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L’Iran lutte contre le terrorisme des Moudjahiddines du peuple

Le chef d’état-major des forces armées iraniennes a récemment prononcé des paroles fortes concernant la poursuite des engagements de l’Iran dans la lutte contre le terrorisme, et notamment celui des moudjahiddines du peuple.

Il a souligné l’importance de cette situation en tant que leçon pour les groupes terroristes qui, soutenus par des forces étrangères, attaquent l’Iran. Ces déclarations font suite à une série d’attaques terroristes perpétrées par l’OMK depuis la victoire de la Révolution islamique en Iran en 1979.

Qui sont les terroristes des moudjahiddines du peuple ?

L’Organisation des Moudjahiddines du Peuple iranien (OMPI, en persan sâzemân-é moudjâhedin-é khalq-é irân, donnant l’acronyme OMK) est un groupe terroriste qui a longtemps mené des actions terroristes contre le peuple iranien. Elle fut d’ailleurs désignée comme tel par de nombreux pays, y compris les États-Unis jusqu’en 2012.

organisation terroriste des moudjahiddines du peuple

Les crimes de guerres, les crimes contre l’humanité et les génocides perpétrés par les moudjahiddines du peuple n’ont pas empêché des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Albanie de les soutenir et les accueillir sur leurs territoires. Ce groupe terroriste possède d’ailleurs une base en Albanie et en France.

Des ministres comme Rama Yade, Michelle Alliot-Marie, Bernard Kouchner, des élus comme Alain Vivien, Michèle de Vaucouleurs, Hervé Saulignac, Jean-François Legaret, Pierre Berci, et même Yves Bonnet, ancien directeur de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) entre 1982 et 1985, les soutiennent et participent à leurs activités.

L’ancienne ministre française Rama Yade prononçant un discours lors d’un rassemblement le 13 juillet 2019 dans camp Achraf-3, en Albanie.

Depuis sa création en 1965, l’OMK est responsable de nombreuses attaques terroristes en Iran. Le groupe a ciblé des civils et des représentants du gouvernement, semant la terreur et causant des pertes humaines tragiques. Ces actions délibérées ont été perpétrées dans le but de déstabiliser le pays et de renverser les institutions.

Maryam Radjavi reçue par le Conseil de l’Europe (Strasbourg), le 24 janvier 2018.

L’OMPI est devenue au fil des années une secte vouant un culte de la personnalité au « soleil de la Révolution » (sic !) Maryam Radjavi. Certains de ses membres n’hésiteront pas à s’immoler par le feu lors de perquisitions menées à leur siège en région parisienne le 17 juin 2003.

Des crimes contre l’humanité commis par les moudjahiddines du peuple

Les terroristes des moudjahiddines du peuple sont responsables de la mort de plus de 17 000 Iraniens au cours d’attentats sanglants et d’assassinats ciblés. Leur alliance avec l’Irak en 1988 entraînera les condamnations à mort et les exécutions des moudjahiddines prisonniers en Iran.

Cérémonie au camp d’Ashraf, le 29 janvier 1997, au nord-est de la capitale irakienne Bagdad (AP/Jassim Mohammmed)

Contrairement aux allégations de cette organisation terroriste de type islamiste marxiste qui prétend que 33 000 prisonniers furent exécutés, le nombre de morts est estimé à 2500 par Amnesty International. Bien qu’il s’agisse d’un sujet sensible encore aujourd’hui en Iran, il est pourtant un secret de Polichinelle et le nombre réel de personnes exécutées est parfaitement connu de tous. Il s’élève à environ 3000 en comptant l’ensemble des condamnés et non seulement les susmentionnés.

Ce groupe terroriste mène encore aujourd’hui des actions contre l’Iran, en s’alliant notamment avec ses ennemis et en infiltrant les sphères médiatiques et politiques occidentales, s’attirant de la sorte la haine la plus farouche et unanime du peuple iranien. Ils sont pour la population iranienne ce que furent les engagés volontaires français dans la Waffen-SS pour les Français de 1945.

Les moudjahiddines du peuple participèrent également aux opérations irakiennes Anfâl qui se déroulèrent de février à septembre 1988 durant lesquelles plus de 100 000 civils kurdes furent exterminés.

moudjahiddines du peuple génocide kurde 1991
Une moudjahiddines du peuple jetant un enfant kurde vivant dans une fosse commune au cours de l’opération Perle en 1991.

Au printemps 1991, l’OMPI mènera une nouvelle opération baptisée « opération Perle » durant laquelle ses membres incendièrent 400 villages dans la région de Kirkouk et exterminèrent 5000 Kurdes dont 2000 enfants qu’ils jetèrent dans des fosses communes avant de les enterrer vivants

L’Iran engagé dans la guerre contre le terrorisme des moudjahiddines du peuple

L’Iran et ses forces armées sont engagés dans la lutte contre le terrorisme depuis plusieurs années maintenant. Après avoir vaincu Daech en Syrie et en Irak en mobilisant notamment les Défenseurs du Sanctuaire et les Hachd al-Chaabi, l’Iran poursuit sa lutte contre le terrorisme, ciblant cette fois-ci les moudjahiddines du peuple.

Le chef d’état-major des forces armées iraniennes, le général de division Mohammad Baqeri, a dénoncé l’utilisation de la violence et du terrorisme comme moyen de réaliser des objectifs politiques. Il insiste sur le fait que ces méthodes ne font que semer la destruction et la souffrance parmi la population.

Morgan Lotz, iranologue et juriste en droit international, a commenté cette affaire. L’OMPI est un exemple frappant de la manière dont certains groupes terroristes peuvent être manipulés et instrumentalisés par des forces étrangères. Aussi met-il en garde contre les conséquences néfastes de ces alliances utilisées dans le but de servir des intérêts particuliers.

L’affaire de l’OMK soulève donc des questions fondamentales sur les dangers de l’utilisation de la violence et du terrorisme par les États-Unis et l’Union européenne dans la poursuite de changements politiques.

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Histoire Religion et Spiritualité Société

Les minorités religieuses pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988)

L’Iran a connu de 1980 à 1988 une guerre de huit années durant laquelle l’ensemble de sa population participa activement à la défense nationale, et notamment les minorités religieuses zoroastrienne, juive et chrétienne.

L’Irak déclare la guerre à l’Iran le 22 septembre 1980. Cette guerre imposée par l’Irak baathiste de Saddam Hussein est connue en Iran sous le nom de « guerre imposée » (جنگ تحمیلی, djang-é tahmili) ou « Défense sacrée » (دفاع مقدس, defā’é moqadas). Il s’agit de la plus longue guerre du XXème siècle.

Pierre Razoux note à propos de ce conflit :

« Cet affrontement dantesque a mobilisé simultanément jusqu’à 2 millions de soldats, 10 000 blindés (dont une moitié de chars), 4 000 pièces d’artillerie et un millier d’aéronefs. Il symbolise à lui seul un condensé de la guerre au XXème siècle, car il comporte des éléments de ressemblance aussi bien avec la Première Guerre mondiale (combat de tranchées, recours aux vagues humaines et aux gaz de combat), qu’avec la Seconde Guerre mondiale (utilisation des blindés, bombardement des villes, guerre économique), ou bien encore avec le conflit israélo-arabe (batailles aériennes de jets au-dessus du désert, utilisation extensive des missiles) et les guerres insurrectionnelles de type Algérie et Vietnam (embuscades dans les djebels rocailleux, infiltration à travers les marécages). Les techniques de combat les plus prosaïques ont côtoyé les plus sophistiquées. »

Pierre Razoux, La guerre Iran-Irak 1980-1988, Perrin, col. Tempus, pp. 727-728.

Les minorités religieuses engagées pour défendre l’Iran

Le début du conflit a provoqué une mobilisation de la population iranienne, y compris parmi les différents groupes religieux présents dans le pays. L’archevêque Ardak Manoukian a exprimé son soutien à l’ayatollah Khomeyni et a déclaré être prêt à combattre l’ennemi. Malheureusement, cette guerre n’a pas épargné les communautés religieuses en Iran.

Parmi les victimes de la guerre, on compte 90 chrétiens tués, 295 blessés et 58 faits prisonniers. Les juifs ont également subi des pertes importantes, avec 11 personnes tuées, 328 blessées et 34 faits prisonniers. Les zoroastriens, une autre minorité religieuse en Iran, ont également souffert, avec 32 morts et 209 blessés.

Cette vidéo fut censurée par YouTube.

Ces pertes parmi les différentes communautés religieuses témoignent de l’impact dévastateur de la guerre sur la société iranienne. Mais elles démontrent également l’unité des Iraniens au-delà de leurs confessions religieuses.

Les conséquences humaines de ce conflit sont incommensurables. Près d’un million de vies ont été perdues, un nombre incalculable de familles détruites et d’individus handicapés à vie. De plus, l’Irak commis des crimes de guerre avec la bénédiction des pays occidentaux et la cécité des Nations-Unies. Notamment avec l’utilisation de gaz de combats contre la population civile iranienne ou bien encore la destruction par les Américains du vol civil Iran Air 655 le 3 juillet 1988. Ces crimes de guerre sont à l’heure actuelle toujours impunis.

Il est important de se rappeler ces chiffres et de reconnaître les sacrifices consentis lors de cette guerre. Les souffrances du peuple iranien, ainsi que des différentes communautés religieuses touchées, ne sont pas oubliées. La mémoire de ce conflit demeure présente parmi la population iranienne, en témoigne les obsèques de Djâni Bet Oshânâ en avril 2023.

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Histoire Religion et Spiritualité Société

Le 3 juin 1989, décès de l’ayatollah Khomeyni

Le 3 juin 1989, le décès l’ayatollah Rouhollah Mousavi Khomeyni, fondateur de la République islamique d’Iran, plongeait le monde dans le chagrin.

Khomeyni, portrait de Mohammad Sayyad
L’ayatollah Khomeyni, photographié par Mohammad Sayyad.

L’iranologue Morgan Lotz, spécialiste du Chiisme et de l’Iran, revient sur l’œuvre de l’ayatollah Khomeyni, son engagement et son héritage qui ne cessent d’influencer les aspirations de nombreux individus en Iran et au-delà.

Qui était l’ayatollah Khomeyni ?

Né en 1902 dans la ville de Khomeyn, en Iran, Rouhollah Mousavi Khomeyni est issu d’une famille religieuse. Il se tourne rapidement vers les études théologiques et devient clerc. Homme de Dieu, il devient également professeur de philosophie, admirant particulièrement Platon qui nourrira sa réflexion.

Pendant des décennies, Khomeyni a été critique du régime Pahlavi qui gouvernait l’Iran de manière autoritaire avec le soutien des États-Unis. Il a été emprisonné à plusieurs reprises et exilé pendant quinze années en Irak et en France. Pourtant, sa popularité en tant que guide spirituel n’a cessé de croître.

En 1978, alors qu’il est en exil en France, Khomeyni dirige la Révolution islamique qui renverse le régime Pahlavi. En février 1979, il revient triomphalement en Iran où la population iranienne l’accueille triomphalement.

Khomeyni établi la République islamique en Iran et devient Guide de la Révolution. Il exercera cette fonction jusqu’à sa mort en 1989.

L’Iran a commémoré le 34ème anniversaire de sa disparition

À l’occasion du 34ème anniversaire de son décès, son successeur Ali Khamenei a prononcé un discours au mausolée de l’Imâm Khomeyni à Téhéran. Il décrit le fondateur de la République islamique comme un modèle à suivre pour défendre la justice et la souveraineté.

Il a salué sa mémoire, rappelant sa connaissance religieuse, sa jurisprudence, sa philosophie, son mysticisme, mais également sa foi et sa piété. Son influence ne se limite pas à la Révolution islamique en Iran mais dépasse les frontières du pays.

Trente-quatre ans après son décès, la vie et l’héritage de l’ayatollah Khomeyni continuent d’être une source d’inspiration pour de nombreuses personnes à travers le monde.

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Géopolitique et Diplomatie Histoire

Iran-Asie : des relations qui se renforcent

L’Iran étant la porte d’entrée vers l’Asie, il est tout à fait naturel que ces mondes entretiennent des relations depuis toujours. Il est d’ailleurs bon de se souvenir que les Iraniens ne se situent pas au Moyen-Orient – appellation d’origine occidentale – mais en Asie du sud-ouest.

Iran Asie relations géographiques

L’Iran et la Russie ont franchi une étape majeure cette semaine en approfondissant leurs relations et en contournant les sanctions drastiques imposées à l’Iran. Les deux pays ont signé un accord ferroviaire ambitieux, démontrant ainsi leur volonté de renforcer leur coopération malgré les obstacles économiques.

En parallèle, le président iranien, Ebrahim Raïssi, a entamé une visite officielle de deux jours à Jakarta, la capitale indonésienne. Cette visite a pour but de renforcer les liens politiques et économiques de la République islamique avec les pays asiatiques.

Quelles relations entre l’Iran et l’Asie ?

Cette politique tournée vers l’Est suscite de nombreuses interrogations. Trop souvent, l’Occident conserve cette image d’un Moyen-Orient strictement séparé de l’Asie. Or, l’Iran est géographiquement la jonction entre ces deux mondes qui ont toujours entretenu des relations et des échanges autant économiques – les Routes de la Soie – que culturelles et et spirituelles – l’invasion mongole du XIIIème siècle.

Morgan Lotz, iranologue et juriste en droit international, livre son analyse au micro de Press TV. L’Iran a longtemps été en proie à des sanctions économiques, principalement imposées par les pays occidentaux. Cette nouvelle politique vise à contourner ces sanctions et à ouvrir des opportunités économiques avec des pays asiatiques, notamment la Russie et l’Indonésie.

L’accord ferroviaire signé entre l’Iran et la Russie revêt une importance particulière. Il permettra de relier les réseaux ferroviaires des deux pays, facilitant ainsi le transport de marchandises entre l’Asie et l’Europe. Cet accord renforce la position géopolitique de l’Iran en tant que plaque tournante des échanges entre l’Est et l’Ouest. En effet, en renforçant sa coopération avec la Russie, l’Iran peut échapper à la dépendance économique vis-à-vis des pays occidentaux et diversifier ses sources de revenus.

Le président iranien en Indonésie

La visite du président iranien en Indonésie est également révélatrice de cette nouvelle politique. L’Indonésie est le plus grand pays musulman au monde et entretient d’étroites relations avec l’Iran depuis de nombreuses années. Cette visite vise à consolider les liens politiques et économiques entre l’Iran et l’Indonésie, mais elle s’inscrit également dans une démarche plus globale de renforcement des relations avec les pays asiatiques. En se rapprochant des pays asiatiques, l’Iran cherche à se positionner comme un acteur régional influent et à renforcer sa présence dans des zones politiquement et économiquement stratégiques.

Les accords économiques et politiques signés avec la Russie et l’Indonésie ouvrent de nouvelles perspectives pour le pays, lui permettant de contourner les sanctions et de renforcer ses partenariats régionaux. Alors que l’Iran continue de chercher des moyens de se développer économiquement malgré les obstacles, cette nouvelle politique poursuit l’ouverture du pays vers de nouveaux horizons.

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Géopolitique et Diplomatie Histoire

La marine iranienne achève son tour du monde

La marine iranienne vient d’achever son premier tour du monde. La 86ème flottille de la Marine de l’armée de la République islamique d’Iran a été officiellement accueillie lors d’une cérémonie qui s’est tenue dimanche 21 mai au port de Bandar Abbas, dans le sud de l’Iran.

Après avoir parcouru 65 000 kilomètres et traversé les océans Indien, Pacifique et Atlantique, les deux navires sont entrés dans la ville portuaire samedi 20 mai.

La flottille a débuté sa mission de huit mois à Bandar Abbas. Elle fit escale en Inde, en Indonésie, au Chili, en Argentine, en Uruguay, au Brésil, en Afrique du Sud et à Oman. Son retour en Iran marque une étape historique dans les missions navales du pays, selon le général Baqeri.

premier tour du monde de la marine iranienne cérémonie
Le général pâsdâr de division Mohammad Baqeri, chef d’État-Major des Armées (au milieu) et le contre-amiral Shahram Irani, chef d’État-Major de la Marine (à droite). Sources : Cérémonie d’accueil officielle de la 86e flottille de la Marine de l’armée à Bandar Abbas (presstv.ir)

La cérémonie d’accueil a été marquée par la présence du chef d’état-major des forces armées de la République islamique d’Iran, le général Mohammad Baqeri, du commandant général de l’armée , le général Abdolrahim Moussavi, ainsi que des familles des commandants et des équipages des deux navires.

La marine iranienne réalise son premier tour du monde

Le général Baqeri a félicité lors de son discours la flottille pour son retour réussi en Iran après un voyage historique en haute mer. Il a souligné que cette réalisation exceptionnelle avait été obtenue malgré les sanctions imposées par l’Occident.

Il a également noté que la flottille était une source de fierté pour la nation iranienne. Elle se compose du contre-torpilleur Dena et du navire de guerre Makran, deux bâtiments de fabrication nationale. Selon lui, la flottille a accompli avec succès une grande mission de navigation.

Le commandant de la marine, le contre-amiral Shahram Irani, a également accueilli les marins samedi lors d’une cérémonie. Des avions de chasse de l’armée de l’air et de nombreux navires de la marine, du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), des forces de l’ordre, du Basidj et des barcasses appartenant aux habitants de Bandar Abbas ont effectué des manœuvres.

Le contre-amiral Irani a souligné que les jeunes membres de la Marine iranienne avaient développé leurs connaissances techniques et technologiques grâce à cette mission maritime de 213 jours dans les eaux internationales. Il a souligné que cette mission était destinée à envoyer un message de paix et d’amitié aux pays du monde entier. Elle témoigne également de la volonté iranienne de refuser la soumission aux sanctions occidentales.

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Géopolitique et Diplomatie Histoire

Le rétablissement des relations Iran/Arabie saoudite se poursuit

Les relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite semblent prendre un tournant positif. En témoigne l’entretien téléphonique entre le ministre des Affaires étrangères iranien, Hossein Amir-Abdollahian, et son homologue saoudien, le prince Faisal bin Farhan Al Saud, le vendredi 12 mai. Cette conversation souligne la volonté des deux pays de renforcer leurs relations après la signature d’un accord le 10 mars dernier à Pékin.

rétablissement des relations Iran Arabie saoudite

Lors de cet échange, les ministres ont abordé les derniers développements concernant leurs relations bilatérales. La promotion de la coopération entre les deux pays a été notamment abordée. Cette discussion témoigne d’une avancée significative dans la normalisation des relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite. En effet, ces deux pays ont connu des tensions et des différends au cours des dernières années.

Que retenir du rétablissement des relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite ?

La conversation entre les ministres des Affaires étrangères témoigne de cette volonté commune de renforcer les liens bilatéraux. Les détails précis de leur discussion n’ont pas été divulgués. Il est probable qu’ils aient abordé des questions clés telles que la sécurité régionale, la coopération économique et les moyens de résoudre les différends existants.

La normalisation des relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite pourrait avoir un impact positif sur la stabilité de la région. Comme le souligne l’iranologue Morgan Lotz sur Press TV, ces deux pays jouent un rôle majeur dans les affaires régionales. Leur coopération pourrait contribuer à la résolution des conflits en cours et à la promotion de la paix.

Il est important de noter que la route vers une réconciliation complète entre l’Iran et l’Arabie saoudite reste semée d’obstacles. Cependant, les signes de progrès récents sont encourageants et offrent un espoir de relations plus stables et constructives entre ces deux puissances régionales.

L’avenir des relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite reste incertain. Toutefois, cet entretien téléphonique marque un pas important vers une coopération plus étroite. Les deux pays semblent prêts à explorer les possibilités de dialogue et de résolution pacifique des conflits existants. Si ces efforts se concrétisent, cela pourrait avoir un impact positif non seulement sur les deux pays, mais également sur la région dans son ensemble.

Les causes de la rupture des relations

La rupture des relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite remonte à 2016 lorsque le ministre de l’Intérieur saoudien annonce le 2 janvier l’exécution par décapitation et crucifixion de l’ayatollah Nimr Baqr al-Nimr aux côtés de 47 autres personnes. Cette tuerie de masse suscite alors de vives réactions. Particulièrement en Iran, où l’ambassade d’Arabie saoudite à Téhéran est attaquée par des manifestants.

De plus, l’Iran s’est opposé à l’Arabie saoudite qui soutenait l’organisation terroriste Daech en Syrie et mène depuis 2010 une guerre au Yémen en vue d’exterminer les chiites qui y vivent. Ces divergences ont souvent été perçues comme un obstacle à la stabilité et à la sécurité régionale.

Cependant, ces derniers mois sont marqués par des signes prometteurs de rapprochement entre les deux pays. La volonté iranienne de promouvoir la diplomatie dans les relations internationales ouvre la porte à de nouvelles opportunités de dialogue et de coopération. De plus, l’administration saoudienne a également exprimé son intérêt pour une amélioration des relations avec l’Iran.

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Johnny Bet Oshana, martyr chrétien de la guerre Iran-Irak

La dépouille du martyr chrétien assyrien Johnny Bet Oshana a été retrouvée 38 ans après la guerre Iran-par l’Irak (1980-1988).

Âgé de 20 ans, Djâni (transcrit par Johnny) Bet Oshânâ est mort au combat en mars 1985 durant l’opération Badr. Il tomba en martyre à Hour al-Azim, la plus grande zone humide d’eau douce située à la frontière entre l’Iran et l’Irak.

Johnny Bet Oshana chrétien martyr guerre Iran Irak

Ses funérailles ont pu avoir lieu le samedi 29 avril 2023 à l’église de Hazrat Yusuf de Téhéran. Les Iraniens de toutes les confessions religieuses sont venus lui rendre hommage.

Malheureusement, aucun de ses proches n’a pu être contacté pour les rites funéraires. Cependant, certains de ses cousins maternels et paternels ont exprimé leur soulagement et leur joie. Ils ont indiqué que ses parents attendirent toute leur vie leur fils et même sa dépouille depuis des années.

Selon la Fondation des martyrs et des anciens combattants, tous les membres de sa famille sont décédés, à l’exception de sa femme et de ses cousins.

Johnny Bet Oshana, un héros chrétien de la République islamique d’Iran

Les funérailles publiques furent organisées le mercredi à Téhéran, suivies d’une cérémonie d’enterrement le vendredi, conformément aux coutumes assyriennes. Une cérémonie fut organisée à l’église téhéranaise de Hazrat Yusuf. Sa dépouille fut ensuite transférée à Islamshahr pour y être inhumée.

Cette vidéo fut censurée par YouTube.

Durant la guerre imposée à l’Iran par l’Irak, de nombreux Iraniens de toutes les confessions religieuses se sont portés volontaires pour combattre. Ils démontrent ainsi leur grand patriotisme et la solidarité nationale exemplaire des Iraniens.

L’ayatollah Seyed Ali Khamenei, alors président de la République islamique d’Iran, avait rendu visite aux parents affligés d’Oshana à leur domicile.

Dans un acte de compassion, la mère d’un défenseur des sanctuaires mort en Syrie dans la lutte contre le terrorisme a exprimé lors d’une interview à la télévision son souhait de combler le vide de la mère d’Oshânâ lors de ses funérailles. Elle a également encouragé la population à participer en grand nombre aux funérailles du martyr assyrien afin de compenser l’absence de ses parents et de ses frères et sœurs décédés.

Les minorités religieuses présentes en Iran, à savoir les zoroastriens, les juifs et les chrétiens, jouissent de toutes leurs libertés religieuses. Les articles 13 et 14 de la Constitution de la République islamique d’Iran illustrent parfaitement cette réalité.

Zurik Moradian, Vigen Karapetyan (chrétiens arméniens) et Robert Lazarus (chrétien assyrien) figurent parmi les martyrs chrétiens les plus célèbres. Un livre intitulé Martyrs chrétiens iraniens, publié en 2017, raconte la vie de vingt martyrs chrétiens iraniens.

Bibliographie :

Défense sacrée : retour de la dépouille d’un martyr chrétien iranien après 38 ans, PressTV, mercredi 26 avril 2023 (https://french.presstv.ir/Detail/2023/04/26/702226/Defense-sacree–retour-de-la-depouille-d-un-martyr-chretien-iranien-apres-38-ans)

Les Iraniens font leurs derniers adieux à un martyr chrétien de la Défense sacrée, PressTV, samedi 29 avril 2023 (https://french.presstv.ir/Detail/2023/04/29/702449/Les-Iraniens-font-leurs-derniers-adieux-%C3%A0-un-martyr-chr%C3%A9tien-de-la-D%C3%A9fense-sacr%C3%A9e-)

Iranian Christian martyr’s funeral procession attended by thousands, Al Mayadeen English, 30 avril 2023 (https://english.almayadeen.net/news/politics/iranian-christian-martyrs-funeral-procession-attended-by-tho).

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Histoire

Le 19ème siècle ou le siècle des Qâdjârs (1786-1925)

par Morgan Lotz

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La dynastie des Qâdjârs régna sur l’État sublime d’Iran (Dowlat-é elliyé-yé Irân) de 1786 à 1925. D’origine turkmène, elle est issue des tribus qizilbash, servante de la dynastie safavide depuis sa fondation par Shâh Ismâïl en 1501.

1) Agha Mohammad Khân Zâdeh, premier shâh qâdjâr. – Fils de Mohammad Hassan Khân (1715-1758 ou 1759), descendant de Genghis Khân, né le 14 mars 1742 à Esterabad, le jeune Mohammad Khân est castré à l’âge de sept ans par Adel Shâh Afshar, vassal des Zand. Dans son livre Les Rois oubliés – L’épopée de la dynastie radjare, le prince Ali Qâdjâr déclare que seules ses testicules furent sectionnés conciliant les ordres reçus et la pitié de leur exécutant pour une enfant qu’il ne souhaitait pas priver du plaisir des femmes. Cette castration influence le futur souverain, dont le règne est marqué par une extrême sévérité toutefois non exempte d’une vue visionnaire.

Ce chef eunuque de la tribu turkmène qâdjâre, originaire du nord de l’Iran, est capturé et envoyé à Shirâz, alors capitale des Zand, en 1762. Il parvint à s’enfuir en 1779, période marquée par l’instabilité consécutive au décès de Karim Khân Zand[1] qui lui profite pour être intronisé roi en 1789 et mener une rébellion qui se terminera par la capture en 1794 du dernier roi zand Lotf-Ali Khân Zand[2], à qui il fit crever les yeux avant de l’exécuter. Ordonnant également l’aveuglement de plusieurs milliers d’habitants de Kermân qui l’avaient pourtant soutenu, il est considéré pour ces châtiments comme un souverain cruel ; cette souvenance contraste pourtant avec son caractère pieux rongé par la culpabilité de ses actes et recherchant chaque soir dans le secret de ses appartements la miséricorde divine. Il fut le premier souverain à s’établir à Téhéran en 1783, alors petit village à côté de l’antique ville de Rey.

En 1795, il attaque la Géorgie, vassal de la Russie dirigé par l’impératrice Catherine II de Russie, dite la Grande-Catherine. Il fait incendier Tiflis et rétablit la souveraineté perse sur la Géorgie, provoquant ainsi une réplique militaire de la Russie qui se conclut par la guerre russo-persane de 1796. Le conflit terminé et après avoir déposé la dynastie des Afsharides[3] en s’emparant de Mashhad en 1796, Agha Mohammad Khân est couronné shâhanshâh de Perse le 21 mars 1796. Durant son règne, ilreconquiert la majeure partie des dépendances iraniennes situées dans la région du Caucase, réunifiant de la sorte un empire morcelé depuis la fin de la dynastie des Safavides.

Alors qu’il demeure dans son camp après la prise de Choucha, ville située dans la région du Karabagh, l meurt assassiné le 17 juin 1797 par deux valets condamnés à la peine capitale en raison d’une dispute mais demeurés libres pour la nuit. Bâbâ Khân, son neveu gouverneur du Fârs, lui succède sous le nom de Fath-Ali Shâh Qâdjâr.

2) Fath-Ali Shâh Qâdjâr, deuxième shâh qâdjâr. – Né le 25 septembre 1772 à Damghan sous le nom de Bâbâ Khân, ce fils de Hossein Qoli Khân Qâdjâr, puissant chef qâdjâr et frère de Agha Mohammad Khân, succède à son oncle le 17 juin 1797 jusqu’à sa mort survenue le 23 octobre 1834 à Ispahan. D’abord gouverneur du Fârs, il tente après son couronnement de reconquérir la Géorgie mais ne parvint à soumettre le prince Georges dont la Russie vient au secours.  L’Iran connaît ses premières défaites de l’époque moderne à l’issue de cette guerre russo-persane qui se déroule de 1804 jusqu’en 1813. Historiquement proche de l’Iran, la région du Caucase passe sous l’influence russe et les pertes territoriales iraniennes s’avère importantes : le khanat de Bakou et le khanat de Kouba, tout deux situés en Azerbaïdjân et le khanat de Derbent, situé en Russie, sont désormais sous la gouvernance russe. Devant la supériorité de son adversaire, Fath-Ali Shâh tente de s’allier avec des puissances européennes, notamment la France. Une alliance franco-iranienne est conclue en 1805 lors du traité de Finkenstein ; elle sera abandonnée par la France dès lors que Napoléon conclura avec la Russie le traité de Tilsitt en 1807. L’Iran tente alors de s’allier aux Britanniques, sans succès. Fath-Ali Shâh Qâdjâr déclare la guerre à la Russie ; l’armée conduite par son second fils Abbas Mirza essuie une défaite iranienne face à l’armée russe beaucoup plus moderne.

Le conflit se conclut en 1813 par la signature du traité de Golestân, considéré par les Iraniens comme le plus humiliant qu’ils eurent à signer en raison des importantes amputations territoriales au profit de la Russie qu’il exigeait : la Géorgie est annexée et la perte du nord du Caucase est inévitable. Ainsi les provinces géorgiennes de l’Iméréthie et de la Mingrélie, la province caucasienne du Daghestân, la province arménienne de Karabakh, les provinces azéries du Chirvân, du Gandjâ ainsi que les trois massifs montagneux du Talych, situés aujourd’hui en Azerbaïdjân.

En 1813, il conquiert la province afghâne de Hérat, appartenant au roi de Kaboul, mais ne peut la conserver en raison de l’absence de compréhension entre ses fils Abbas-Mirza et son aîné Mohammet-Ali qui conduit à un mauvais commandement des troupes iraniennes. Fath-Ali Shâh Qâdjâr poursuit sa politique guerrière en déclarant la guerre à l’Empire ottoman en 1821, qui conduira à la signature en 1823 un traité à l’avantage de la Perse. A la mort de l’empereur russe Alexandre en 1825, le Shâh tente de reconquérir les territoires perdus mais est défait après une première victoire par le général russe Ivan Fiororovitch Paskevitch. En 1828, une seconde défaite face à la Russie entraîne la signature du traité de Turkmanchaï le 21 février : l’Iran perd l’Arménie iranienne, composée du khanat d’Erevân, du khanat de Nakhitchevân et du siège du patriarcat arménien de Sainte-Etchmiadzin et la frontière est fixée le long de la rivière de l’Araxe. Malgré l’alliance conclue avec les Britanniques, ceux-ci ne porteront aucune assistance à leur allié iranien. Des émeutes populaire éclatent au début de l’année 1829, protestant contre la dominante influence russe et l’intensification du Grand Jeu entre la Russie et la Grande-Bretagne, au cours desquelles la légation russe à Téhéran est saccagée et Alexandre Sergueïevitch Griboïedov assassiné[4].

Très fier de sa barbe, apparemment la plus longue d’Iran, Fath-Ali Shâh laisse aussi dans l’Histoire le souvenir de son harem, composé d’une centaine de femmes qui lui donneront plus de deux cents enfants selon les estimations. Son règne témoigne également d’un retour aux arts persans, illustré par ses portraits qu’exécuta le peintre Mihr Ali, offerts notamment aux cours de France, d’Autriche et de Grande-Bretagne et les fresques à sa gloire inspirée des fresques sassanides qu’il fit graver. Son fils Abbas-Mirza, qui occupait le poste de gouverneur de l’Azerbaïdjân iranien, décède en 1833 ; héritier désigné pour lui succéder, sa disparition ne laisse d’autre choix au souverain vieillissant que de désigner pour lui succéder le fils de son enfant disparu, Mohammad Mirza.

3) Mohammad Shâh Qâdjâr, troisième shâh qâdjâr. – Né à Tabriz le 5 janvier 1808, Mohammad Mirzâ Shâh Qâdjâr exerce d’abord la fonction de gouverneur d’Azerbaïdjân avant de succéder à son grand-père en se faisant couronner le 23 octobre 1834. Sa succession fut compliquée en raison de la tentative de prise de pouvoir de son oncle Ali Mirza qui ne pourra régner seulement quarante jours avant de transmettre le pouvoir au chancelier Mirzâ Abolqâsem Qâem Maqâm Farâhani[5] que Mohammad Shâh Qâdjâr trahira par la suite, conformément aux désir de son vizir Hâdji Mirzâ Âqâsi[6].

Durant son règne, il doit faire face aux Britanniques qui souhaitent asseoir leur domination sur l’Afghânistân et tente de prendre Hérat en 1838. Tentant de tisser des liens avec de grandes puissances européennes, il envoie un officier à la Cour du roi de France Louis-Philippe afin de gagner le soutien français qui s’ensuit en 1839 avec l’envoi à Tabriz de deux instructeurs militaires français. En parallèle est menée l’ambassade du comte Edouard de Sercey[7], qu’accompagnent le peintre Eugène Flandin (1809-1889) et l’architecte Pascal Coste (1787-1879). Quelques mois avant son décès, survenu le 5 septembre 1848, des suites de la goutte dont il souffrit toute sa vie durant, il reçoit à Téhéran Xavier Hommaire de Hell[8], conduisant une expédition scientifique française. La mémoire de Mohammad Shâh Qâdjâr, bien qu’il dût également s’occuper du mouvement politico-religieux du babisme, s’efface devant le souvenir de son épouse Mahd-é ‘Oliâ[9], la mère de son héritier Nâsseraddine Shâh Qâdjâr. Mohammad Shâh Qâdjâr est inhumé au sanctuaire de Fâtemeh Masoumeh de Qom.

4) Nâsseraddine Shâh Qâdjâr, quatrième shâh qâdjâr. – Né à Tabriz le 16 juillet 1831, Nâsseraddine Shâh Qâdjâr demeure le souverain qâdjâr le plus fameux, dont le règne dura quarante-huit ans. Informé du décès de son père alors qu’il se trouve à Tabriz, il est soutenu par Amir Kabir[10] dont l’aide lui permet d’être couronné le 5 septembre 1848. Il tente sous son règne de récupérer la Perse orientale et les territoires perdues sous les derniers Safavides désormais passée sous influence anglaise, notamment la ville de Hérat, entraînant de la sorte la guerre anglo-persane de 1856 à 1857, qui se soldera à la suite d’un débarquement anglais et de la bataille de Boushehr par le traité de Paris (1857) imposant aux Iraniens le retrait d’Afghânistân et l’acceptation contrainte d’un traité commercial, en plus d’être assujettis à présenter leurs excuses aux Britanniques. Ce traité conférant à ces derniers la suprématie sur les anciens territoires iraniens est ressenti comme profondément humiliant par les Iraniens et pèsera sur les relations futures entre les deux pays. Bien que sa gouvernance paraisse plutôt celle d’un dictateur, il n’en manifeste pas moins des tendances réformatrices. La persécution des baha’is et des babis pousse l’un d’eux à tenter d’assassiner le shâh en 1852.

Nâsseraddine Shâh Qâdjâr fut le premier monarque iranien qui visita l’Europe en 1871, 1873 et 1889. Son assistance à une manœuvre militaire russe en 1873 lui inspire l’idée de fonder la brigade cosaque persane, qui jouera un rôle des plus essentiels au cours de la Révolution constitutionnelle et dans l’accession au pouvoir de Rezâ Shâh Pahlavi ; il fait composer cette même année 1873 un hymne national par le compositeur français Alfred Lemaire[11]. Il est également le premier souverain iranien à être fait chevalier de l’ordre de la Jarretière par la reine Victoria en 1873 lors de sa visite à Londres. Il voue une véritable fascination pour les technologies qu’il découvre, notamment la photographie : premier iranien à se faire photographier, ses portraits exécutés par Nadar demeurent célèbres.

Sa rencontre avec le britannique Gerald Talbot en 1890 et la signature d’un contrat lui accordant la propriété de l’industrie du tabac en Iran provoque la révolte du tabac, révolte qui pèsera lourdement dans la suite de l’histoire moderne iranienne au même titre les trop nombreux avantages accordés aux Européens, à l’exemple des propriétés des revenus attribuées en 1872 à Paul Julius Reuter[12] : celles-ci comprenaient les routes et chemins de fer, le télégraphe, les moulins, la presque totalité des mines et des extractions terrestres, les réseaux fluviaux, l’ensemble des forêts iraniennes ainsi que les industries présentes et futures du pays, comme les travaux publics, en l’échange d’un intérêt durant cinq années ainsi que 60% des revenus net pour une durée de vingt années. Ces concessions durent être annulées devant la fronde commune des milieux d’affaires associés au clergé et aux nationalistes. D’autres innovations occidentales telles que la poste, les transports ferroviaires, les banques, la presse sont importées durant son règne, toujours au détriment des Iraniens qui ne participent guère aux bénéfices, tous reversés aux Occidentaux.

Nâsseraddine Shâh Qâdjâr est assassiné le 1er mai 1896 par Mirzâ Rezâ Kermâni[13], un partisan de Djamal al-Din al-Afghâni[14], lorsqu’il vint prier au mausolée de Shâh Abdol Azim ; situé à Rey, le souverain y est inhumé. Cet assassinat, le premier exécuté par un homme lambda, va dès lors encourager les forces d’oppositions. En effet, dans la pensée iranienne, le monarque est d’origine divine et tous les précédents assassinats résultaient de luttes fratricides ou de prise de pouvoir par d’autres dynasties émergentes. De dignité divine, la fonction royale devient un poste contestable par le brisement de ce tabou.

Parmi ses proches sont couramment retenues les figures de ses enfants Zell-é Soltan et Tadj Saltâneh. Zell-é Soltân signifiant « l’ombre du roi »,  Massoud Mirzâ Zell-é Soltân[15], fils aîné du souverain, n’obtint jamais le titre de Prince parce que sa mère Effat-os Saltâneh n’était pas qâdjâre. Il fut toutefois gouverneur d’Ispahân de 1874 jusqu’à la révolution constitutionnelle. Fille préférée de son père, Tadj Saltâneh[16] figure quant à elle parmi les personnages historiques de l’Iran moderne en raison de ses qualités exceptionnelles dans divers domaines qu’elle étudia de manière autodidacte : littérature iranienne, arabe et française, histoire, philosophie, musique et peinture trouvèrent ses préférences. Femme de lettre, elle publia ses Mémoires tout comme son père – qui fut le premier souverain iranien à écrire les siennes. Appréciant particulièrement la Révolution française et les philosophes dits des « Lumières », elle critiqua les choix de son demi-frère Mozaffaraldin Shâh, n’hésitant pas à le juger despotique et lui prédire une révolution.


[1] Karim Khân Zand (1705-1779), fondateur de la dynastie Zand et Shâh de Perse de 1760 à 1779.

[2] Lotf-Ali Khân Zand (1769-1794).

[3] La dynastie des Âfshâriyân régna sur l’Iran entre 1736 et 1749. Cette tribu originaire du Turkestân s’installa en Âzerbaïdjân après la conquête mongole et furent déplacés par Shâh Ismâïl (1487-1524, fondateur de la dynastie des Safavides en 1501) vers le Khorâsân dans le but de contrer l’offensive ouzbèke.

[4] Diplomate russe, également compositeur et homme de lettre, Alexandre Sergueïevitch Griboïedov (né en 1795), décoré par le shâh de l’Ordre du Lion et du Soleil pour son rôle d’importance durant la guerre turco-persane de 1821 à 1823, dirigea les pourparlers avec les chefs de clans iraniens après la guerre russo-persane de 1826-1828. Renvoyé à Téhéran en 1829, il est assassiné le 30 janvier lors du saccage de la légation, très certainement commandité par le docteur John McNeil, diplomate de la Couronne britannique, qui redoutait l’influence russe en Perse.

[5] Mirzâ Abolqâsem Qâem Maqâm Farâhani (né à Arak en 1779 – mort à Téhéran le 28 juin 1835), est le fils de Mirzâ Isâ Qâem Maqâm Farâhani, serviteur de la Cour qâdjâre pendant une vingtaine d’année. Il fut assassiné selon les ordres de Mohammad Shâh Qâdjâr Il est également l’auteur de plusieurs livres, dont Monsha’at.

[6] Hâdji Mirzâ Âqâsi (né à Mâkou vers 1783), fut vizir (Sadr-é Âzam) de 1835 jusqu’à son décès survenu vers 1848. Initié au soufisme dès son plus jeune âge, il saura utiliser avec intelligence ces connaissances pour contrer le clergé shî’ite traditionnel. L’Histoire retient un personnage antipathique et manipulateur dont la gouvernance permit l’enrichissement d’une aristocratie renforcée. Pour Shoghi Effendi et les babistes, il est l’« Antéchrist » de leur Révélation.

[7] Le comte Edouard de Sercey (1802-1881) fut diplomate et chef de mission. Il nous laisse ses souvenirs d’Iran dans La Perse en 1840, publié dans La Revue contemporaine en mars et mai 1854.

[8] Ignace Xavier Hommaire de Hell (né à Altkirch en 1812 et mort à Ispahân en 1848) fut un géographe et voyageur en Russie et en Perse. Sa veuve Adèle Hommaire de Hell nous laisse le témoignage de sa mission dans son ouvrage posthume Voyage en Turquie et en Perse, exécuté par ordre du gouvernement français pendant les années 1846, 1847 et 1848, Paris, P. Bertrand, 1854-1860, 3 volumes.

[9] Maleké-Djahân Khânom (1805-1873), titrée Mahd-é ‘Oliâ (« Sublime Berceau »), exerça un rôle considérable dans les premières années de règne de son fils.

[10] La figure historique du grand réformateur que fut Amir Kabir (1807-1852) mériterait de s’y attarder plus longuement mais ne rentre malheureusement pas dans le cadre de cette étude. Nous pouvons résumer en quelques lignes son œuvre : Premier ministre en 1835, il est l’instigateur des réformes de l’armée et de la réorganisation intégrale de l’administration, contribuant à moderniser l’Iran en fondant le premier établissement d’enseignement supérieur iranien Dar-ol Fonoun, en réformant le système fiscal et en encourageant le développement du commerce et de l’industrie. Il fut condamné à mort par des membres de la Cour en 1852. Nous invitons le lecteur désireux à lire l’article de notre confrère Behrouz Geravand : Amir Kabir, le premier réformateur de la société iranienne sous les Qâdjârs, traduction de Poupak Shirvani Mahdavi, https://faceiran.fr/amir-kabir-reforme-iran/.

[11] Alfred Jean-Baptiste Lemaire (né à Aire-sur-la-Lys le 15 janvier 1842 et décédé à Téhéran le 24 février 1907) fut le compositeur nommé en 1873 directeur général des musiques de l’armée perse par Nâsseraddine Shâh Qâdjâr. C’est sous son ordre qu’il composa l’hymne national royal, en vigueur entre 1873 et 1909.

[12] Le baron Paul Julius von Reuter (1816-1899), homme d’affaire britannico-allemand fondateur de l’agence de presse Reuters.

[13] Mirzâ Rezâ Kermâni fut très tôt orphelin de père et hérita de lui la ferme familiale et les dures conditions l’accompagnant, qu’il finit par abandonner pour suivre des études coraniques à Yazd. Il fut pendu le 12 août 1896 sur la place Toup Khâneh à Téhéran (aujourd’hui place Imâm Khomeyni) pour l’assassinat du shâh.

[14] Sid Djamâl al-Din al-Afghâni (né à Hamadân en 1837 ou 1839 et décédé à Istanbul le 9 mars 1897, est un penseur considéré comme l’un des principaux théoriciens du panislamisme. Son œuvre, celle d’un rationaliste à la fois pourfendeur de l’impérialisme européen dirigé contre les nations musulmanes et défenseur d’une constitutionnalisation des pouvoirs politiques musulmans en régimes parlementaires, présente une tentative de conciliation des principes coraniques avec la modernité très grandement inspirée par le soufisme et la philosophie shî’ite. Il fonda en Égypte d’une loge maçonnique associée plus tard au Grand Orient de France. Sa controverse avec le philosophe français Ernest Renan, à l’occasion d’un voyage à Paris en mars 1883, est restée fameuse : il y défend un islam ouvert à une raison qui fut selon lui submergée par les traditions et parfaitement compatible avec l’essor scientifique que connaît le monde moderne en cette époque. Son œuvre mériterait plusieurs études qui, nous l’espérons, verront le jour afin d’apporter à notre connaissance de l’Orient islamique et de sa philosophie une lumière nouvelle et ô combien salutaire.

[15] Né à Tabriz le 5 avril 1850 et décédé à Ispahân le 2 juillet 1918.

[16] Née à Téhérân le 14 février 1883 et décédée dans la même ville le 25 janvier 1936.

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Géopolitique et Diplomatie Histoire

L’armée de l’air iranienne se modernise

L’armée de l’air iranienne se modernise et présente son aviation à l’occasion d’un défilé aérien ce 18 avril dans le ciel de Téhéran.

Selon le Commandant des Forces aériennes de la République islamique d’Iran, plus de 40 avions de chasse participeront à cet événement, qui marque la Journée nationale de l’armée en Iran. Cette démonstration de force est destinée à affirmer la puissance de la République islamique d’Iran sur la scène internationale.

armée de l'air iranienne en voie de modernisation
F-14 Tomcat de l’armée de l’air iranienne

Interrogé sur la signification de cette manifestation militaire, Morgan Lotz souligne la dimension symbolique de ce défilé aérien. Selon lui, cette démonstration de force militaire est destinée à montrer les capacités de défense de l’Iran. Elle est également un message à destination des adversaires de l’Iran, qui cherche à se faire respecter sur la scène internationale, notamment dans la région du Moyen-Orient, où les tensions géopolitiques sont fortes.

Toutefois, cette manifestation militaire doit être analysée dans un contexte plus large. Depuis plusieurs années, l’aviation iranienne a entrepris une modernisation de son matériel et de ses infrastructures. Cela lui permet de renforcer ses capacités militaires. Selon Morgan Lotz, ces investissements dans l’aviation militaire s’expliquent par le contexte régional instable.

En effet, celui-ci est marqué notamment par les guerres en Syrie et au Yémen. L’aviation russe est intervenue en soutien des Défenseurs du Sanctuaire qui luttaient contre Daech. En effet, les Iraniens maîtrisant le sol mais guère les airs. L’armée de l’air iranienne se modernise parce que le pays a conscience de son retard dans le domaine aérien. La défense iranienne doit être en mesure de se défendre face à d’éventuelles menaces extérieures.

L’armée de l’air iranienne se modernise et établit une dissuasion crédible

Pourtant, l’annonce de ce défilé aérien intervient également dans un contexte diplomatique tendu. Depuis la décision de Donald Trump de retirer les États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, les relations entre les deux pays se sont nettement refroidies. Les sanctions économiques imposées par les États-Unis ont affectent l’économie iranienne et suscitent une certaine frustration au sein de la population iranienne qui ne croit plus en la parole des Occidentaux. La démonstration militaire du 18 avril peut s’interpréter comme une réponse à cette pression économique et diplomatique.

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Histoire Religion et Spiritualité

La symbolique de la souffrance du martyre de l’Imâm Hossein

par Morgan Lotz

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Intrinsèque à l’identité et à la culture iranienne, le Shî’isme est une spiritualité à part entière qui compose le domaine spirituel iranien et rythme la vie publique en Iran. Nous avons souhaité présenter dans cet article notre travail universitaire sur le sujet afin d’éclairer le lecteur sur la foi majoritaire en Iran.

Ce travail fut soutenu en mai 2020 à l’Université Domuni. Le sujet traité portait pour intitulé : « Dans le milieu populaire chiite, la souffrance de Husayn est très souvent comparée avec la souffrance de Jésus Christ. Les théologiens chiites trouvent-ils dans la souffrance de Husayn une valeur rédemptrice ? Quelles places occupent Husayn et les douze imams dans la dévotion populaire ? est-ce un rôle d’intercesseur ou de rédempteur ? »

L’orthographe de certains termes – tels « chiisme », « chiite » ou « mollah » – correspond à l’orthographe règlementaire en vigueur dans le milieu universitaire, héritée des premières translittérations qui furent depuis révisées et que nous utilisons dans nos autres articles. L’orthographe « Husayn » correspond à la prononciation arabe, tandis que son équivalent iranien est « Hossein ».

Introduction

Parmi la dévotion chiite envers ses Imâms, celle consacrée au troisième, Husayn, est la plus importante et la plus mystérieuse aussi. Un lien particulier semble lier les chiites avec l’Imâm martyr à Karbalâ’, qui n’est pas sans rappeler le lien qui unit les chrétiens avec Jésus-Christ. Une comparaison est possible, Husayn étant pour les chiites un saint sacrifié sur l’autel de la Vérité pour que celle-ci triomphe et que la Révélation prenne son sens, de la même manière que Jésus l’est pour les chrétiens. Tous deux furent des martyrs ayant affronté la peur de la mort avec le courage et la confiance de leur foi. Parmi ces deux destins aux similitudes si étroites, il serait aisé pour un chrétien de considérer Husayn comme l’est Jésus, c’est-à-dire le Rédempteur de l’humanité qui intercède en sa faveur auprès de Dieu.

Nous allons dans une première partie étudier les comparaisons entre le troisième Imâm chiite Husayn et Jésus-Christ, sur trois aspects : premièrement leurs naissances, deuxièmement les miracles qu’ils accomplirent au cours de leurs existences terrestres et troisièmement les similitudes des réactions cosmiques et naturelles qui se produisirent aux instants de leurs décès.

Dans une seconde partie, nous étudierons la question de la valeur rédemptrice accordée par les théologiens chiites aux souffrances endurées par Husayn, ainsi que la question sur le rôle des Douze Imâms comme intercesseurs ou rédempteurs dans la dévotion populaire chiite.

I – Les comparaisons entre Jésus-Christ et Husayn, de la naissance à la passion du martyre

A) Les histoires liées à la naissance de Husayn mises en parallèle avec la naissance de Jésus-Christ

Les comparaisons entre le troisième Imâm chiite Husayn et Jésus-Christ ne manquent pas et méritent que nous nous y attardions dans la première partie de ce devoir. La naissance de Husayn interpelle tout particulièrement le lecteur chrétien par les nombreuses similitudes qu’il partage avec Jésus-Christ : tout d’abord, une visite de l’ange Gabriel annonce la venue d’un enfant de caractère divin ; la différence étant dans le destinataire initial, directement Marie pour la naissance de Jésus et par l’intermédiaire du Prophète qui l’annonce ensuite à Fâtima, ainsi qu’en témoigne les propos de Ibn Qawlawayh (367/977) rapportés par Ameer Jaje :

« ô Muḥammad, Dieu te salue et t’informe que ta fille Fāṭima donnera naissance à un enfant qui sera tué par ton peuple après ta mort. Le Prophète répondit à Gabriel : Salut à mon maître. Je n’ai nul besoin que Fāṭima donne naissance à un enfant qui sera tué par mon peuple. Gabriel remonta au ciel et revint au Prophète pour lui répéter trois fois le même message. La troisième fois, il ajouta : Dieu t’informe que l’enfant gardera l’imāma et la sainteté dans sa descendance. Le Prophète répondit alors : J’accepte. Lorsque le Prophète envoya un message à sa fille pour l’informer de la décision de Dieu et du destin réservé à l’enfant qui allait naître, elle réagit négativement et donna la même réponse que son père. Puis quand elle apprit qu’il allait devenir le père des imāms, elle accepta. »[1]

Nous pouvons mettre en parallèle cette histoire avec celle de Joseph : dans les deux cas, c’est un homme d’âge mûr protecteur de la jeune mère qui est informé par l’ange Gabriel de la venue d’un enfant au caractère divin.

« Or, telle fut la genèse de Jésus Christ. Marie, sa mère, était fiancée à Joseph : or, avant qu’ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit Saint. Joseph, son mari, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier sans bruit. Alors qu’il avait formé ce dessein, voici que l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme, car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Or, tout ceci advint pour que s’accomplît cet oracle prophétique du Seigneur :

Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel,

ce qui se traduit : « Dieu-avec-nous. » Une fois réveillé, Joseph fit comme l’Ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui sa femme ; et il ne la connut pas jusqu’au jour où elle enfanta un fils, et il l’appela du nom de Jésus. »[2]

Dans son ouvrage, Ameer Jaje rapporte également le récit du théologien al-Bahrânî, citant un hadith du Prophète relatant la naissance de Husayn et les manifestations surnaturelles qui en découlèrent :

« Je vois une lumière rayonnante sur ton visage, tu vas donner naissance à un enfant qui sera la preuve vivante de Dieu… Un mois après la naissance de Ḥasan, Fāṭima eut de la fièvre et tomba malade ; le Prophète lui apporta un verre d’eau et prononça quelques mots qu’elle ne comprit pas. Puis il cracha dans le verre et lui donna à boire. Elle se rétablit aussitôt. Quarante jours plus tard, elle sentit des fourmillements dans le dos, puis un enfant bouger dans ses entrailles. A partir du troisième mois, Fāṭima fut comblée de biens [nourriture, etc.] à domicile et dès lors ne quitta plus sa chambre ; elle se consacra à la prière et malgré sa solitude, Dieu lui donna l’assurance, le repos et la quiétude. A partir du sixième mois, elle n’eut plus besoin de lampe pour s’éclairer, même dans les nuits les plus obscures. Et quand elle était seule, elle entendait l’enfant louer Dieu dans son ventre, ce qui la réconfortait et lui donnait des forces. Le neuvième jour du septième mois, un ange visita Fāṭima alors qu’elle dormait et lui effleura le dos de ses ailes, elle se réveilla surprise et effrayée. Pour chasser cette peur, elle se leva, fit ses ablutions et deux rak‘a puis se rendormit. A ce moment-là, un deuxième ange vint lui rendre visite. Il se tenait au-dessus de sa tête et souffla sur son visage et son cou. Elle se réveilla plus effrayée encore que la première fois. Elle fit à nouveau ses ablutions et quatre autres rak‘a. Après un court somme, un troisième ange vint la réveiller en récitant sur elle des invocations pour la protéger de Satan, et lui lut deux sourates du Coran. Le lendemain, Fāṭima rendit visite à son père chez son épouse Umm Salāma et lui raconta ce qui s’était passé la nuit précédente. Le Prophète manifesta sa joie, lui expliqua ce qui lui était arrivé cette nuit-là et qui étaient les visiteurs mystérieux : le premier était l’ange ‘Izrā’īl, l’ange de la mort, chargé de veiller sur les femmes enceintes ; le deuxième était l’ange Mīkhā’īl chargé de veiller sur les femmes enceintes d’Ahl al-Bayt [la famille du Prophète] ; puis le Prophète lui demanda si l’ange avait soufflé sur son visage ; elle répondit que oui. Alors il la serra dans ses bras et se mit à pleurer, ajoutant que le troisième ange était l’ange Jibrā’īl qui allait servir le nouveau-né. »[3]

Dans ce second récit, nous constatons une autre similitude avec le récit biblique : comme la Vierge Marie, Fâtima reçoit la visite de plusieurs anges venus veiller sur elle. Toujours semblablement à la Vierge Marie, Fâtima se retire du monde le temps de la grossesse et reçoit une nourriture céleste.

« Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph, de la maison de David ; et le nom de la vierge était Marie. Il entra et lui dit : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole elle fut toute troublée, et elle se demandait ce que signifiait cette salutation. Et l’ange lui dit : « Sois sans crainte, Marie ; car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu concevras dans ton sein et enfantera un fils ; et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; il régnera sur la maison de Jacob pour les siècles et son règne n’aura pas de fin. » Mais Marie dit à l’ange : « Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, ta parente, vient, elle aussi, de concevoir un fils dans sa vieillesse, et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile ; car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole ! » Et l’ange la quitta. »[4]

Lorsque l’enfant est né, le Prophète reçoit la visite des anges venus lui témoigner leurs félicitations. Mais cette visite apporte également la mauvaise nouvelle de son martyre futur, comme en témoigne les propos du sixième imām Ja‘far al-Ṣādiq rapportés par Ibn Qawlawayh :

« Dieu lui-même fut le premier à féliciter et consoler à la fois le Prophète. Alors que le Prophète était chez Fāṭima, il se mit brusquement à pleurer puis prit l’enfant [Ḥusayn] dans ses bras et dit à Fāṭima : ô Fāṭima, fille de Muḥammad, Dieu m’est apparu en cet instant chez toi dans toute sa beauté et m’a dit : ô Muḥammad, aimes-tu Ḥusayn ? Oui je l’aime ; il est la prunelle de mes yeux et le fruit bien-aimé de mon cœur. Dieu mit sa main sur la tête de Ḥusayn et ajouta : ô Muḥammad, combien cet enfant est béni puisqu’il a ma miséricorde, mes prières, ma faveur et ma bénédiction. Ma vengeance et ma malédiction tomberont sur tous ceux qui le combattront et s’opposeront à lui car il sera le plus grand des martyrs, de tous ceux qui l’ont précédé et qui le suivront. »[5]

Les comparaisons ne s’arrêtent cependant pas là et nous allons constater dans la suite de ce travail que les personnages de Jésus et de Husayn ont d’autres points communs, notamment en ce qui concerne les miracles et le trépas.

B) Les histoires liées aux miracles de Husayn mises en parallèle avec les miracles de Jésus-Christ

Les similitudes entre Husayn et Jésus ne s’arrêtent pas à leurs naissances mais se poursuivent durant leurs existences terrestres par l’accomplissement de plusieurs miracles. Ainsi Husayn est-il pour les chiites une image de sainteté dont l’exemple guide la vie quotidienne des croyants, de même que l’exemple de Jésus guide celle des chrétiens. Nombre d’histoires populaires attribuent à Husayn des miracles semblables à ceux que fit Jésus, lui conférant de la sorte une stature comparable à celles des prophètes, sans toutefois l’élever à un tel rang.

Husayn accomplit plusieurs miracles identiques à ceux qu’accomplit Jésus-Christ, comme par exemple des guérisons et des résurrections. A titre d’exemple, nous pouvons citer le récit de Ibn Shahrashûb attestant de la résurrection d’une femme :

« Un jeune homme vint dire à Ḥusayn que sa mère, qui était riche, venait de mourir sans laisser de testament. Ḥusayn s’adressa à ses amis et leur dit : allons voir cette femme respectable. Il alla s’asseoir près de sa tombe et commença à prier jusqu’à ce que la femme revienne à la vie pour exprimer ses dernières volontés : après avoir achevé sa prière, la femme en question éternua et se releva de sa tombe ; elle dit la shahāda, salua Ḥusayn avant de donner son testament ; puis se recoucha et retourna à la mort. »[6]

Nous pouvons le mettre en parallèle avec la résurrection du fils de la veuve de Naïn rapportée par Saint Luc dans son Evangile :

« Et il advint ensuite qu’il se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples et une foule nombreuse faisaient route avec lui. Quand il fut près de la porte de la ville, voilà qu’on portait en terre un mort, un fils unique dont la mère était veuve ; et il y avait avec elle une foule considérable dans la ville. En la voyant, le Seigneur eut pitié d’elle et lui dit : « Ne pleure pas. » Puis, s’approchant, il toucha le cercueil, et les porteurs s’arrêtèrent. Et il dit : « Jeune homme, je te le dis, lève-toi. » Et le mort se dressa sur son séant et se mit à parler. Et il le remit à sa mère. Tous furent saisi de crainte, et ils glorifiaient Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous et Dieu a visité son peuple. » Et ce propos se répandit à son sujet dans la Judée entière et tout le pays d’alentour. »[7]

Ameer Jaje cite un autre récit miraculeux dans lequel Husayn chasse la fièvre d’un homme malade :

« Ḥusayn ordonna à la fièvre de quitter le corps de cet homme. La fièvre obéit et le quitta. Dans plusieurs ouvrages cette histoire est relatée avec des ajouts, comme le fait que la fièvre, personnifiée, reconnaît explicitement l’imāma de tous les imāms, et, plus surprenant, reconnaît être elle-même l’un des disciples des imāms. »[8]

Là aussi, nous pouvons établir un parallèle avec l’Evangile selon Saint Luc :

 « Partant de la synagogue, il entra dans la maison de Simon. La belle-mère de Simon était en proie à une forte fièvre, et ils le prièrent à son sujet. Se penchant sur elle, il menaça la fièvre, et elle la quitte ; à l’instant même, se levant elle les servait. »[9]

C) Les histoires liées à la mort de Husayn mises en parallèle avec la mort de Jésus-Christ

Semblablement aux dernières heures de Jésus, les derniers instants de Husayn ne sont guère exempts de douleurs et de tristesse devant le sort qui leur est réservé. Plusieurs historiens chiites rapportent que Husayn partit visiter la tombe du Prophète – son grand-père – devant laquelle il pria et demanda à Dieu l’accomplissement de Sa volonté :

« Pour surmonter cette faiblesse, il partit visiter la tombe de son grand-père le Prophète où il passa deux nuits à prier et supplier Dieu d’accomplir sur lui sa volonté et celle du Prophète. Il pleura jusqu’à épuisement et s’endormit près de la tombe. Il rêva et vit le Prophète descendre du ciel avec des anges. Celui-ci le serra dans ses bras et lui dit : « ô Ḥusayn, mon bien-aimé, je te verrai bientôt noyé dans ton sang, massacré par des hommes de mon peuple à Karbalā’, Terre de malheur. Tu auras soif mais ne pourras te désaltérer. » Puis le Prophète lui dit que ces hommes qui l’auront tué le supplieront au Jour du Jugement, mais qu’il n’intercédera pas pour eux. »[10]

Une fois de plus, le parallèle avec Jésus est évident :

« Alors Jésus parvient avec eux à un domaine appelé Gethsémani, et il dit aux disciples : « Restez ici, tandis que je m’en irai prier là-bas. » Et prenant avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à ressentir tristesse et angoisse. Alors il leur dit : « Mon âme est triste à en mourir, demeurez ici et veillez avec moi. » Etant allé un peu plus loin, il tomba face contre terre en faisant cette prière : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux, mais comme toi tu veux. » Il vient vers les disciples et les trouve en train de dormir ; et il dit à Pierre : « Ainsi, vous n’avez pas eu la force de veiller une heure avec moi ! Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » A nouveau, pour la deuxième fois,  il s’en alla prier : « Mon Père, dit-il,  si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » Puis il vint et les trouva à nouveau en train de dormir car leurs yeux étaient appesantis. Il les laissa et s’en alla de nouveau prier une troisième fois, répétant les mêmes paroles. Alors il vient vers les disciples et leur dit : « Désormais vous pouvez dormir et vous reposer : voici toute proche l’heure où le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs. Levez-vous ! Allons ! Voici tout proche celui qui me livre. »[11]

« Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais que déjà il fût allumé ! Je dois être baptisé d’un baptême, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé ! »[12]

Ces dernières paroles de Jésus mises en parallèle avec celles de Husayn témoignent d’une part de son acceptation de la volonté de Dieu et d’autre part de son destin semblable à celui de Jésus. Nous verrons plus loin dans la seconde partie si cette destinée similaire nous permet sur un plan théologique de conférer à Husayn l’attribut de rédempteur et d’intercesseur que revêt le Christ.

Miracle de la terre de Karbala se transformant en sang au jour d’Ashoura.

Concernant la mort de Husayn et de Jésus, une dernière comparaison nous interpelle : il s’agit de la réaction du Monde après qu’ils eussent expiré, réaction manifestée par des signes cosmiques survenant à l’instant de la mort de Husayn et de Jésus. L’Evangile selon Saint Matthieu nous renseigne :

« Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent, les tombeaux s’ouvrirent et de nombreux corps de saints trépassés ressuscitèrent : ils sortirent des tombeaux après sa résurrection, entrèrent dans la Ville sainte et se firent voir à bien des gens. Quant au centurion et aux hommes qui avec lui gardaient Jésus, à la vue du séisme et de ce qui se passait, ils furent saisis d’une grande frayeur et dirent : « Vraiment celui-ci était Fils de Dieu ! »[13]

Ces éléments font écho avec ceux rapportés par l’encyclopédiste Al-Khawārizmī concernant la réaction des éléments naturels. Là encore, nous découvrons des signes cosmiques :

 « [Il] raconte que le ciel devint noir, il y eut une éclipse de soleil et les étoiles apparurent en plein jour. Les étoiles entrèrent en collision et une tempête se leva à tel point que l’on ne pouvait plus rien voir. Les gens crurent que c’était la fin du monde. »[14]

Ainsi certains témoins des événements ressentent devant le drame de leurs morts ce que nous pourrions appeler une grâce leur apportant la conscience de leur erreur et leur permettant de remettre en question leur attitude. Considéré avec un regard et une culture chrétiens, une telle attitude nous paraît être la voie vers la recherche d’un pardon pour l’humanité et par conséquent, à travers cette démarche, la voie vers une forme de rédemption.

II – Husayn et les Imâms dans la dévotion populaire chiite : de la valeur rédemptrice accordée aux souffrances endurées par Husayn aux idées de rédemption et d’intercession dans la théologie chiite

Après cette première partie dans laquelle nous avons étudié les similitudes entre Jésus-Christ et l’Imâm Husayn, nous pouvons légitimement nous poser la question d’une similitude dans un rôle de rédempteur et d’intercesseur au service de l’humanité. En effet, si Jésus-Christ est le Rédempteur intercédant auprès de Dieu pour le salut des âmes, pourquoi Husayn qui lui ressemble tant n’en serait-il de même ? Nous allons étudier dans cette seconde partie cette question à travers plusieurs étapes successives. Dans un premier point, nous allons tout d’abord voir l’idée de rédemption dans l’Islam avant de nous concentrer plus particulièrement sur cette idée dans un second point qui abordera les souffrances endurées par Husayn comme pouvant être une source de salut selon certains théologiens chiites. Dans un troisième et dernier point, nous verrons le rôle d’intercesseurs des Quatorze Immaculés tel qu’il est conçu dans la dévotion populaire chiite.

A) L’idée de rédemption dans l’Islam

Pour l’Islam sunnite, l’idée d’un rédempteur n’existe pas, tout comme celle d’un rachat ou d’une rédemption. Les mots arabes fidā’, signifiant « rachat » ou « rédemption », et al-fādī, se traduisant par « rédempteur », sont uniquement usités par les arabes chrétiens pour désigner la rédemption divine ; dans son sens courant, le verbe fadā exprime « l’engagement, voire le sacrifice, de quelqu’un envers quelqu’un d’autre, dans un échange entre les hommes, jamais entre les hommes et Dieu. »[15] Le mot fādī n’a donc aucune importance dans la théologie sunnite, le Coran précisant que chaque âme assumera sa pleine responsabilité pour la totalité de ses actions commises comme l’indiquent les versets « Toute âme ne fait des œuvres que pour son propre compte ; aucune ne portera le fardeau d’une autre. »[16] et « Aucune âme portant son propre fardeau ne portera celui d’une autre, et si l’âme surchargée demande à en être déchargée d’une partie, elle ne le sera point, même pour son proche. »[17]

Toutefois, la tradition chiite dispose d’un nombre assez important de hadiths des Imâms dans lesquels les notions de rachat et d’intercession sont abordés.

B) La souffrance de Husayn comme source de salut et sa valeur rédemptrice

Lors de ma visite du mausolée du huitième Imâm à Mashhad, en Iran, le 28 juin 2018, j’ai eu l’occasion après une conversation avec un mollah d’assister à la lecture par un râdûd du martyre de l’Imâm Husayn. Il m’avait longuement expliqué l’importance de ce témoignage de compassion et d’amour comme une marque d’honnêteté et de sincérité envers l’Imâm Husayn – je serai tenté de qualifier cette peine témoignée comme une preuve d’humanité devant l’injustice et le tragique de son martyre pour défendre la vérité et la justice contre le mensonge et la manipulation des musulmans par l’instrumentalisation de la religion. Pleurer Husayn est un devoir pour le chiite sincère qui souhaite témoigner de sa compassion envers lui puisque le pleurer manifeste son amour et sa fidélité envers sa personne et sa cause.

Nombre de théologiens chiites trouvent dans la souffrance de Husayn une épreuve pour la foi que les chiites partagent avec lui. Ameer Jajé nous rappelle que le premier pleureur fut le quatrième Imâm ‘Alī Zayn al-‘Ābidīn, le fils de Husayn qui réchappât au massacre de Karbalâ’. Plusieurs hadiths rapportent ses propos : « quiconque pleure la mort de mon père Ḥusayn, Dieu lui donne de grands palais au paradis, là où il vit éternellement. », « à chaque croyant dont les yeux pleurent et dont les larmes coulent pour ce que nous [la famille de Ḥusayn] avons subi de la main de nos ennemis, Dieu préparera une place dans ses palais au paradis et le protégera de toute souffrance, du feu de l’enfer et de sa colère au Jour du Jugement. »[18] Ainsi les pleurs deviennent une source de salut nourrie par la conscience de ce qui est considéré comme la plus grande et la plus dramatique injustice de l’Histoire.

Lorsque les anges et les djinns envoyés à son secours lui proposèrent leur aide, Husayn refusa en répondant que Dieu « l’avait choisi depuis la création du ciel et de la terre pour être un refuge, un espoir pour ses partisans et un intercesseur au Dernier Jour »[19]. Une fois de plus, un parallèle peut être fait avec Jésus qui accepte son sort et refuse d’utiliser ses capacités pour se libérer et fuir. La théologie chiite considère que Dieu voua Husayn au martyre dès la création dans le but de sauver les hommes en devenant une « arche de salut » par le sacrifice de sa vie.[20] Le huitième Imâm, Riḍā, compare le sacrifice de Husayn avec celui d’Abraham dans le but de racheter toutes les générations antérieures, Husayn étant un descendant d’Ismaël qui ne fut lui point sacrifié : « notre Prophète n’aurait pas existé, ni aucun imām ou prophète descendant d’Ismaël. »[21] Le religieux iranien du 17ème siècle Al-Majlisī déclare à ce propos : « en échange de sa mort violente et en récompense, Dieu accorda à Ḥusayn une descendance constituée d’une lignée d’imāms, ainsi que des guérisons et des prières exaucées sur sa tombe. »[22]

Mohammad-Ali Amir-Moezzi rappelle dans son ouvrage Le guide divin dans le shî’isme originel les propos du huitième Imâm ‘Alî al-Ridâ :

« Le huitième imâm, ‘Alî al-Ridâ, en se référant au Coran XXXVIII, al-Sâffât/107 et à l’acte d’Abraham voulant sacrifier son fils pour accomplir la Volonté divine, définit l’acte d’al-Husayn comme étant « le Grandiose Sacrifice » (al-dhibh al-‘azîm) aux dimensions messianiques. »[23]

Contrairement au christianisme pour qui Jésus est divinisé, ni le Prophète, ni Husayn ne furent jamais divinisés. Cependant, nous approchons tout de même de la notion de rédemption sous une forme différente de celle perçue par le christianisme. Ameer Jaje nous rappelle que la « tradition chrétienne nous dit que le Christ est plus qu’un homme, il est « Fils de Dieu » ; ce qui se passe en cet homme se passe entre Dieu et Dieu, et c’est Dieu, en lui, qui réconcilie, c’est-à-dire qui sauve le monde. »[24]

La tragédie de Karbalā’ appartenant au plan divin, la mort de Husayn et des siens, ainsi que les injustes persécutions que subirent les Quatorze Immaculés paraissent être le fondement de l’attitude martyrologique du chiisme. Dans ce cas, il ne s’agit pas de quelque chose qui se passe « entre Dieu et Dieu », mais entre Dieu et l’humanité, conférant à Husayn un rôle d’intercesseur au Jour du Jugement qui permet aux chiites d’obtenir le salut par son intercession. De plus, un sentiment d’oppression permanente s’installant chez les chiites, les cinquième et sixième Imâms Muḥammad al-Bāqir (57-126 / 676-743) et Ja‘far al-Ṣādiq (84-148 / 703-765) méditèrent de leur situation une réflexion sur les concepts de rédemption et d’intercession.

C) Le rôle d’intercesseurs des Douze Imâms dans la dévotion populaire chiite

Nous avons constaté que la souffrance endurée par Husayn revêt un aspect rédempteur commémoré par les chiites afin de témoigner de leur compassion envers l’Imâm et d’affirmer leur adhésion à sa cause. Cet amour témoigné à Husayn s’insère dans un amour témoigné à l’ensemble des Ahl al-Bayt, c’est-à-dire les membres de la famille du Prophète, à savoir les Quatorze Immaculés (ou Quatorze Impeccables) ; c’est là un élément fondamental de la foi chiite que d’aimer la sainte famille pour témoigner de la sorte son attachement aux défenseurs d’un Islam véritable et juste pour lequel le sacrifice du troisième Imâm n’est pas vain. La sainte famille est elle-même désignée par Dieu comme intercédant pour les humains au Jour du Jugement, comme en témoigne un hadith du cinquième imām Muḥammad al-Baqir rapporté par Ameer Jajé :

« […] Fāṭima, au Jour du Jugement, se plaçant devant les portes de l’Enfer pour observer les hommes qui se présentent devant elle. En fonction des actions qu’ils ont accomplies sur terre, est indiqué sur leur front s’ils sont croyants ou mécréants. Les croyants sont sauvés, mais parmi les pécheurs, Fāṭima intercède pour ceux qui ont entre leurs yeux le mot muhib (ceux qui aiment les Chiites) en disant : « ô mon Seigneur tu m’as appelé Fāṭima et tu nous as protégés moi et ma descendance […]. Ceux qui acceptent notre willaya (sainteté) seront exemptés du feu de l’Enfer »[25].

Le rôle des Quatorze Immaculés est analogue à celui de Jésus-Christ immolé sur la Croix en rachat des péchés de l’humanité. Cependant, ce rôle d’intercesseur va même beaucoup plus loin puisque Fâtima reçoit de Dieu le droit d’annuler Son jugement en interférant dans la condamnation et en sauvant le croyant qui aura sincèrement témoigné de son amour pour la sainte famille. Plus qu’un rôle de rédempteur, les Quatorze Impeccables intercèdent auprès de ceux qui leur auront témoigné leur attachement et leur fidélité.

C’est dans cette optique que Henry Corbin décrit l’Imâm comme l’A’râf, ce « mystérieux rempart » séparant l’Enfer du Paradis :

« Ce thème nous renvoie aux versets qorâniques faisant allusion au mystérieux rempart dressé entre le Paradis et l’Enfer : l’A’râf, qui donne son nom à la 7ème sourate (versets 44-45) : « Sur l’A’râf se tiennent des hommes qui reconnaissent chacun à sa physionomie » (7 : 44). Un disciple rapporte la déclaration que le VIème Imâm (répétant lui-même un propos du Ier Imâm) donne en réponse à quelqu’un qui l’interroge sur les hommes de l’A’râf : « C’est nous (les Imâms) qui sommes sur l’A’râf ; nous reconnaissons nos compagnons à leurs visages. Et nous sommes nous-mêmes l’A’râf, car Dieu ne peut être objet de connaissance que si l’on passe par notre connaissance. Et nous sommes l’A’râf, car au Jour de la Résurrection, nous sommes ceux que Dieu connaît comme étant la Voie (sirât). N’entre dans le Paradis que celui qui nous connaît et que nous-mêmes connaissons. N’entre dans le Feu que celui qui nous renie et que nous-mêmes nous renions. Si Dieu Très-Haut l’avait voulu, il se serait fait connaître lui-même aux hommes. Cependant il a fait de nous ses Seuils, sa voie, son chemin, la Face vers laquelle il faut s’orienter. Aussi celui qui s’écarte de notre walâyat (c’est-à-dire nous refuse sa dévotion d’amour), ou donne à d’autres la préférence sur nous, celui-là s’écarte de la Voie. »[26]

Nombre de textes chiites vont d’ailleurs dans ce sens : les Imâms jouent un rôle capital jusque dans la sentence du Jugement après avoir accompagné le croyant tout au long de son existence terrestre. Ces idées, profondément ancrées dans la croyance populaire, se découvre dans les rites en l’absence d’une théologie concrète ; bien que le chiisme n’expose pas de doctrine théologique sur ce sujet, ces idées trouvent leurs illustrations dans les pratiques rituelles et la dévotion qui en découle.

Mohammad-Ali Amir-Moezzi nous rappelle le rôle fondamental des Imâms dans le chiisme comme un pôle dépassant de loin la simple fonction de guide spirituel, dénué de toute volonté politique de s’emparer du pouvoir temporel :

« Par ailleurs, du point de vue phénoménologique c’est-à-dire en se fondant sur le corpus ancien imâmite, on peut se rendre compte que le cas du troisième imâm se présente, sur un plan doctrinal, plus complexe que celui d’un insurgé contre le pouvoir omeyade. En effet, on le sait, selon l’enseignement des imâms, le corpus de ces derniers constitue un tout indissociable ; dans cet ensemble, considéré comme uni et cohérent, chaque imâm « présent » (lâhiq) est l’exégète de ses prédécesseurs (sâbiq), dévoilant le vrai sens et les vraies intentions de leurs actes et paroles. En ce qui concerne le cas d’al-Husayn, à ma connaissance, aucun de ses successeurs n’a interprété son attitude à Karbalâ’ comme étant un acte « politique », visant à renverser le pouvoir en place. L’acte de l’imâm était, selon ses propres successeurs, celui d’un Ami de Dieu (walî), accomplissant sa destinée selon la Volonté de l’Aimé (mawlä). »[27]

Plus loin dans son ouvrage, il cite un hadith du Prophète s’adressant à ‘Alî, dans lequel quelque chose se dévoile sur les Imâms, quelque chose de plus transcendant qu’un simple rôle politique ou qu’un simple rôle de figure de dévotion :

« On peut encore, dans le même ordre d’idée, citer cette tradition du Prophète rapportée par al-Kulaynî : le Prophète dit à ‘Alî : « Quelque chose en toi ressemble à Jésus fils de Marie et si je ne craignais pas que certains groupes de ma Communauté ne disent ce qu’ont dit les chrétiens au sujet de Jésus, je révélerais quelque chose à ton sujet qui aurait fait que les gens ramasserait la poussière de tes pas afin d’en recevoir la bénédiction […] », al-Rawda, I/81. »[28]

Nous comprenons que l’Imâm est pour les chiites bien plus qu’un simple représentant : il est au cœur de la foi et de son vécu. Le salut du croyant est intrinsèquement lié à l’intercession de la Sainte Famille et particulièrement celle de Husayn qui témoignera de la compassion éprouvée des croyants envers son martyre et sa souffrance. C’est là un privilège accordé par Dieu en consolation de l’oppression et de l’humiliation qu’ils subirent au cours de leurs existences terrestres.

Conclusion

Nous avons vu au cours de ce travail les nombreuses similitudes entre Jésus-Christ et le troisième Imâm chiite Husayn, tout deux sacrifiés sur l’autel de la Vérité pour que celle-ci triomphe et que la Révélation prenne son sens. Tout deux furent des martyrs ayant affronté la peur de la mort avec le courage et la confiance de leur foi devant l’injustice et le tragique de leurs martyres pour défendre la vérité et la justice contre le mensonge et la manipulation par l’instrumentalisation de la religion.

La conception chiite de l’intercession ne contredit cependant pas les enseignements de l’Islam en matière de salut puisque le salut du croyant demeure toujours basé sur ses actions individuelles et le mérite de celles-ci ; pourtant, le témoignage de son amour envers ceux qui ont souffert de l’injustice et de la haine, à savoir les Gens de la Demeure, constitue une forme de rédemption pour celui qui se sera attaché à eux et qui se manifestera par leur intercession en sa faveur.

Ces notions de rédemption et d’intercession existent toutefois sans qu’aucune doctrine n’ait été formulée de manière précise comme cela est le cas dans le christianisme.

Bibliographie

AMIR-MOEZZI, Mohammad-Ali, Le guide divin dans le shî’isme originel, Paris, éd. Verdier, 2007.

Bible de Jérusalem, éd. Mame/Fleurus/Cerf, 2008.

Le Coran, traduction de Albert Félix Ignace de Biberstein Kasimirski, éd. Points, 2014.

CORBIN, Henry, En Islam iranien. Aspects spirituels et philosophiques, 4 tomes, Paris, éd. Gallimard, col. Tel, 1991.

JAJE, Ameer, Le chiisme – Clés historiques et théologiques, éd. Domuni Press, 2019.

Notes complémentaires :

1 – Le mot mollâ désigne un religieux shî’ite. La lettre h en fin de mot n’existe pas en persan ; son rajout en langue française provient peut-être de l’influence de l’orthographe des mots Allâh et ayatollâh. A noter que le mot mollâ est très peu usité en Iran, principalement utilisé dans les traductions ou dans les surnoms de certaines célébrités iraniennes, le mot désignant les religieux étant âkhound. Son équivalent sunnite est ouléma.

2 – Concernant l’auteur cité « Al-Khawārizmī » que nous présentons comme un « encyclopédiste », Ameer Jajé nous a informé d’une confusion de notre part : il ne s’agit pas de l’encyclopédiste Muhammad Ibn Mūsā al-Khuwārizmī (780-850), mais bien de l’auteur shî’ite Abu al-Mu’ayyad al Muwaffaq ibn Ahmad al-Makkī Al-Khawārizmī  (1091 -1172).

3- Comme le précise Ameer Jajé, l’expression « un saint sacrifié sur autel de la Vérité » est purement chrétienne et n’est guère employée par les Shî’ites.    


[1] JAJE, Ameer, Découvrir le Chiisme – Deuxième partie, étape 1, p. 3.

[2] Bible de Jérusalem, Evangile selon Saint Matthieu, I ; 18-25

[3] JAJE, Ameer, op.cit., étape 1, p. 4.

[4] Bible de Jérusalem, Evangile selon Saint Luc, I ; 26-38.

[5] JAJE, Ameer, op.cit., étape 1, p. 5-6.

[6] JAJE, Ameer, op.cit., étape 1, p. 7.

[7] Bible de Jérusalem, Evangile selon Saint Luc, 7 ; 11-17. Un autre récit de résurrection est cité dans l’Evangile selon Saint Marc, 5 ; 21-24, 35-43.

[8] JAJE, Ameer, op.cit., étape 1, p. 7.

[9] Bible de Jérusalem, Evangile selon Saint Luc, 4 ; 38-39.

[10] JAJE, Ameer, op.cit., étape 1, p. 8-9.

[11] Bible de Jérusalem, Evangile selon Saint Matthieu, 26 ; 36-46.

[12] Bible de Jérusalem, Evangile selon Saint Luc, 12 ; 49-50.

[13] Bible de Jérusalem, Evangile selon Saint Matthieu, 27 ; 51-54. Cette obscurité est aussi rapportée dans l’Evangile selon Saint Marc, 15 ; 33 et l’Evangile selon Saint Luc, 23 ; 44.

[14] JAJE, Ameer, op.cit., étape 1, p. 10.

[15] JAJE, Ameer, op.cit., étape 5, p. 10.

[16] Le Coran, 6, 164.

[17] Le Coran, 35, 19.

[18] JAJE, Ameer, op.cit., étape 5, p. 4.

[19] JAJE, Ameer, op.cit., étape 5, p. 14 et 15.

[20] JAJE, Ameer, op.cit., étape 5, p. 12 et 13.

[21] JAJE, Ameer, op.cit., étape 5, p. 13.

[22] JAJE, Ameer, op.cit., étape 5, p. 14-15.

[23] AMIR-MOEZZI, Mohammad-Ali, Le guide divin dans le shî’isme originel, Paris, éd. Verdier, 2007, p. 167.

[24] JAJE, Ameer, op.cit., étape 5, p.16.

[25] JAJE, Ameer, op.cit., étape 5, p. 17.

[26] CORBIN, Henry, En Islam iranien. Aspects spirituels et philosophiques, tome 1 Le Shî’isme duodécimain, Paris, éd. Gallimard, col. Tel, 1991, p. 310-311.

[27] AMIR-MOEZZI, Mohammad-Ali, op.cit., p. 166-167.

[28] AMIR-MOEZZI, Mohammad-Ali, op.cit., p.314, n. 689.