henry Corbin retrouve-t-il le sens de la chevalerie spirituelle, dont il rappellera dans le quatrième tome de En Islam iranien l’existence à Strasbourg au 14ème siècle, fondée par le mystique rhénan Rulman Merswin.

Entre tradition et ésotérisme : une quête de l’accomplissement spirituel

A travers ses multiples comparaisons entre les différentes traditions spirituelles issues des monothéismes, Henry Corbin élabore un « ésotérisme abrahamique » et un « œcuménisme spirituel » rétablissant les liens rompus par la sécularisation des religions.

manuscrit des fidèles d’amour de Sohravardî

L’ésotérisme shî’ite forme l’un des aboutissements de l’ésotérisme abrahamique. Mais l’analyse de Henry Corbin va beaucoup plus loin : l’ésotérisme shî’ite détient une réponse aux perditions métaphysique que rencontrent les systèmes théologiques obéissant à un dogme ayant réifié Dieu en une idole métaphysique. Et c’est cet « Être suprême » que l’athéisme dénonce lorsque s’affaiblissent la présence séculière de l’Église romaine, qui formait alors toute sa puissance, et les ramifications protestantes sécularisées.

Shihâbôddîn Yahyâ Sohravardî

Œuvrant pour l’accession à un savoir appartenant au patrimoine intellectuel de l’humanité, Henry Corbin ne cessera d’explorer les enseignements concernant la connaissance visionnaire que porte l’Islam shî’ite, notamment dans son ouvrage Avicenne et le récit visionnaire, paru en 1954. Il s’agit dès lors de voyager à travers cette connaissance spirituelle conçue comme une véritable gnose. Entre Dieu et l’Homme, le monde imaginal se meut là où seule la vision mystique peut parvenir, détachée du monde sensible qui constitue son exil. Ce monde imaginal, décrit par Sohravardî et Ibn ‘Arabî aussi bien que par Jacob Böhme et Swedenborg, se révèle un lieu sur lequel seuls les yeux de l’âme peuvent porter leur regard. Henry Corbin retrouve la tradition néo-platonicienne, lui qui parlera de l’« Ange-Esprit-Saint ». Jamais la mystique du pur dépouillement ne sera pour lui une mystique du vide ; les récits visionnaires portés à l’humanité par les Livres saints ne sont guère des mythes ou des contes enfantins.

Mollâ Sadrâ Shîrâzî

L’idée du monde visionnaire répond à l’appel prononcé par l’idée de la Résurrection ; cette complémentarité nous conforte dans l’expérience de la Résurrection qui doit se produire en nous. C’est au cœur de la vision mystique qu’elle peut se révéler à l’Homme. L’Islam l’a longuement et intensément étudié quand l’Occident en a rejeté toutes les caractéristiques au nom d’un « progrès moderniste ».

Le biographe des Sages de Lumière

Ses ouvrages présenteront en Occident des penseurs iraniens jusqu’alors inconnus : L’Archange empourpré, quinze traités et récits mystiques (paru en 1976) présente Shihâbôddîn Yahyâ Sohravardî, et L’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn ‘Arabî (paru en 1958) présente Ibn ‘Arabî. A propos de l’absence de la philosophie iranienne parmi les études occidentales, Henry Corbin écrira dans le prologue de son ouvrage En Islam iranien : « Cette absence a appauvri, amputé, notre connaissance de l’homme. »

L’Archange empourpré, quinze traités et récits mystiques, paru en 1976

De plus, Henry Corbin permet à un grand nombre de lecteurs d’accéder à des connaissances qui leur étaient jusque là inconnues. Lui qui maîtrise le turc, le persan et l’arabe traduit et commente le Livre des pénétrations métaphysiques de Mollâ Sadrâ Shîrâzî (1964),  Le Jasmin des fidèles d’amour de Rûzbehân Baqlî Shîrâzî, Le Texte des textes et La Philosophie Shî’ite de Haydar Amolî. Terre céleste et corps de résurrection (1960) présente l’évolution de l’eschatologie depuis l’Iran mazdéen jusqu’à l’Iran shî’ite.

L’avertissement à l’Occident

Mais l’œuvre de Henry Corbin prend également une dimension qui dépasse l’exégèse historique : il considère la Tradition orientale comme un bouclier contre les graves dangers encourus par l’Occident, à savoir la désacralisation et la sécularisation, semblant trouver leur paroxysme dans le nihilisme. À la différence de René Guénon qui rejeta en bloc l’Occident et tous ce qui s’y rapporta, Henry Corbin décèle dans la rencontre entre l’Orient et l’Occident la possibilité pour ce dernier de se sauver du rejet et de la négation de lui-même et de ses propres valeurs.


[1] Les paroles de Jésus-Christ concernant le Paraclet se retrouvent dans l’Evangile de Jean aux chapitres 14, versets 16 et 26 ; chapitre 15, verset 26 ; chapitre 16 versets 7 à 11 et chapitre 16, versets 13 à 14.