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France-Iran Histoire

Quand Brigitte Bardot entretenait une liaison avec le Shah d’Iran

Ce 28 décembre 2025 vient de s’éteindre Brigitte Bardot, considérée comme une icône du cinéma français. Si les hommages et les critiques affluent, il apparaît un épisode de la vie de Brigitte Bardot totalement inconnu en France mais bien documenté en Iran : sa liaison avec Mohammad Reza Shah Pahlavi.

Brigitte Bardot Iran
Brigitte Bardot en couverture d’un magazine iranien des années 1970.

Le Shah d’Iran en Suisse

Mohammad Reza Shâh Pahlavi avait pour habitude de passer ses vacances d’hiver dans la luxueuse station de ski suisse de Saint-Moritz, lieu fréquenté par les « grands » de ce monde et la jet-set, où il était propriétaire d’une résidence.

Dans son ouvrage L’Histoire des Pahlavi (1978), l’historienne irano-allemande Ingeh Bihân (اینگه بیهان) rapporte que les employés de la cour impériale avaient mis en place un vaste réseau de prostitution afin de s’attirer les faveurs royales. Celui-ci consistait à amener régulièrement les plus belles et célèbres femmes d’Europe et d’Amérique en Iran ou en Suisse.

Famille Pahlavi à Saint-Moritz (6 février 1969)
La famille Pahlavi en vacances d’hiver à Saint-Moritz, le 6 février 1969.

Madame Bihân rapporte notamment le témoignage de Madame Minou Samimi (مینو صمیمی), secrétaire de l’ambassade d’Iran en Suisse de 1967 à 1973 et plus tard secrétaire spéciale de Farah Pahlavi aux affaires internationales. Madame Samimi, née en décembre 1946, s’avère également la fille de Sâdeq Samimi, qui fut notamment directeur du Musée de l’Iran ancien. Ce témoin de premier plan décrit le rôle des proches de Mohammad Reza Pahlavi mais également la préparation des femmes et leur accompagnement vers sa chambre.

« Les employés de la Cour impériale, qui avaient constitué un réseau de services féminins afin de s’attirer les faveurs du roi, transportaient régulièrement les femmes les plus belles et les plus célèbres d’Europe et d’Amérique entre l’Europe et l’Iran. Muni de billets aller-retour depuis les capitales de Londres, Paris, Bruxelles, Genève, Hollywood, etc., ces femmes étrangères s’envolaient pour Téhéran, où elles étaient accueillies à l’aéroport de Mehrâbâd par un représentant du réseau, puis conduites directement de l’aéroport à l’une des villas de Shemirân. La plupart d’entre elles n’avaient le temps que de se changer une fois entrées dans la villa, car l’étiquette de la cour ne leur permettait pas de faire attendre le Shâh trop longtemps ! »

روایت کارمند اسبق سفارت ایران در برن از رابطه شاه با «بریژیت باردو» (« Ancien employé de l’ambassade d’Iran à Berne : récit de la relation du Shâh avec Brigitte Bardot »), Câfetârikh, 18 juin 2016.

Quand Brigitte Bardot rencontre le Shah d’Iran

Madame Samimi livre un témoignage complet que nous proposons au lecteur de découvrir :

« Normalement, la première escale du roi et de la reine en Suisse était la ville de Zurich, si bien que chaque année avant le début de la visite du roi, un hôtel complet de deux étages était loué au Grand Hôtel Dölder pour deux mois. […] Plus tard, l’hôtel Dölder à Zurich fut immédiatement transformé en installation administrative temporaire afin de maintenir une liaison permanente entre Téhéran et Saint-Moritz via divers employés du ministère des Affaires étrangères, du ministère de la Cour et de l’Organisation de sécurité.

Les ordres du Shâh furent envoyés par son bureau spécial à Saint-Moritz, situé à l’hôtel Sverta, au quartier général de l’hôtel Dölder à Zurich, et de là ils furent informés aux autorités de Téhéran. Les bureaux de Saint-Moritz et Zurich disposaient de plusieurs lignes téléphoniques et télex dédiées qui communiquaient directement entre eux et Téhéran 24 heures sur 24. En dehors de cela, pendant tout le séjour du roi et de la reine en Suisse, de nombreux avions privés circulaient également entre Téhéran et Zurich. En plus de transporter les courtisans et les fonctionnaires du pays, ils transportaient quotidiennement toutes sortes d’articles nécessaires au Shâh et à son entourage (tels que des manteaux de fourrure, de la nourriture, des biens de consommation et même des boissons alcoolisées) d’Iran vers la Suisse et inversement.

À l’hiver 1968, après une manifestation contre le Shâh devant le Grand Hôtel Dölder de Zurich, le Shâh ordonna à l’ambassade d’Iran de lui fournir une villa luxueuse à Saint-Moritz. Nous n’avons jamais trouvé un endroit plus approprié pour que le roi et la reine séjournent que la Villa de Sverta.

[…]

Après avoir examiné attentivement la villa et tous les aspects de l’œuvre, nous avons envoyé une description détaillée de ses caractéristiques ainsi que de nombreuses photographies à la cour du Shâh à Téhéran. Peu après, le Shâh chargea l’ambassade de conclure un accord pour l’achat de la villa Sverta puis d’effectuer les réparations et modifications nécessaires pour la préparer pour son voyage d’hiver l’année suivante. L’achat de la villa, ainsi que les rénovations et modifications de sa décoration intérieure (réalisées par des célèbres designers français et danois), ont coûté environ 3 millions de livres sterling, jusqu’à ce qu’à l’hiver 1970, le roi et la reine puissent séjourner à la villa Sverta, malgré les vives critiques du peuple suisse concernant toute cette extravagance.

À l’hiver 1971, lorsque le roi et la reine sont venus pour la deuxième fois à la villa Sverta, j’ai été convoqué par la reine Farah. Cette rencontre fut ma première rencontre directe avec la « Cour d’Hiver d’Iran ».

Je suis allé à Saint-Moritz pour rencontrer la reine Farah dans l’une des Rolls-Royce du roi, dont le Shâh possédait plusieurs autres voitures en Suisse. L’ambassade d’Iran était responsable de toutes les entretenir. Ce que j’ai remarqué à propos de la Rolls-Royce qui m’a mené à Saint-Moritz, c’est que tous les éléments métalliques sur le tableau de bord et les poignées étaient en or pur.

Quand je suis monté dans la Rolls-Royce du roi et que j’ai cru être assis à l’endroit où le roi et la reine étaient assis ensemble, je me suis immédiatement rappelé un incident que l’ambassadeur m’avait raconté plus tôt : lorsque le roi et la reine étaient venus pour la première fois après avoir acheté et préparé la villa Sverta, le roi s’y adressa sur un ton à moitié plaisantant en entrant dans sa chambre très élégante et luxueuse. « Tu crois que je dors dans la même chambre que l’impératrice ? » dit-il à l’ambassadeur. Alors que la reine fut visiblement contrariée par les propos désagréables du Shâh, le général Ayâdi et Asadollâh Alam s’inclinèrent immédiatement en signe d’approbation des paroles du Shâh puis réprimandèrent l’ambassadeur.

L’ambassadeur, qui ne savait pas comment il avait pu commettre cette grave erreur après environ dix ans à présider les formalités de la Cour, m’a dit : « La procédure habituelle au palais royal était que l’empereur dormait dans un appartement spécial la nuit, à l’écart de l’impératrice », et comme je savais que le médecin du roi ne devait jamais le laisser seul, j’ai demandé à l’ambassadeur : « Alors, où dormez-vous la nuit ? » Il répondit : « À côté de la chambre du roi. »

[…]

Bien qu’il ait déjà beaucoup neigé, grâce au très beau temps et à la route propre, je suis arrivé à Saint-Moritz bien plus tôt que prévu. Je suis sorti de la Rolls-Royce devant l’hôtel Sverta et j’ai dit au chauffeur de m’attendre devant la villa du Shâh. J’ai demandé au guide de l’hôtel de l’ambassadeur iranien et il m’a guidé jusqu’au bar de l’hôtel. J’ai délicatement ouvert la porte de l’entrée du bar, qui était fermée, et j’y suis entré. Au début, je suis resté debout quelques instants et j’ai regardé autour de moi en serrant le dossier dans mes bras. Dans un coin du petit bar de l’hôtel, j’aperçus l’ambassadeur, assis à une table avec trois autres hommes et une très belle femme aux cheveux d’or. Je reconnus immédiatement les hommes : l’un était le docteur Ayâdi, médecin personnel du Shâh, le deuxième Ardeshir Zâhedi, ministre des Affaires étrangères, et le troisième Amir Asadollâh Alam, ministre de la Cour impériale. Ardeshir Zâhedi avait posé la main sur l’épaule de la femme aux cheveux d’or et, tout en racontant des plaisanteries, il tentait manifestement de la séduire par les méthodes orientales. L’ambassadeur traduisait les propos de la femme aux cheveux d’or. Les paroles d’une femme, traduites du français au persan, étaient suivies des réponses d’Ardeshir Zâhedi en anglais. Le docteur Ayâdi et Asadollâh Alam écoutaient également leurs paroles avec grand plaisir, ponctuant parfois leurs conversations d’éclats de rire. La femme aux cheveux d’or fut la première à remarquer ma présence et me sourit aussitôt. Ses yeux bruns en amande me parurent familiers, comme si je l’avais déjà vue quelque part. En me concentrant, je réalisai qu’il s’agissait de Brigitte Bardot, la célèbre actrice française.

Au bout d’un moment, lorsque les yeux de l’ambassadeur se posèrent enfin sur moi, il bondit comme un printemps et m’accueillit à bras ouverts. Puis il m’a rapidement emmenée hors du bar avec lui et s’est assis à côté de moi dans un coin du hall d’entrée de l’hôtel et a dit : « Puisque l’heure de rendez-vous avec la Reine est fixée à 16 heures et qu’il reste encore assez de temps, il vaut mieux discuter un peu pour l’instant. »

L’ambassadeur commanda d’abord du thé puis commença à étudier les dossiers que j’avais apportés. Pendant qu’elle buvait le thé, je lui ai demandé l’identité de la femme blonde, mais comme s’il n’avait pas entendu ma question, il a soulevé quelques questions concernant les papiers du dossier et a préféré ne pas parler de la femme blonde…

Quelques jours plus tard, le Docteur Loqmân Ad’ham m’a emmené avec lui à l’hôtel Schweitzerhof à Berne pour rencontrer l’ambassadeur iranien en Autriche (qui devait séjourner quelques jours à Berne). C’est là que mon hypothèse sur l’identité de la femme dorée de l’hôtel Sverta a été confirmée, car au final, le Docteur Loqmân Ad’ham a avoué qu’elle n’était autre que Brigitte Bardot et qu’elle avait l’intention de rencontrer le Shâh en privé, mais bien sûr, je n’ai jamais résolu la question de la rencontre privée entre le Shâh et Brigitte Bardot qui a été tenue hors des yeux des journalistes suisses curieux et des rumeurs, et rien n’a été publié. C’est grâce à l’entourage du Shâh (Zâhedi, Alam, Ayâdi et Ad’ham) qui a pu cacher la véracité de l’histoire aux yeux des journalistes en créant une scène de rires et de farces avec Brigitte Bardot dans le bar de l’hôtel. »

بریژیت باردو در ویلای زمستانی محمدرضا پهلوی | حکایت عیاشی‌های شاه در مطبوعات اروپایی (« Brigitte Bardot dans la villa d’hiver de Mohammad Reza Pahlavi | L’histoire du roi dans la presse européenne »), Hamshahri Online, 29 janvier 2024.

Sources :

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Histoire Religion et Spiritualité Société

Les Juifs iraniens : histoire du judaïsme en Iran

Alors que de nombreuses idées préconçues circulent à propos des Juifs et du judaïsme en Iran, le public occidental perçoit souvent ce pays comme un hostile aux Israélites en raison du contexte géopolitique entre l’Iran et Israël. Cependant, ce stéréotype est en réalité totalement erroné et trompeur.

Les Juifs d’Iran, photographie d’Alfred Yaghobzadeh

L’Iran est le seul pays du monde où cohabitent les quatre religions monothéistes. Bien que la majorité de la population (environ 90 %) pratique l’islam chiite duodécimain, on trouve également des communautés sunnites, principalement issues des minorités kurde, turkmène et baloutche. Parmi les autre religions figurent les Zoroastriens, les Chrétiens (issus des églises assyrienne, chaldéenne et arménienne), ainsi que les Juifs.

Les Juifs et le judaïsme en Iran

Dans cet entretien avec Pierre-Yves Rougeyron, Morgan Lotz, spécialiste des études iraniennes, démêle les idées reçues sur les relations entre l’Iran et les Juifs. De Cyrus le Grand à la République islamique, en passant par le rôle méconnu de l’Iran pendant la Seconde Guerre mondiale, découvrez une histoire millénaire marquée par la tolérance, les échanges culturels et une coexistence souvent ignorée. Une analyse nuancée qui remet en perspective les tensions géopolitiques actuelles.

Sommaire :

  • 00:00:00 Introduction – Pourquoi parler des Juifs en Iran ?
  • 00:07:18 Les racines anciennes : Cyrus le Grand, le Talmud de Babylone et l’héritage zoroastrien
  • 00:21:24 L’Iran pendant la Seconde Guerre mondiale : le « Schindler iranien » et la protection des Juifs
  • 00:38:36 La place des Juifs sous la République islamique : droits, représentation et participation à la révolution de 1979
  • 00:58:51 Les minorités religieuses en Iran aujourd’hui : synagogues, églises et temples zoroastriens
  • 01:02:42 Mahmoud Ahmadinejad et les malentendus médiatiques : antisionisme vs antisémitisme
  • 01:07:26 Pourim, Esther et Mardochée : comment l’histoire biblique résonne en Iran
  • 01:10:06 SAVAK, Mossad et tensions israélo-iraniennes : les cicatrices de l’Histoire

Histoire des Juifs et du judaïsme en Iran

735 avant Jésus-Christ : première déportation des Israélites vers l’Iran suite à leur défaite face à Salmanasar V, roi d’Assyrie. 

622 avant Jésus-Christ : les Israélites de Babylone sont déportés vers l’empire mède par le roi assyrien Assurbanipal. Le Deuxième Livre des Rois et la tradition orale des Juifs d’Ispahan et de Médie mentionnent cet évènement.

539 avant Jésus-Christ : Cyrus II, dit Cyrus le Grand, fondateur de l’empire achéménide, conquit Babylone et libère les Juifs de leur captivité. Il leur permet de retourner à Jérusalem pour reconstruire le Temple.

C’est durant les époques arsacide (250 avant Jésus-Christ – 224 après Jésus-Christ) et sassanide (224-651) que furent rédigées la Michna et la Guémara du Talmud de Babylone.

L’héritage iranien dans le judaïsme

Le zoroastrisme, fondement du monothéisme, précède les prophètes juifs. Son influence sur le judaïsme commence au VIème siècle avant Jésus-Christ, lorsque le roi iranien Cyrus le Grand libéra les Juifs de la captivité après avoir conquis Babylone et facilita leur retour en Palestine d’où ils étaient originaires. Cyrus décréta à tous les peuples de son empire la liberté de croyance, de coutumes et de langue :

« J’ai accordé à tous les hommes la liberté d’adorer leurs propres dieux et ordonné que personne n’ait le droit de les maltraiter pour cela. J’ai ordonné qu’aucune maison ne soit détruite. J’ai garanti la paix, la tranquillité à tous les hommes. J’ai reconnu le droit de chacun à vivre en paix dans le pays de son choix. »

Ismaël Quiles, « Analyse des principes énoncés dans le cylindre de Cyrus », Acta Iranica, t. I, 1973, et Wilhelm Eilers, « Les textes cunéiformes du cylindre de Cyrus », Acta Iranica, t. II, 1974.

Deux livres de l’Ancien Testament mentionnent cet épisode historique : le livre d’Esdras (1;1-8) et le livre d’Isaïe (44;28 à 45;3).

Inauguration le 15 décembre 2014 du monument en hommage aux martyrs juifs de la guerre imposée par l’Irak (1980-1988)

Le patrimoine du judaïsme en Iran

Le patrimoine juif en Iran s’avère aussi important que méconnu. Hormis 25 synagogues réparties dans le pays, dont certaines possèdent une école hébraïque, d’autres monuments attestent de la présence du judaïsme dans le pays :

  • Suse : tombeau du prophète Daniel ;
  • Hamadan : mausolée d’Esther et Mardoché ;
  • Province de Tuyserkan : mausolée d’Habakuk ;
  • Nahavand : mausolée de Musa Ben Bary ;
  • Semnan : mausolée d’Abraham Ben Ezra ;
  • Qazvin : place des Prophètes où seraient enterrés quatre prophètes juifs ;
  • Yazd : tombe de l’érudit juif Harav Ohr Shraga ;
  • Kashan : tombe de l’érudit juif Hakham Moshe Halevi ;
  • Saqqez (Kurdistan iranien) : bazar juif ;
  • Téhéran : tombes des martyrs juifs de la guerre imposée à l’Iran par l’Irak (1980-1988) ;
  • Téhéran : deux restaurants casher, un hôpital, une maison de retraite et un cimetière juifs, ainsi qu’une bibliothèque juive abritant 20 000 livres ;
  • Ispahan : cimetière juif abritant plus de 2000 tombes ;
  • Province d’Ispahan : tombe de Sarah bat Asher, petite-fille de Jacob, au cimetière juif de Pir Bakran, datant du IIème siècle.
Tombes de martyrs juifs de la guerre imposée par l’Irak (1980-1988)

Enfin, une rue particulière de Téhéran doit être mentionnée : il s’agit de la rue Si-é-Tir. Preuve et témoignage de l’histoire religieuse de l’Iran, il s’y trouve le temple du feu Adorian, un lycée zoroastrien, la synagogue Haïm, les églises Saint Pierre et Sainte Marie et la mosquée Abraham.

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Art et Littérature Religion et Spiritualité

Le ta’zieh dans le village de Hesar Kharvan

Le mercredi 2 juillet 2025 se tînt une représentation de la tragédie religieuse (ta’zieh) ainsi que du théâtre traditionnel au Tekyeh Hadj Samad Taqavi, dans le village de Hesar Kharvan.

La tradition du ta’zieh dans ce village de la province de Qazvin remonte à plusieurs siècles, faisant de cet endroit un centre incontournable pour la formation de grands acteurs de cette pratique théâtrale sacrée.

 ta’zieh Hesar Kharvan

Le village de Hesar Kharvan

Les principales activités des habitants de Hesâr Kharvân (حصارخروان) sont l’agriculture, l’élevage et l’industrie. Parmi les produits les plus importants du village figurent les céréales, les betteraves sucrières et les raisins.

 ta’zieh Qazvin

Ses habitants parlent principalement le tati de Kharvan, leur langue maternelle, tandis qu’ils utilisent le persan comme langue véhiculaire.

 ta’zieh théâtre religieux Hesar Kharvan

Mais le village de Hesar Kharvan est surtout renommé par sa représentation d’un art théâtral propre à l’Iran chiite : le ta’zieh.

Le ta’zieh, représentation théâtrale du drame de Karbala

Le ta’zieh (تعزیه) est un genre théâtral spécifique en Iran. Il est consacré à la commémoration du martyre de l’Imâm Hossein durant les dix premiers jours du mois de mouharram. Son point culminant a lieu le dixième jour, celui-ci étant connu sous le nom d’Achoura.

 ta’zieh Hesar Kharvan

Ce spectacle met principalement en avant le chant et la musique. Il s’agit d’une forme théâtrale religieuse traditionnelle, comparable aux mistères chrétiens datant du Moyen-Âge.

L’origine du ta’zieh remonte au Xème siècle. Il connaît un essor significatif aux XVIème et XVIIème siècles, durant la dynastie safavide. Sa forme contemporaine, quant à elle, s’est principalement développée à l’époque qâdjâre au XIXème siècle.

 ta’zieh mistère chiisme

C’est d’ailleurs à cette période que fut érigé à Téhéran le premier théâtre dédié à la représentation officielle du ta’zieh. Cet évènement marque une étape importante dans la formalisation et la diffusion de cette tradition.

Un magnifique album de photographies de Hossein Gholikhani à découvrir :

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Négâh Religion et Spiritualité

Disparition de Claude Gilliot, islamologue spécialiste du Coran

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition du père Claude Gilliot, survenue le samedi 15 mars 2025. Religieux dominicain (O.P.), il fut également linguiste et professeur émérite en islamologie et en langue arabe, parmi les plus éminents spécialistes du Coran et de son exégèse.

Claude Gilliot

Nous eûmes l’immense honneur de l’avoir comme professeur d’exégèse coranique au sein de la Faculté de théologie et de sciences religieuses des Dominicains. C’est avec émotion que Négâh® présente ses condoléances les plus sincères et s’associe à la douleur de sa famille.

Claude Gilliot, une vie consacrée à Dieu

Claude Gilliot naquit le 6 janvier 1940 à Guemps, dans le département du Pas-de-Calais. C’est au début des années 1960 qu’il entre au noviciat des dominicains au couvent du Saulchoir, avant de poursuivre sa formation dans les couvents dominicains de Beyrouth, Jérusalem et Le Caire. Titulaire d’un master en langue allemande, il étudie ensuite la sociologie avant de découvrir les études orientales auxquelles il se consacrera toute son existence.

Ses études islamiques débutent d’abord par une approche sociologique avant d’évoluer vers une analyse linguistique et exégétique. Il obtient en 1979 l’agrégation d’arabe et devient assistant à l’université Paris-IV en 1983. Il est titulaire de deux doctorats, dont un doctorat d’État obtenu en 1987. Intitulé Aspects de l’imaginaire islamique commun dans le Commentaire de Tabari, il eut comme directeur de thèse l’islamologue et philosophe algérien Mohammed Arkoun.

En 1988, Claude Gilliot devient professeur d’études arabes et d’islamologie à l’Université de Provence Aix-Marseille. Professeur émérite en 2008, il publia au cours de sa longue carrière de nombreux articles sur l’exégèse coranique et la théologie islamique de l’époque classique.

Un rôle fondamental dans l’étude du Coran

Claude Gilliot vécut pas moins d’une trentaine d’années au Caire. Il mena ses recherches au sein de l’université sunnite d’al-Azhar et participa aux travaux de l’Institut dominicain d’études orientales.

Sa contribution à la linguistique et l’étymologie arabe demeure des plus remarquables. Ce notamment en raison de sa maîtrise de plusieurs dizaines de langues et dialectes. Ses travaux permirent également de mieux comprendre le processus des chaînes de transmission (isnâd) des hadith, contribuant de la sorte à retracer les origines de la formation du Coran.

Citons enfin parmi ses travaux les plus célèbres Exégèse, langue, et théologie en Islam : l’exégèse coranique de Tabari (Vrin, 1990), L’exégèse du Coran en Asie Centrale et au Khorasan (Studia Islamica,‎ 1999) ou bien encore A schoolmaster, storyteller , exegete and warrior at work in Khurāsān : al-Ḍaḥḥāk b. Muzāḥim al-Hilālī (d. 106/724) (Oxford, 2013).

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Art et Littérature Sciences et Technologie Société

L’Iran deuxième quotient intellectuel (QI) le plus élevé du monde

En 2025, l’Iran se classe comme le deuxième pays du monde au quotient intellectuel (QI) le plus élevé. Ce résultat souligne les avancées significatives que le pays a réalisées dans des domaines essentiels tels que l’éducation, la nutrition et la santé publique.

Iran deuxième quotient intellectuel (QI) le plus élevé du monde 2024
Source : Registre international des QI, consulté le 6 janvier 2025

L’Iran deuxième quotient intellectuel (QI) le plus élevé du monde

À l’occasion d’un entretien avec l’IRNA, l’iranologue Morgan Lotz présente ces résultats. Il ne manque aucunement de rappeler combien l’Iran est un pays de connaissance et de science depuis 7000 ans.

En dépit des défis considérables auxquels l’Iran fait face, notamment les pressions internationales et les sanctions économiques sévères, le pays parvient à maintenir un niveau d’intelligence collective exceptionnel. Ce résultat illustre la résilience de la société iranienne et son aptitude à s’adapter et à innover, même dans des conditions difficiles.

Ce résultat des plus honorables témoigne de l’impact positif des investissements dans l’éducation et la santé. Malgré un environnement politique et économique compliqué, l’Iran continue de valoriser la connaissance et l’apprentissage, se traduisant par des performances intellectuelles remarquables.

Qu’est-ce que le quotient intellectuel ?

Le QI (Quotient Intellectuel) est une mesure de l’intelligence humaine. 98 % des individus ont un QI compris entre 70 et 130. 50 % de la population se situe dans la fourchette de 90 à 110. Seulement 2 % de la population affiche un score inférieur à 70 ou supérieur à 130. Ce phénomène est représenté par la courbe de Gauss, avec un écart-type de 15.

Différents facteurs peuvent affecter le QI moyen d’un pays tel que le taux élevés de maladies infectieuses, les habitudes alimentaires, les activités intellectuelles et les facteurs génétiques.

La génétique offre une base solide sur laquelle l’environnement peut agir. Ainsi, de bonnes prédispositions génétiques, combinées à un environnement favorable, tendent à accroître le quotient intellectuel.

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Négâh

Disparition de Nicolas Kœnig, du Cercle Fustel de Coulanges

C’est avec une immense douleur que nous avons appris la disparition brutale de Monsieur Nicolas Kœnig, président du Cercle Fustel de Coulanges.

Il nous avait invité à plusieurs reprises pour présenter des conférences sur l’Iran, notamment la toute première de notre carrière. C’est avec un immense plaisir que nous lui accordions notre temps, heureux de partager notre passion avec l’homme curieux qu’il était, jamais las d’apprendre et d’échanger la culture et le savoir. Il fut de ces esprits typiquement français qui savent faire résonner les mémoires des peuples en contant leurs histoires avec une voix chaleureuse.

Nous tenons à saluer sa mémoire et lui témoigner nos chaleureux remerciements pour son amitié. Passionné de nature et de randonnée, il nous a tragiquement quitté au cœur des montagnes des Vosges qu’il affectionnait tant, un 21 janvier comme le roi Louis XVI qu’il admirait, et dans sa 33ème année, l’âge du Christ, qu’il chérissait.

C’est avec émotion que Négâh® présente ses condoléances les plus sincères et s’associe à la douleur de sa famille, de ses proches et du Cercle Fustel de Coulanges.

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Négâh

Attaque informatique contre Négâh

Négâh connaît depuis quelques jours une attaque informatique via l’usage abusif de spam dans les commentaires. L’objectif de ce genre d’attaque consiste à saturer les serveurs du site internet afin de le bloquer et le rendre ainsi inaccessible.

Cette attaque informatique contre notre site internet Négâh a débuté le 29 décembre 2024. Elle s’est intensifiée le 1er janvier 2025, atteignant sa plus haute intensité en date des 2 et 3 janvier.

Il ne fait aucun doute que cette attaque informatique coïncide avec le cinquième anniversaire de l’assassinat du général Qassem Soleimani le 3 janvier 2020.

Les personnes ou l’organisation à l’origine de cette action hostile contre notre site internet ne sont pas identifiées.

Il est déplorable de constater que la recherche scientifique est menacée. Plus grave encore, elle est devenue la raison d’attaques aussi bien contre les outils de savoir que les chercheurs eux-mêmes.

Plus que jamais, la curiosité, le goût du savoir et l’exigence de la véracité doivent être défendus avec rigueur. C’est ce que nous poursuivrons.

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Nature et Géographie

Neige automnale à Ardabil

La neige automnale recouvre Ardabil, l’une des villes métropolitaines majeures d’Iran. Capitale de la province éponyme, elle se situe dans le nord-ouest du pays, au cœur de la région de l’Azerbaïdjan.

neige automnale Ardabil

Le spectacle de la neige automnale à Ardabil

Ville ancienne et chargée d’histoire, Ardabil (اردبیل) se situe à 220 kilomètres de Tabriz, 280 kilomètres de Zandjan et à 580 kilomètres de Téhéran. Sa proximité avec la frontière de la République d’Azerbaïdjan témoigne de sa position stratégique dans la région. Elle est également connue comme l’une des localités les plus froides d’Iran, offrant une variété d’attractions naturelles.

Ardabil neige automnale

Ardabil est une région riche en patrimoine historique, avec de nombreux monuments, bâtiments anciens et sites naturels d’intérêt. À seulement 12 kilomètres de la ville se trouve le village historique et touristique de Bârouq (باروق).

Tout au long de son histoire, Ardabil a porté divers noms tels que Dâr al-Irshâd (دارالارشاد), Dâr al-Molk (دارالملک), Dâr al-Ir’fân (دارالعرفان) ou bien encore Dâr al-Amân (دارالامان). Son emplacement stratégique sur la route de la soie lui permit de bénéficier d’une prospérité économique remarquable au fil des siècles.

Son origine remonte probablement à l’époque achéménide, comme en témoigne l’Avesta. Ce livre saint du zoroastrisme mentionne que Zoroastre serait né au bord de la rivière Araxe. Il aurait également rédigé ses textes dans les montagnes de Sabalân (سبلان).

Ardabil, une ville chargée d’histoire

Lors de l’invasion arabo-musulmane de l’Iran, Ardabil devient la plus grande ville de la région. Cependant, l’occupation arabe y est de courte durée, la région étant rapidement confrontée aux luttes de pouvoir entre les notables locaux. La prospérité d’Ardabil perdure jusqu’à l’invasion mongole en 1220, qui cause sa dévastation et sa destruction. Par la suite, Tabriz lui succède en tant que capitale régionale.

Ardabil neige automne

La renommée et l’importance d’Ardabil ne se limitent pas à son rôle de capitale pour plusieurs souverains iraniens. Elle est également célèbre pour être le lieu de naissance et de sépulture du fondateur de la congrégation safavide, sheykh Safi al-Din Ardabili. Avec l’ascension de la famille safavide, Ardabil acquit une stature exceptionnelle, bénéficiant d’un prestige politique, social et culturel notable. Elle joua un rôle central sous le règne de Tamerlan, ainsi qu’à l’époque safavide.

Plus tard, Shâh Ismail Ier lança une campagne pour s’emparer du pouvoir en Iran à partir de cette province. C’est cependant Tabriz qu’il choisira comme capitale en 1500. Ardabil conserve néanmoins son rôle de centre politique et économique majeur jusqu’à l’époque moderne.

En 1624, le marchand Fédot Afanassiévitch Kotov décrit la ville d’Ardabil et ses monuments dans son ouvrage intitulé Itinéraire de Moscou au royaume de Perse.

Au cours du XIXème siècle, la région connaît une importante présence russe, marquée par une série de conflits. La guerre russo-persane de 1804-1813, suivie du Traité de Golestan en 1813, puis la guerre russo-persane de 1826-1828 et le Traité de Turkmantchaï, ainsi que la guerre russo-turque de 1828-1829, illustrent cette période d’affrontements. Lors de ces événements, Ardabil est brièvement occupée par les forces russes, qui y pillent ses richesses culturelles, notamment la bibliothèque de Safi al-Din Ardabili, conservée jusqu’alors dans la ville, sous l’occupation du général Ivan Paskevitch.

Un magnifique album de photographies de Reza Zare à découvrir :

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Religion et Spiritualité Société

L’église Saint-Minas de Téhéran

Ce mardi 3 décembre 2024 s’est tenue à Téhéran la Journée de Saint-Minas en l’église éponyme. Celle-ci témoigne du christianisme arménien qui perdure encore aujourd’hui en Iran.

église Saint-Minas Téhéran

L’église Saint-Minas, connue en arménien sous le nom de Սուրբ Մինաս եկեղեցի et en persan comme کلیسای میناس مقدس, est une église apostolique arménienne emblématique située dans la capitale iranienne, Téhéran.

Ce monument religieux se trouve au sein du Fort arménien (قلعه ارامنه), dans la rue Ararat. Celle-ci se situe au nord du quartier de Deh Vanak (ده ونک), l’un des vieux quartiers de Shemiran, dans la zone verte du nord de Téhéran.

L’église Saint-Minas, un héritage chrétien en Iran

La genèse de cette église remonte à 1856, lorsque Mirza Yousef Khan Mostofi ol-Mamalek décida de financer à ses propres frais la construction d’une modeste chapelle.

chrétiens Iran

Cet homme d’État, qui fut le grand vizir d’Iran pendant le règne de Nasser al-Din Shah, destina son œuvre à la communauté arménienne. Cette dernière, originaire de la province de Tshâharmâl et Bakhtiâri, s’installa dans le fort arménien du village de Deh Vanak.

église Saint-Minas Téhéran christianisme Iran

Le bâtiment que nous connaissons aujourd’hui fut achevé en 1875. Il ne manque pas de témoigner de l’affirmation de l’identité culturelle chrétienne et arménienne en Iran.

Il est intéressant de noter qu’à proximité de l’église, sur une colline adjacente au fort, se trouvait un cimetière arménien. Cependant, dans les années 1950, ce dernier fut malheureusement remplacé par le stade Ararat.

L’église Saint-Minas demeure avant tout un symbole important de la présence arménienne à Téhéran. Cet édifice continue d’être un lieu de culte et de rassemblement pour la communauté chrétienne d’Iran.

église Saint-Minas Téhéran messe

Cette église figure d’ailleurs sur la liste des monuments nationaux de l’Iran depuis le 1er janvier 2002.

Un magnifique album de photographies de Genia Abadian à découvrir :

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Le Festival international de théâtre de rue de Marivan

Chaque année se tient à Marivan, dans le Kurdistan iranien, le Festival international de théâtre de rue. Ces festivités témoignent des traditions iraniennes qui perdurent toujours et demeurent vivantes.

Festival international de théâtre de rue Marivan

Marivân (مریوان) se situe à l’ouest de l’Iran, plus précisément à 15 kilomètres de la frontière irakienne. Cette ville fut notamment frontalière avec l’empire ottoman, raison pour laquelle Nasser al-Din Shah fit bâtir en 1902 une forteresse à proximité du lac Zribâr (زریبار).

Festival international de théâtre de rue

L’existence de nombreux châteaux fortifiés indique que la ville de Marivan était l’une des zones importantes de la période kurde.

Le plus célèbre s’appelle le « château de l’Imam » ; il situe à 3 kilomètres au sud-est de Marivan. Il fut construit sous le règne des Ardalans à l’époque safavide à 1600 mètres d’altitude.

Festival Marivan (Iran)

Marivan se situe dans une région très touristique, notamment en raison de la présence du lac Zribâr, des montagnes et ses plaines verdoyantes dans la région. La plupart des habitants parlent le kurde sorani.

En raison de son emplacement géographique stratégique, cette région fut de tout temps en proie aux tourments de l’histoire. L’expédition macédonienne, l’invasion arabo-musulmane exposèrent ses habitants aux invasions. La ville et les villages alentours furent notamment ciblés par des bombardements chimiques irakiens durant la guerre imposée (1980-1988).

Le Festival international de théâtre de rue de Marivan

Ce samedi 12 octobre 2024 débute la 17ème édition du Festival international de théâtre de rue. Celui-ci occupe une place importante parmi les festivités locales et anime le centre-ville depuis le carrefour de Shabarang jusqu’au parc Mellat.

La représentation des marionnettes est l’une des principales attractions. Dénommées Bokeh Baraneh, ces marionnettes témoignent autant d’un savoir-faire artisanal que des traditions qui perdurent en Iran.

Un magnifique album de photographies de Seyyed Mosleh Pirkhazranian à découvrir :